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Cultiver du cannabis, un business en vogue en Europe

26/06/2014 03:29 EDT | Actualisé 25/08/2014 05:12 EDT

La récente saisie de près de 4.000 pieds de cannabis en Belgique illustre l'évolution du marché européen, où l'herbe est de plus en plus cultivée localement, par des particuliers mais aussi par des groupes criminels attirés par ce marché lucratif.

D'une valeur de 600.000 euros, ces plants arrachés dans huit plantations en Belgique étaient destinés à approvisionner la région voisine de Boulogne-sur-Mer, dans le nord de la France. Une saisie exceptionnelle, qui fait suite à celle d'environ 10.000 pieds réalisée en décembre 2013 encore en Belgique, ou à celle de plus de 3.000 pieds dans deux villages de l'Aube (nord-est de la France) fin 2012.

Sept millions de plants ont été saisis en Europe en 2012, un nombre qui a triplé en 5 ans, souligne l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), dans son rapport annuel présenté en mai.

Car le chanvre se cultive partout et facilement: traditionnellement en extérieur, dans un champ ou sur un balcon, cette culture se développe de plus en plus en intérieur ("indoor"), dans un placard en appartement voire dans un pavillon ou un hangar.

Des plantations ont ainsi été découvertes dans une trentaine de pays européens, précise Laurent Laniel, de l'OEDT.

C'est aux Pays-Bas et au Royaume-Uni que le plus grand nombre de sites de production a été détecté, devant la Belgique et la Pologne. En France, 141.000 pieds de cannabis ont été arrachés en 2013 sur près de 50 sites, contre 55.000 en 2010.

La culture indoor, discrète et facilitée par internet, permet d'obtenir entre quatre et six récoltes par an, contre une à deux lorsqu'on produit en extérieur, explique M. Laniel. Même si la culture en extérieur subsiste dans les pays du sud et de l'est de l'Europe, "les cultures +indoor+ tiennent désormais le haut du pavé en Europe", dit-il.

L'offre s'est adaptée à la demande. Désormais, la consommation d'herbe de cannabis a supplanté celle de résine, majoritairement importée du Maroc. Sur 2.050 tonnes de cannabis consommées en Europe en 2012, 60% (1.280 tonnes) étaient de l'herbe.

-'Le mythe du produit bio'-

Plusieurs raisons à cet engouement: le "mythe du +produit bio+", une meilleure qualité que la résine, et une teneur plus élevée en THC (le principe actif du cannabis), explique Michel Gandilhon, chargé d'étude à l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

En quelques années, les effets de l'herbe sont devenus plus puissants - de 13% en moyenne -, notamment grâce à des modifications génétiques du chanvre, affirme Matthieu Pittaco, chef de la division renseignement et stratégie de l'Ocrtis (Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants).

Au départ pourtant, il s'agissait pour les petits cultivateurs de produire dans leur placard, pour eux-mêmes et leurs amis, pour éviter les réseaux criminels, une arrestation ou une herbe frelatée. En 2010, on en comptait en France entre 80.000 et 100.000.

Mais à ces amateurs se sont ajoutés d'autres profils aux objectifs clairement commerciaux. Car le business est lucratif : "Pour un m2, on cultive 5 plants, qui peuvent rapporter 5.000 euros par an", souligne M. Gandilhon.

Depuis trois ans, "certains particuliers se lancent dans la culture pour faire de l'argent", explique-t-il. Récemment, une retraitée française a été interpellée pour une trentaine de plants qu'elle cultivait dans une chambre pour arrondir ses fins de mois.

Le crime organisé s'est également intéressé à cette manne, à l'image des "cannabis factory" (usine à cannabis), implantées en Angleterre, aux Pays-Bas, en Belgique et en Italie. Un secteur dominé par les groupes criminels asiatiques, notamment vietnamiens, aidés par des filières d'immigration clandestine, selon l'Ocrtis. En échange de son passage, le migrant doit travailler sur ces exploitations.

Une nouvelle tendance difficile à contrer par les forces de l'ordre, qui ne découvrent souvent ces plantations qu'à la faveur d'un incendie ou de vapeurs de chanvre reniflées par les riverains, explique M. Pittaco.

Mais l'explosion de ce type de cultures entraîne aussi une lutte pour le contrôle du marché (exploitations piégées, braquages entre groupes criminels, agression de petits producteurs...) considérée par la police comme préoccupante.

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