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Nigeria : Abuja sous le choc après un nouvel attentat

26/06/2014 07:03 EDT | Actualisé 26/08/2014 05:12 EDT

L'attentat commis mercredi dans la capitale du Nigeria, Abuja, suscite des craintes face à la multiplication d'autres attaques du groupe Boko Haram, mettant au défi les forces de sécurité de les contrer dans des villages reculés tout comme au coeur de la principale ville du pays.

L'attentat à la bombe survenu mercredi en plein jour, qui a fait au moins 21 morts, a secoué le centre commercial d'Emab Plaza, à une heure d'affluence lorsque des clients faisaient leurs derniers achats en prévision du match de la Coupe du Monde entre le Nigeria et l'Argentine. Au Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique, le football est une véritable passion.

La bombe a explosé près d'une des entrées du centre commercial, situé dans un quartier très animé en plein centre d'Abuja, près du siège du gouvernement. L'explosion a également fait 17 blessés, parmi lesquels de nombreux chauffeurs de taxi stationnés à cet endroit et des marchands ambulants.

Les enquêteurs se sont activés jeudi entre les débris de verre et les carcasses de voitures sur les lieux, soulevant une nouvelle fois la question de l'incapacité des autorités à lutter contre les islamistes armés de Boko Haram.

Des dizaines de soldats et de policiers surveillaient la zone jeudi, et la principale route menant au centre commercial a été bouclée, les commerçants ne pouvant accéder à leur boutiques, a constaté un journaliste de l'AFP.

Ce troisième attentat en trois mois dans la capitale nigériane, qui a cette fois frappé le centre-ville, où se trouvent les ministères, les bâtiments administratifs, les grands hôtels et les sièges d'entreprises étrangères, pourtant sous haute surveillance depuis l'attentat contre le siège des Nations unies en août 2011, a sèmé un vent de panique parmi les commerçants tout en confirmant les craintes des responsables de la sécurité des grandes sociétés étrangères sur place.

Pour Nnamdi Obasi, spécialiste du Nigeria pour l'International Crisis Group, cet attentat, survenu "dans une artère très populaire", "une des plus fréquentées de ce quartier plutôt bourgeois" de la capitale nigériane, "envoie un message très fort : que tous les quartiers de la ville sont vulnérables".

Le Centre national d'information a confirmé, dans un communiqué, l'arrestation d'un premier suspect et l'exécution d'un second suspect par des soldats alors qu'il tentait de prendre la fuite à moto.

Osaretin Odafe, un marchand qui a été témoin de la scène, s'est dit trop choqué pour continuer à travailler dans ce quartier. "Avec ce que j'ai vu hier, je ne veux plus travailler. J'ai vu des corps démembrés", dit-il à l'AFP.

- 'Ils sont dans Abuja' -

Dans un communiqué publié à Abuja, l'Union européenne a condamné jeudi cet attentat et demandé que les coupables soient "rapidement traduits devant la justice"

Pour le responsable de la sécurité d'une société étrangère à Abuja, cette attaque dans le centre-ville n'est "pas une surprise".

"Il y avait des signes avant-coureurs: des armes et des explosifs ont été interceptés à plusieurs reprises, on sentait qu'ils (les insurgés) testaient le terrain" a-t-il précisé.

"Maintenant, on se dit qu'ils sont dans Abuja, avec, sans doute, tout l'attirail logistique nécessaire pour mener de nouvelles attaques" estime-t-il.

"On déconseille à nos expatriés de sortir sauf pour aller travailler. On va leur demander de réduire leurs déplacements au maximum, et d'éviter les endroits très fréquentés, surtout avec la Coupe du Monde et le Ramadan qui va commencer", a-t-il ajouté.

L'attentat n'a pas encore été revendiqué mais le groupe islamiste armé Boko Haram, qui a suscité notamment l'indignation de la communauté internationale en enlevant plus de 200 lycéennes mi-avril, est fortement suspecté. Boko Haram avait aussi perpétré deux attentats très meurtriers dans la capitale en avril et mai à la gare routière de Nyanya, située dans un quartier populaire, à 15 jours d'intervalle.

Boko Haram multiplie par ailleurs les attaques qui deviennent quasi-quotidiennes dans le nord-est du Nigeria, sa zone d'action historique. Malgré une offensive lancée depuis un an et l'instauration de l'état d'urgence dans trois Etats, les forces de sécurité y paraissent incapables de réduire l'insurrection islamiste, qui a fait plus de 2.000 morts depuis le début de l'année.

Après les attentats de Nyanya, les autorités nigérianes avaient promis de renforcer leur dispositif de sécurité dans les quartiers de la capitale considérés comme vulnérables.

Pour Ryan Cummings, expert en sécurité basé en Afrique du Sud pour la société Red 24, s'il est confirmé que ce nouvel attentat a été perpétré par Boko Haram, cela démontrerait que le groupe islamiste a la capacité de passer outre les contrôles de sécurité pour s'en prendre "même aux endroits les mieux gardés".

L'attentat du centre commercial d'Abuja risque aussi de soulever des inquiétudes quant à de nouvelles attaques "dans des villes comme Lagos, jusqu'ici épargnée par les violences" ajoute-t-il.

Pour Andrew Noakes, coordinateur d'un réseau d'experts sur la sécurité au Nigeria, Boko Haram "veut faire passer le message qu'aucun endroit n'est à l'abri" au Nigeria, mais ce message ne doit pas être pris à la lettre.

"Abuja n'est pas si loin de certains endroits du Nord où Boko Haram a mené des opérations d'envergure ces dernières années, et un attentat à la bombe ne nécessite ni une logistique sophistiquée ni une infiltration importante de la population locale" estime-t-il.

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