QUÉBEC - À l'Assemblée nationale, les élus n'ont pas le droit de prononcer certains mots dits «non parlementaires».

En fait, ce sont 322 mots que les députés et ministres ne peuvent prononcer pour décrire leurs opposants ou une situation.

Certains comme «con», «épais», «bullshit», «chien de poche», «cheap», «deux de pique», «fou» ou «imbécile» vont de soi. On s'étonne même qu'ils aient déjà été prononcés dans ce lieu solennel.

D'autres termes plus factuels sont plus étonnants. Ainsi, il est interdit de parler de «fraudes électorales», d'«incompétence» (qu'elle soit crasse ou non), de «lâcheté» ou de «mensonge».

Le mot mis à l'index le plus célèbre est probablement «girouette». Jean Charest s'en servait à l'époque pour dépeindre le chef de l'ADQ Mario Dumont et cristalliser dans l'opinion publique l'image d'un chef indécis.

Certains députés ont aussi déjà parlé de «poulailler» et de «basse-cour» pour décrire le Salon bleu de l'Assemblée nationale.

Bien entendu, il arrive parfois qu'un élu prononce «par mégarde» un des 322 mots à l'index. Il lui suffit alors de le retirer, sans plus de conséquence.

Ci-dessous, un petit florilège des propos non parlementaires déjà entendus au «Salon de la race».

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  • Tête de Slinky

    C'est Jean Charest, alors premier ministre, qui avait lancé en 2010 cette insulte au député péquiste Stéphane Bédard.

  • Aigrefin

    Non, non, pas le poisson (aiglefin). Le terme est synonyme d'escroc. Ironiquement, «escroc» n'est pas à l'index.

  • Sépulcre blanchi

    Avouez qu'il ne vous viendrait pas à l'esprit de traiter vos adversaires de «sépulcres blanchis». Référence à un tombeau, l'expression trahie sans s'y tromper une éducation classique à l'ancienne. <a href="http://www.ledevoir.com/opinion/blogues/mots-et-maux-de-la-politique/306589/dupuis-et-les-sepulcres-blanchis" target="_blank">Comme l'explique l'éditorialiste Antoine Robitaille dans son <em>Mots et maux</em></a>, le terme vient de l'évangile selon saint Matthieu: «Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux par dehors, mais qui, au dedans sont remplis d'ossements de morts et de toute impureté.» Voilà de quoi bien paraître en société.

  • Girouette, girouette nationale

    L'ex-premier ministre Jean Charest affublait le chef de l'ADQ Mario Dumont du terme «girouette» pour le décrire comme une personne qui change fréquemment d'idée.

  • Cocu des caquistes

    <a href="http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/archives/2011/11/20111123-171950.html" target="_blank">Selon Yves Bolduc</a>, l'ADQ et certains de ses anciens députés se sont fait les «cocus des caquistes» en acceptant de renier leur engagement d'introduire le privé dans le domaine de la santé afin de se fusionner avec la CAQ.

  • Madame la Marquise

    L'image de marquise, ou de Castafiore, a collé à l'ex-première ministre Pauline Marois, malgré ses efforts pour paraître plus sobre. Mais ça, on ne peut pas le dire en Chambre...

  • Couillonner les Québécois

    Lors d'un échange avec le premier ministre Lucien Bouchard, le chef de l'opposition Jean Charest, qui décidément avait un langage fleuri, a lancé ceci: «Mais la vraie question, M. le Président, est la suivante: Est-ce que le premier ministre du Québec va avoir la décence élémentaire, aux yeux des Québécois d'aujourd'hui et des générations à venir, de se lever en Chambre, à l'Assemblée nationale du Québec? Est-ce qu'il va avoir le minimum de décence de se lever et de dire à voix haute qu'il n'est pas d'accord avec ceux qui cherchent à diviser les Québécois entre les bons, les mauvais, à mesurer le degré d'ethnicité de la population du Québec? Est-ce qu'il aura le courage de le dire ou est-ce qu'il va essayer de jouer sur tous les tableaux puis continuer à se cacher? Est-ce qu'il va continuer à couillonner les citoyens du Québec?

  • Cimenteur

    Vous avez raison, le vrai terme est «cimentier». Mais l'astuce consistait à traiter son opposant de «si menteur». Ouf... Évidemment, «menteur» est déjà à l'index.

  • Cacher, cachette, cachotteries

    Il est interdit de dire qu'un ministre se cache, cache un déficit, fait des cachettes ou des cachotteries. (Vraiment, vaut mieux éviter toute la famille du mot.)

  • Contribuer à la caisse électorale

    L'expression semble anodine, même factuelle, mais elle n'en est pas moins interdite.

  • Tapis de porte

    C'est vrai que ce n'est pas fin... «Se comporter comme une carpette» est également interdit.

  • Collusion

    «Collusion», de même que «système mis en place pour enrichir ses amis» et «système qui récompense les amis du régime» n'ont pas droit de cité dans l'enceinte du Salon bleu.

  • Jouer au bonhomme sept heures

    Franchement! L'Assemblée nationale n'est pas un lieu pour jouer.

  • Boucher de Charlesbourg

    C'est vrai que ce surnom semble plutôt s'appliquer à un tueur en série qu'à un député...

  • Mousquetaire de Joliette

    Tous pour un... Le terme fait référence à l'ex-député péquiste de Joliette Jonathan Valois, un des «trois mousquetaires» du PQ.

  • Jaune

    Le mot «jaune» est à l'index depuis 1987. On imagine que le député faisait référence à l'album de Jean-Pierre Ferland.

  • Mario-nette (Marionnette)

    Banni en 2007, ce jeu de mots douteux semble faire référence à l'ex-chef de l'ADQ Mario Dumont. On remercie le président de l'Assemblée nationale de nous éviter à l'avenir ce calembour de bas étage.

  • Parc des petits amis

    Pourquoi? Vous allez interdire les journées ensoleillées, aussi?

  • On ne ment pas au parlement

    En terminant, sachez que personne ne ment au Salon bleu. «Mensonge», «mensonger» et «menterie» sont donc interdits au registre des parlementaires. Pour contourner le problème, certains élus ont fait preuve de créativité. Ainsi, on retrouve: «se soumettre à un détecteur de mensonge», «demi-vérité», «duperie», «déformer la vérité», «déguiser la réalité», «fourberie», «absence totale de franchise», «omettre sciemment de dire la vérité», «supercherie», «tartufferie», «sciemment induire en erreur», «travestir les faits», «tromper cette chambre» et «tronquer la vérité».




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