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Mondial-2014 : au "pays du foot", les joueuses veulent être reconnues

25/06/2014 04:00 EDT | Actualisé 24/08/2014 05:12 EDT

Au pied d'une favela de Sao Paulo, dix adolescentes jouent au football dans un gymnase froid : elles se battent pour marquer des buts mais surtout pour se faire reconnaître dans ce sport dominé par les hommes.

Alors que le Brésil a les yeux rivés sur la Coupe du monde et sa star "Neymar", ces jeunes filles de la favela Rosinha, dans la zone sud de Sao Paulo, rêvent de recevoir le même traitement que les hommes au "pays du foot".

Même si c'est contre la volonté de son père, Ana Julia de Souza, 12 ans, a choisi le short et les crampons plutôt que le tutu et les chaussons de danse.

"Mon père n'aime pas beaucoup que je vienne ici. Il aurait préféré que je fasse de la danse classique", confit-elle à l'AFP. "Mais moi, je préfère le football".

Ses joueurs préférés dans la Seleçao sont David Luiz, Marcelo et Hulk et elle espère que ses héros remporteront "un sixième trophée".

Depuis que le football féminin a été officiellement reconnu dans le pays en 1982, un nombre croissant de jeunes Brésiliennes apprennent l'art de dribbler et de shooter et plus de 5000 d'entre elles participent à des championnats réguliers.

Mais elles ne sont toujours pas reconnues professionnellement même si leur "Pelé en jupons", Marta (Vieira da Silva), 28 ans, a été nommée "meilleure joueuse du monde" par la Fifa cinq années de suite.

Dans une récente interview à l'AFP, Marta a dit qu'elle souhaitait que "plusieurs femmes deviennent des références pour les jeunes filles dans le football féminin", au Brésil.

Les joueuses brésiliennes viennent de lancer une campagne sur internet pour demander à la présidente Dilma Rousseff d'envoyer un projet de loi au Parlement pour réglementer le football féminin et en faire un sport professionnel.

Le consulat américain et l'Organisation brésilienne de promotion de la culture (SESC) ont ouvert une école de foot pour les filles âgée de 13 à 15 ans près du stade de Sao Paulo, l'Arena Corinthians, plus populairement appelé "Itaqueirao".

- Un monde de machos -

Le gymnase de "futsal" (ou football en salle) dans la favela Rosinha est dirigé par l'ONG J12, qui veut aider les filles à faire tomber les barrières professionnelles imposées par une société machiste.

"C'est très difficile pour une femme de se consacrer au football", témoigne à l'AFP Jessica Spinola, 26 ans, deux fois championne du monde de futsal et cofondatrice de la J12.

"Nous manquons de ressources, nous manquons de soutien, nous manquons de professionnalisme", déplore-t-elle. "En plus, il faut se battre contre les préjugés", ajoute-t-elle.

"Le football est un monde de machos. C'est une passion nationale mais réservée aux hommes", souligne-t-elle.

Environ quarante fillettes de dix ans et plus, de la favela, apprennent à jouer au foot trois fois par semaine, certaines avec l'envie de se consacrer à ce sport, dans ce vieux gymnase où les murs ont des ouvertures qui laissent passer l'air froid de l'hiver de Sao Paulo.

"Elles ne sont pas là simplement pour jouer, c'est pour les sortir de la rue, leur montrer que le sport peut changer leur vie, qu'elle doivent étudier et faire des efforts", explique Mme Spinola, dont l'ONG s'assure que les gamines vont régulièrement l'école.

"J'adore marquer des buts", dit Beatriz de Carvalho, onze ans.

Comme la plupart des joueuses, Carvalho est noire et originaire d'une famille pauvre où le père ou le grand-père ont toute la famille à charge.

"Les gens pensent que parce qu'on joue au football, on est des lesbiennes mais c'est faux", dit Vitoria Santana, douze ans, une autre des fillettes de l'ONG J12.

Thais Moraes, 22 ans, qui joue avec les plus âgées, se rappelle ce qu'elle a dû endurer pour se faire accepter par les garçons : "Ils se moquaient de moi, j'ai beaucoup souffert". Mais elle pense qu'"heureusement, c'est en train de changer !".

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