NOUVELLES

La montée en puissance des jihadistes, une aubaine pour Damas

29/06/2014 04:06 EDT | Actualisé 28/08/2014 05:12 EDT

L'effroi que suscitent les jihadistes en Syrie et en Irak est une aubaine pour le régime syrien qui cherche à retrouver une légitimité auprès des Occidentaux, en défendant l'idée d'une guerre internationale contre le "terrorisme".

Le pouvoir de Bachar al-Assad n'a jamais reconnu la contestation pacifique qui a débuté en Syrie en mars 2011 et s'est ensuite militarisée, dégénérant en guerre totale. Il a ainsi toujours considéré militants, rebelles et jihadistes de la même façon, les qualifiant tous de "terroristes".

L'offensive lancée le 9 juin en Irak par les jihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) a permis à Damas de conforter ce discours sur la "lutte contre le terrorisme", qu'il dit combattre depuis 2011.

"Après plus de trois ans, le moment est arrivé: il faut que l'Occident reconnaisse qu'il s'est trompé en encourageant l'implantation dans la région de tous ces gens-là (jihadistes)", affirme à l'AFP Waddah Abed Rabbo, directeur d'al-Watan, quotidien proche du régime.

"Il est temps de se rendre compte qu'il faut constituer une coalition internationale pour lutter contre le terrorisme qui se propage de la Jordanie à la Turquie. Ce n'est plus un problème syrien", ajoute-t-il.

"Il faut bien entendu que la Syrie soit intégrée dans cette coalition. C'est elle qui fait tout le travail. En combattant les terroristes chez elle, elle aide à la fois les Jordaniens et les Irakiens", assure M. Abed Rabbo.

- Les Etats-Unis embarrassés -

L'offensive jihadiste a notamment mis en lumière la faiblesse de l'armée irakienne créée de toutes pièces par les États-Unis après l'invasion de 2003. Pour Volker Perthes, directeur de l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, "le régime est bien sûr satisfait de cette situation", clairement embarrassante pour l'administration américaine.

"Si cette dernière ne soutient pas le gouvernement à Bagdad, elle sera accusée d'avoir laissé ce pays aux mains des jihadistes. Si elle le soutient avec des drones ou des experts, elle sera vue comme coopérant avec le régime de Bachar al-Assad et l'Iran", ajoute-t-il.

"Des gens aux Etats-Unis commenceront à se demander si l'administration américaine ne devrait pas se rapprocher d'Assad et constituer une coalition régionale contre l'EIIL. Je ne pense pas que cela se produira mais c'est certainement ce que veut Assad, car cela affaiblira la rébellion", ajoute l'auteur de la "Syrie sous Bachar".

En Syrie, le conflit est devenu plus complexe depuis un an avec la montée en puissance des jihadistes, désormais en guerre directe avec les rebelles qui accusent de volonté hégémonique et d'exactions leurs anciens alliés.

Jusque-là, "le régime se contentait de bombarder épisodiquement les convois de l'EIIL", constate le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, Rami Abdel Rahmane. "Mais depuis les événements en Irak, l'aviation du régime mène des raids intensifs et quotidiens contre les bastions jihadistes".

- Régime en quête de légitimité -

"Le régime se présente ainsi comme menant une guerre contre l'EIIL", assure-t-il, soutenant qu'un "accord tacite" le lie aux "pays occidentaux pour frapper les jihadistes". "Ils sont en train de se coordonner avec le régime", ajoute-t-il.

"Le régime veut pouvoir retrouver sa légitimité. Il est possible que le régime gagne le soutien de quelques pays qui voulaient sa chute, mais il ne retrouvera jamais la légitimité populaire", précise M. Abdel Rahmane.

Cette semaine, les Etats-Unis ont ainsi indiqué s'opposer à toute intervention militaire de la Syrie dans la crise irakienne. Ils ont aussi révélé un projet d'aide de 500 millions de dollars en faveur de la rébellion syrienne "modérée", estimant que celle-ci pourrait aider à combattre les jihadistes de l'EIIL, en Syrie mais également en Irak.

La guerre, qui a débuté par des manifestations pacifiques avant d'être matées dans le sang et se militariser, a fait plus de 162.000 morts en plus de trois ans.

Pour Samir Nachar, membre de la coalition, "il faut reconnaître que Bachar al-Assad a réussi dans une certaine mesure à dévier l'attention de la révolution du peuple et à la dépeindre comme un phénomène extrémiste".

sk/ram/cco

PLUS:hp