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Turquie: Erdogan doit confirmer mardi ses ambitions présidentielles

29/06/2014 01:43 EDT | Actualisé 28/08/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, devrait annoncer mardi sa candidature à l'élection présidentielle des 10 et 24 août qui, en cas très probable de victoire, signerait la poursuite de son règne sans partage de onze ans sur la Turquie.

Au terme de plusieurs mois d'un vrai-faux suspense savamment entretenu, M. Erdogan, 60 ans, doit confirmer ses ambitions à Ankara lors d'une réunion de masse de son Parti de la justice et du développement (AKP), devant les caméras de tout le pays.

L'entrée en lice de l'homme fort du pays dans la course à la magistrature suprême ne fait plus guère de doute depuis la victoire éclatante de l'AKP aux élections locales du 30 mars, malgré les scandales de corruption et la contestation contre son régime.

"Si Dieu le veut, la candidature de notre Premier ministre sera annoncée le 1er juillet", a lâché mercredi, très impatient, son vice-Premier ministre, Bülent Arinç.

Contraint par une règle interne du parti de quitter la tête du gouvernement à l'issue des élections législatives de 2015, M. Erdogan a fait savoir depuis des mois qu'il n'entendait pas mettre un terme à sa carrière politique.

Son élection à la tête de l'Etat jusqu'en 2019 ferait de lui l'homme qui a dirigé la Turquie le plus longtemps depuis Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République en 1923.

Disputé pour la première fois au suffrage universel direct, le scrutin présidentiel lui semble promis, en dépit des critiques de plus en plus vives qui dénoncent sa dérive autoritaire et "islamiste" depuis la fronde qui a secoué le pays en 2013.

Même s'ils restent sujets à caution en Turquie, tous les sondages, unanimes, le donnent vainqueur, très probablement dès le premier tour.

Ces derniers jours, une enquête publiée par l'institut Genar crédite M. Erdogan de 55% des intentions de vote des 52,6 millions d'électeurs turcs, celle de Mak Consultancy de 56,1%, très largement devant tous ses rivaux.

- Victoire annoncée -

Pour tenter de contrecarrer cette victoire annoncée, les deux principaux partis de l'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) et le Parti de l'action nationaliste (MHP) ont fait l'effort de s'accorder sur un candidat commun, l'ex-patron de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), Ekmeleddin Ihsanoglu.

Mais les chances de cet intellectuel de l'islam âgé de 70 ans, loué par sa modération mais mal connu du grand public et surtout très peu "politique", semblent bien minces.

"Les électeurs ne concèderont pas la victoire à un candidat dont ils ont recherché le nom sur Google", a raillé le vice-Premier ministre, Besir Atalay.

Certains commentateurs ont un temps fait de l'actuel président Abdullah Gül un frère ennemi et un rival possible de M. Erdogan. Mais, même s'il s'est plu a afficher ses différences depuis un an, le très modéré chef de l'Etat s'est finalement effacé sans faire de bruit devant l'ambition débordante de son compagnon de route.

Dans sa route vers le palais de Cankaya, le Premier ministre n'a rien laissé au hasard.

Ces dernières semaines, il a fait campagne sans se cacher auprès des importantes communautés turques d'Allemagne, d'Autriche et de France, qui pourront pour la première fois participer au vote dans leurs pays de résidence.

M. Erdogan a aussi fait déposer cette semaine au parlement un projet de loi destiné à relancer le processus de paix avec les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), avec l'ambition de conserver le soutien d'une large partie des 15 millions de Kurdes de Turquie.

Telle que définie par la Constitution turque de 1982, la présidence de la République reste une fonction largement honorifique.

Mais M. Erdogan, qui a échoué en 2013 à instaurer un régime présidentiel, a fait savoir qu'il utiliserait tous les pouvoirs à sa disposition et, surtout, qu'il entendait bien continuer à diriger le pays.

"Le prochain président ne sera pas un président protocolaire, mais un président qui sue, qui court et qui travaille dur", a-t-il prévenu en avril.

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