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L'accord historique entre l'UE et trois voisins de l'Est, mode d'emploi

27/06/2014 04:14 EDT | Actualisé 26/08/2014 05:12 EDT

Les dirigeants de l'Union européenne ont signé vendredi un accord d'association (AA) avec l'Ukraine, la Géorgie et la Moldavie, trois ex-républiques soviétiques qui veulent se rapprocher de l'Europe occidentale malgré les pressions de la Russie.

Q : Pourquoi l'UE a-t-elle pris l'initiative de cet accord inédit ?

R : L'AA permet d'arrimer ces pays à l'UE sans pour autant leur offrir la perspective d'y adhérer un jour.

Qualifié de "novateur et ambitieux" par la Commission européenne, qui l'a négocié dès 2007, l'AA crée le cadre d'une coopération poussée dans de nombreux secteurs : énergie, justice, politique extérieure, visas, culture, etc. Les pays signataires devront s'engager à respecter l'Etat de droit et à lutter contre la corruption.

Son ambition est également de créer une zone de libre-échange, avec la mise en place de normes communes.

Q : Quelles sont les conséquences économiques attendues ?

R : Les trois pays vont gagner un accès privilégié au Marché intérieur de l'UE, "le plus grand marché unique du monde" avec 500 millions de consommateurs. Les exportations ukrainiennes pourraient ainsi croître d'un milliard d'euros par an, notamment dans le textile, l'alimentaire ou l'acier, ce qui doperait sa croissance économique de 1%, selon une étude de l'UE.

En contrepartie, Kiev, Chisinau et Tbilissi devront procéder à de profondes réformes qui pourraient s'avérer socialement et politiquement difficiles.

Pour l'Union européenne, des bénéfices commerciaux sont attendus à plus long terme, mais le soutien s'annonce onéreux ces prochaines années. Elle a promis un vaste programme d'aide de 11 milliards d'euros à la seule Ukraine.

Sur le long terme, l'UE va "devoir faire un effort soutenu pour aider ses pays membres à réaliser de douloureuses réformes, dont la principale sera celle du secteur énergétique afin de rendre ses Etats moins vulnérables aux pressions russes", prévient Judy Dempsey, de l'institut Carnegie Europe.

Q : La signature de l'AA peut-elle envenimer davantage les relations avec la Russie ?

R : La prudence est de mise à Bruxelles, où les experts n'avaient absolument pas prévu que l'AA, qui devait être initialement signé fin 2013, allait déclencher la grave crise ukrainienne.

Six mois plus tard, la Russie semble avoir pris conscience du fait qu'elle ne pouvait pas empêcher les trois pays de signer l'AA, même si elle a tenté de faire pression en interdisant le vin moldave ou les chocolats ukrainiens Roshen.

Sur le plan économique, elle a averti qu'elle prendrait des "mesures de protection" s'il s'avérait que l'accord nuisait à son économie. Elle craint notamment un afflux de produits fabriqués dans l'UE via le territoire ukrainien.

Malgré ses réserves, Moscou a accepté d'entamer des discussions avec Bruxelles et Kiev, à partir du 11 juillet, sur les conditions d'application de l'AA. Jusqu'à présent, l'UE "n'a pas pu prouver les avantages" que pourrait en tirer la Russie, a souligné le ministère russe des Affaires étrangères.

Q : Les trois pays restent-ils libres de commercer avec la Russie ?

R : Oui, selon les experts de l'UE, qui dénoncent les contre-vérités de Moscou sur le sujet.

Cependant, en signant l'AA, les trois pays ne peuvent plus se joindre au projet d'Union économique eurasiatique que tente de mettre en place Moscou avec ses voisins. "Il y a incompatibilité entre les deux", a affirmé un responsable de l'UE. Notamment parce que les deux seuls pays l'ayant jusqu'à présent rejoint, le Belarus et le Kazakhstan, ne sont pas membres de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Q : L'AA va-t-il s'appliquer aux territoires disputés comme la Crimée ?

R : Non. Le 23 juin, l'Union européenne a banni les importations de biens provenant de Crimée, dont elle ne reconnaît pas le rattachement à la Russie. Seuls les produits issus de ces territoires autorisés par Kiev seront acceptés dans l'UE.

Les entreprises de Transdniestrie, région qui fait officiellement partie de la Moldavie, et celles de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, officiellement en Géorgie, pourront bénéficier des avantages commerciaux de l'AA à condition que "les autorités locales de ces régions séparatistes appliquent les dispositions de l'accord".

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