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Cessation de paiement: le compte à rebours est déclenché pour l'Argentine

30/06/2014 05:53 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT

Le compte à rebours pour éviter une cessation de paiement de l'Argentine a été déclenché lundi sur fond de bras de fer avec les fonds "vautours".

L'Argentine risque un défaut de paiement si elle ne parvient pas à un accord avec ces fonds spéculatifs d'ici fin juillet.

Un premier paiement de 225 millions de dollars (165 millions d'euros) aux créanciers qui avaient accepté en 2005 et 2010 une restructuration de leur dette au prix d'une décote de 70% arrivait à échéance ce lundi.

Buenos Aires avait déposé jeudi plus de 1 milliard de dollars, dont une partie dans une banque américaine, afin d'effectuer ce paiement.

Or, un juge new-yorkais qui suit ce dossier depuis des années, Thomas Griesa, a estimé vendredi que l'Argentine ne pouvait pas rembourser ces créanciers avant de payer les fonds "vautours" qui viennent d'obtenir gain de cause devant la justice des Etats-Unis dans un litige liée à la faillite du pays de 2001.

Il a ordonné vendredi la restitution aux autorités argentines de la somme déposée.

La Cour suprême américaine a donné gain de cause à deux fonds spéculatifs, NML Capital et Aurelius Management, qui réclament le remboursement - à leur valeur initiale - des titres de dette argentine qu'ils ont rachetés à prix cassés lors de la faillite du pays.

Des négociations sur les modalités de paiement, sous l'égide d'un médiateur, ont débuté mercredi à New York entre l'Argentine et ces deux fonds. En position de force après leur succès judiciaire, ces derniers ont fait savoir à Buenos Aires qu'ils acceptaient un paiement en bons du trésor.

Le jugement américain stipule que l'Argentine doit leur verser 1,4 milliard de dollars, mais ce règlement ferait boule de neige et les autres 'holdouts' (fonds ayant refusé les restructurations de la dette argentine) pourraient exiger le même traitement.

Ce serait alors 15 milliards de dollars supplémentaires que devrait payer l'Argentine.

- 'la situation deviendra extrêmement difficile' -

Un remboursement aussi important serait impossible à l'heure où la banque centrale d'Argentine ne dispose que de 28,5 milliards de réserves en dollars, sur fond de déficit énergétique et d'amorce de récession économique.

Parallèlement, un dernier paiement aux créanciers qui avaient accepté en 2005 et 2010 arrivera à échéance le 30 juillet: en absence d'un accord avec les fonds "vautours" l'Argentine pourrait alors entrer en cessation de paiement.

"Si dans un mois il n'y a pas d'accord avec les 'holdouts' la situation deviendra extrêmement difficile", a estimé Daniel Marx, responsable de la société de consultants Quantum Finanzas.

Le Conseil permanent de l'Organisation des Etats Américains (OEA) devait se réunir d'urgence ce lundi à la demande de l'Argentine pour faire un point de la situation.

Ce litige autour de la dette argentine pourrait menacer des futures restructurations de dette publique en incitant les créanciers à refuser tout compromis avec les Etats.

Le Fonds monétaire international (FMI) s'est dit ainsi "inquiet de potentielles implications plus vastes pour l'ensemble du système".

"Le gouvernement argentin cherche à trouver un accord avec les fonds vautours, mais sans mettre en oeuvre la clause Rufo (Rights upon futur offers: le droit pour tout créancier a bénéficier de la meilleure offre)", a dit Javier Gonzalez Fraga, ancien directeur de la Banque centrale argentine.

Depuis la faillite de 2001, Buenos Aires rembourse progressivement sa dette envers 93% des créanciers privés qui ont consenti en 2005 et 2010 une remise de dette d'environ 70%.

Mais les 7% restant, des fonds spéculatifs, ont refusé cet accord et activé l'option judiciaire pour réclamer 100% de la valeur nominale de bons qu'ils avaient achetés à bas prix.

Surfant depuis 2002 sur d'importants revenus tirés des exportations agricoles dopées par la flambée du prix des matières premières, l'Argentine a soldé sa dette avec le FMI en 2006 et conclu le mois dernier un accord avec le Club de Paris.

Elle se retrouve maintenant le dos au mur, la présidente de centre gauche, Cristina Kirchner, dénonçant l'"extorsion" des fonds vautours.

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