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Attaques sur la côte du Kenya: le gouverneur de Lamu en liberté sous caution

30/06/2014 04:34 EDT | Actualisé 29/08/2014 05:12 EDT

Le gouverneur du département kényan de Lamu (sud), Issa Timamy, arrêté en lien avec les récentes tueries qui ont fait plus de 60 morts sur la côte de l'océan Indien, a été remis en liberté sous caution lundi.

"Le parquet n'a pas d'éléments pour le maintenir en détention", a estimé le juge Martin Muya du tribunal de la cité portuaire de Mombasa, deuxième ville du pays et capitale de la région touristique de la côte, renvoyant l'audience au 16 juillet.

Le gouverneur avait été arrêté le 25 juin. La caution a été fixée à 5 millions de shillings kényans (environ 42.000 euros).

Une soixantaine de personnes ont été tuées dans deux attaques nocturnes, le 15 juin dans la localité de Mpeketoni, puis la nuit suivante dans un village proche, Poromoko. Au moins cinq personnes ont également été tuées dans la nuit du 23 juin dans la même zone, proche du célèbre archipel de Lamu.

M. Timamy, membre d'un petit parti n'appartenant ni à la coalition au pouvoir ni à la principale coalition de l'opposition, fait l'objet, selon l'accusation, d'une enquête pour meurtres, expulsions forcées et terrorisme, mais n'a pas été formellement inculpé jusqu'ici.

Les islamistes somaliens shebab, liés à Al-Qaïda, ont revendiqué le double raid contre Mpeketoni et Poromoko, mené en représailles selon eux à l'intervention militaire kényane en Somalie.

Mais le président Uhuru Kenyatta a nié leur implication et dénoncé des "violences ethniques aux motivations politiques", accusant des réseaux politico-criminels locaux et pointant du doigt, sans les nommer, l'opposition et son adversaire malheureux à la présidentielle de mars 2013, Raila Odinga.

M. Odinga et l'opposition ont farouchement nié ces accusations qui ont ravivé les tensions politico-ethniques dans le pays, encore traumatisé par les meurtrières violences post-électorales de fin 2007-début 2008. Ces violences avaient éclaté après l'annonce de la défaite de M. Odinga, contestée par ses partisans, face au sortant de l'époque Mwai Kibaki, alors soutenu par M. Kenyatta.

Le gouverneur Timamy a affirmé au chef de son parti, Musalia Musavadi, qui lui a rendu visite, qu'il était victime d'un coup monté en raison de son "combat contre la corruption" notamment dans le cadre du projet Lapsset, la construction à Lamu d'un vaste port où aboutira un oléoduc le reliant à l'Ethiopie et au Soudan du Sud.

"Depuis mon élection, je suis la cible d'attaques et je n'ai pas un moment de paix (...) Le projet Lapsset est destiné à rapporter des milliards aux cartels corrompus. Je suis vu comme un obstacle. En raison de ma foi dans la transparence, on doit se débarrasser de moi", a-t-il déclaré à M. Mudavadi, selon des propos rapportés par la presse kényane.

Le projet Lapsset (Couloir de transport Ethiopie-Soudan du Sud-Port de Lamu), estimé à environ 18 milliards d'euros, prévoit également la contruction d'une voie ferrée et d'une autoroute parallèlement à l'oléoduc. Il suscite l'opposition d'une partie de la population de Lamu qui vit essentiellement du tourisme et craint aussi de se voir spoliée de ses terres.

Le port est prévu à une dizaine de kilomètres de la ville historique de Lamu, héritage culturel swahili inscrit par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité, au sein d'un archipel préservé.

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