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Dette : l'Argentine honore une échéance, risque de saisie par les fonds "vautours"

26/06/2014 05:02 EDT | Actualisé 26/08/2014 05:12 EDT

L'Argentine a tenu jeudi à honorer une échéance envers les créanciers ayant accepté une restructuration de la dette argentine après la faillite de 2001, mais deux fonds "vautours" pourraient obtenir la saisie des fonds.

Un jugement de la justice des Etats-Unis stipule que Buenos Aires doit verser 1,33 milliard de dollars aux fonds NML Capital et Aurelius Management, avant de poursuivre les remboursements à 93% des détenteurs de dette argentine, qui ont renoncé à environ 70% de leurs créances alors que NML et Aurelius exigent 100% de la mise initiale.

Des négociations sur les modalités de paiement, sous l'égide d'un médiateur, ont débuté mercredi à New York entre l'Argentine et les deux fonds. En position de force après leur succès judiciaire, ces derniers ont fait savoir à Buenos Aires qu'ils acceptaient un paiement en bons du trésor.

Le juge fédéral américain qui suit le dossier depuis des années, Thomas Griesa, a rejeté jeudi la requête de l'Argentine visant à suspendre un temps l'exécution de la condamnation à rembourser d'ici à lundi.

L'économiste argentin Juan Pablo Ronderos n'y voit qu'une nouvelle péripétie dans le processus de négociation. "Les négociations ne sont pas bloquées, nous sommes en plein dans les négociations. Un jour comme aujourd'hui peut sembler négatif pour l'Argentine, observe-t-il, mais tout peut basculer très vite".

Pour lui, un défaut de paiement de l'Argentine est peu probable et ne pourrait pas intervenir avant le 30 juillet, ce qui laisse du temps aux discussions.

Le gouvernement argentin avertit qu'il court à la faillite s'il est forcé d'appliquer un jugement qui pourrait inciter les créanciers ayant accepté la restructuration de leur dette à réclamer l'intégralité de leur dû.

Selon la décision de la justice américaine, le fonds NML doit recevoir 832 millions de dollars pour des obligations achetées en 2008 à prix cassé moyennant 48,7 millions, soit une culbute de plus de 1.600%.

Le ministre argentin de l'Economie, Axel Kicillof, a souligné que le paiement de jeudi illustrait "la volonté de l'Argentine d'honorer ses engagements envers 100% de ses créanciers".

"Payer, c'est déposer les fonds conformément à nos obligations, un droit exercé de manière volontaire, sans prétendre avec cela aller à l'encontre d'autres décisions de l'autorité judiciaire qui altèrent les termes du contrat souscrit par un pays souverain", a déclaré Axel Kicillof au cours d'une conférence de presse au ministère de l'Economie à Buenos Aires.

Après la crise économique de 2001 et la faillite d'une Argentine surendettée, la plupart des créanciers privés du pays (93%) ont renoncé à environ 70 % de leur créance pour permettre à la troisième économie latino-américaine de se redresser. En revanche, 7% des détenteurs de bons de la dette argentine ont refusé la restructuration du passif, comme les fonds NML Capital et Aurelius Management, qui ont obtenu devant la justice des Etats-Unis le paiement de 100% de leurs créances.

La somme de plus d'un milliard de dollars était due le jour ouvrable précédant la date butoir du lundi 30 juin, mais le paiement a été effectué jeudi car vendredi est chômé dans l'administration bancaire argentine.

L'Argentine a cherché à impliquer les Etats-Unis dans cette affaire polémique alors que les messages de soutien à Buenos Aires affluaient. Le ministre argentin a ainsi appelé les Etats-Unis "à assumer la responsabilité internationale" des conséquences qu'auront les décisions de son pouvoir judiciaire.

Axel Kicillof accuse le juge Griesa de parti-pris. "Il n'y a pas le moindre doute, dit-il, sur la partialité du juge pour les fonds vautours et sur sa véritable intention: conduire l'Argentine au défaut de paiement pour faire s'écrouler les restructurations de 2005 et 2010 qui ont fait l'objet d'un large consensus".

Ce cas inédit a déclenché une vague de solidarité pour l'Argentine et l'inquiétude d'institutions financières internationales comme le FMI, redoutant que ce précédent ne complique à l'avenir la restructuration de la dette de pays en difficulté.

ap/bir

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