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La Soudanaise chrétienne arrêtée et inculpée d'usage de faux

25/06/2014 03:05 EDT | Actualisé 25/08/2014 05:12 EDT

Une Soudanaise chrétienne menacée de mort malgré l'annulation de sa condamnation à mort pour apostasie a été inculpée d'usage de faux après avoir été empêchée de quitter le Soudan, a annoncé mercredi son avocat.

Très impliqués dans le dossier, les Etats-Unis ont réaffirmé qu'ils faisaient tout pour faire venir sur leur sol cette jeune femme, son mari américain et leurs deux enfants.

"Elle est en état d'arrestation", a déclaré à l'AFP l'avocat Mohanad Mustafa.

Khartoum accuse désormais Meriam Yahia Ibrahim Ishag d'avoir présenté un faux document et fourni de fausses informations en cherchant à quitter le Soudan mardi avec son époux, son fils de 20 mois et sa petite fille née en détention.

Le cas de cette jeune femme de 26 ans met au jour la question de la liberté de culte au Soudan, et sa condamnation à la peine de mort le 15 mai avait suscité l'indignation de gouvernements occidentaux et de groupes de défense des droits de l'homme.

Une cour d'appel a décidé lundi de sa libération de prison, où elle était détenue avec ses enfants, mais elle a dû se cacher à sa sortie après avoir été menacée de mort.

Selon son mari Daniel Wani, qui a la double nationalité américaine et sud-soudanaise, elle a été retenue par des agents de la sécurité nationale à l'aéroport de Khartoum, alors qu'elle était escortée par des diplomates de l'ambassade américaine.

La famille voulait se rendre aux Etats-Unis.

"Nous sommes inquiets. C'est pour cela que nous voulons partir d'ici aussi vite que possible", a insisté M. Wani, assurant que tous les documents étaient en règle.

Le ministre soudanais de l'Information, Ahmed Bilal Osmane, a expliqué à l'AFP que la jeune femme aurait dû utiliser un passeport soudanais, mais l'avocat a expliqué qu'elle n'en avait pas.

- 'Problème familial' -

"C'est là tout le problème. Elle a pris un document étranger pour voyager. Ce qu'elle a fait est illégal", a insisté M. Osmane, tout en assurant que la situation pouvait être résolue. "Je suis sûr qu'elle va s'expliquer, obtenir le passeport et qu'elle pourra voyager. Pas de problème", a-t-il déclaré.

Du côté de Washington, "le gouvernement du Soudan nous a assuré que la famille était en sécurité", a dit la porte-parole du département d'Etat, Marie Harf.

"A la demande du gouvernement soudanais, notre chargé d'affaires s'est rendu au ministère soudanais des Affaires étrangères et a réaffirmé que la famille devrait pouvoir quitter rapidement le Soudan", a ajouté Mme Harf.

Allié des Etats-Unis, le Soudan du Sud -- né en 2011 de la partition du Soudan -- a insisté sur la validité du document de voyage incriminé, dont la jeune femme a pu bénéficier parce que son mari et ses enfants sont Sud-Soudanais.

"J'ai délivré moi-même ce document de voyage", a déclaré à l'AFP Kau Nak, chargé d'affaires du Soudan du Sud à Khartoum. "Ma signature figure au dos", a-t-il précisé, expliquant que ce type de documents était régulièrement fourni aux Sud-Soudanais rentrant au pays depuis la sécession de 2011.

Meriam Yahia Ibrahim Ishag est née d'un père musulman et d'une mère chrétienne orthodoxe, qui l'a élevée dans sa confession après le départ du père quand l'enfant avait 5 ans.

Selon l'archevêché catholique de Khartoum, elle s'est convertie à la confession catholique juste avant d'épouser M. Wani fin 2011. Et ce sont des hommes "qui disaient être" de sa famille paternelle qui ont engagé les poursuites pour apostasie.

"Le problème n'a rien à voir avec le gouvernement soudanais ou le tribunal, c'est un problème familial", s'est défendu le ministre de l'Information.

L'organisation Christian Solidarity Worldwide, qui oeuvre pour la liberté religieuse, a fait part de son inquiétude concernant "les menaces et les discours de haine" dirigés contre la jeune femme et ses avocats.

"Son soi-disant frère a publiquement affirmé que la famille appliquerait la sentence si elle était acquittée", a assuré l'organisation.

Un expert indépendant travaillant pour les Nations unies sur les droits de l'Homme au Soudan, Mashood Adebayo Baderin, a affirmé mardi soir que si la jeune femme avait reçu des menaces de mort, il était du "devoir du Soudan de protéger ses citoyens".

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