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Place du Canada: ce cimetière sur lequel les Montréalais marchent tous les jours

30/06/2014 01:02 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT

Écrin de verdure au centre-ville, la place du Canada est un lieu prisé par les travailleurs pour prendre une pause le midi. Mais sous leurs pieds se cache l'un des plus vieux cimetières de Montréal, où reposent quelque 50 000 dépouilles, dont certaines pourraient être abîmées par les travaux de rénovation.

Un photoreportage d'Anne-Louise Despatie au Téléjournal Grand Montréal Twitter Courriel

À côté des vestons-cravates et des tailleurs, une quinzaine d'archéologues s'activent depuis trois semaines. Ils tentent de dégager, d'analyser et de sauvegarder ce qu'il reste des cercueils et des ossements d'une centaine de dépouilles, avant que la Ville de Montréal ne procède à des travaux.

Une mine d'information sur les habitudes des catholiques qui vivaient dans la métropole au 19e siècle. Visite en images.

Une quinzaine d'archéologues, dont un spécialiste en biologie, travailleront au cours des prochains mois. Ici, une équipe dégage les restes de six sépultures pour en analyser les résidus de bois et d'os.

Une centaine de dépouilles doivent être déplacées à cause des travaux. Et les squelettes complets d'une vingtaine d'entre elles ont été retrouvés. 

« Quand je dis aux gens qui s'arrêtent qu'il y a peut-être encore 40 000 à 50 000 sépultures, ils sont complètement étonnés. Ce qui les intrigue le plus, c'est que les os aient été préservés aussi longtemps. Le bois aussi », explique Nadine Chénier, guide-archéologue.

Photo : Ville de Montréal

Environ 50 000 catholiques ont été enterrés dans le cimetière Saint-Antoine, relevant de la paroisse Notre-Dame, de 1799 à 1854. Le cimetière s'étend sous la place du Canada, le square Dorchester et les rues avoisinantes, dont le boulevard René-Lévesque.

« Ces morts vont nous apprendre plein de choses sur la population montréalaise au 19e siècle. On analysera les os pour voir s'il y a des traces de fracturation, de malformation. Les dents révèlent beaucoup de choses sur les carences alimentaires, mais aussi sur la provenance des individus enterrés ici » , se réjouit François Bélanger, archéologue à la Ville de Montréal.

Les architectes participent de plus en plus aux premiers travaux des grands projets de construction. C'est le cas pour la rénovation de la place du Canada.

« On a travaillé avec les architectes, les ingénieurs, pour construire en remblais de manière à préserver le cimetière dans le sous-sol et minimiser l'impact sur le cimetière », détaille l'archéologue François Bélanger.

Photo : Ville de Montréal

Le premier cimetière de la paroisse Notre-Dame se trouve sous la place d'Armes. Puis de 1799 à 1854, les morts de la paroisse ont été enterrés dans le cimetière Saint-Antoine. Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le mont Royal, a ensuite pris le relais.

Photo : Ville de Montréal

Après 1854, on avait commencé à déménager les morts dans le cimetière du Mont-Royal. Mais finalement, les risques sanitaires liés à l'inhumation ont stoppé le mouvement. Graduellement, le centre-ville s'est développé sur l'ancien cimetière.

Le pavé de la nouvelle place du Canada rappellera l'existence du cimetière aux flâneurs attentifs par des croix.

Comme ici, sur la partie nord de l'ancien cimetière, qui se trouve sous le square Dorchester.

Depuis le milieu des années 90, les grands travaux d'infrastructures prennent en compte les vestiges du passé. Par exemple, le service d'urbanisme de la Ville de Montréal emploie trois archéologues. Ils s'assurent entre autres que le patrimoine soit préservé.

Un terrain vague de l'île des Sœurs cache des vestiges de la ferme Le Ber, datant de la fin du régime français. Or, c'est exactement dans le tracé du nouveau pont qui remplacera le pont Champlain.

Infrastructure Canada fera appel à des archéologues pour trouver les restes de la ferme et faire des propositions pour les mettre en valeur ailleurs.

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