POLITIQUE

Commission Charbonneau: Violette Trépanier parle d'un problème de perception

25/06/2014 09:33 EDT | Actualisé 25/06/2014 09:33 EDT
CEIC

L'ex-responsable du financement au PLQ, Violette Trépanier, est formelle : jamais elle ni son parti n'ont sollicité d'entreprises pour du financement politique. Et même si plusieurs documents et courriels saisis par la SQ dans son propre ordinateur semblent indiquer le contraire, il s'agit, estime-t-elle, d'une mauvaise interprétation de leur contenu.

Un texte de Bernard Leduc

« Je ne sollicite pas d'entreprises, je sollicite des gens qui ont des réseaux dans des entreprises (...) Ce sont toujours des chèques personnels. »

— Violette Trépanier

La commission Charbonneau a notamment présenté une liste d'invités pour un cocktail de financement du PLQ, tenu le 22 mai 2008, que son organisateur lui aurait remis afin qu'elle la transmette, croit-elle, au ministre concerné. On y lit, à côté des noms des invités, les entreprises qu'ils représentent, soit Roche, BPR, Axor, Tecsult...

« Les ministres aiment ça savoir à qui ils ont affaire », a-t-elle plaidé.

Puis, la commission a présenté un échange de courriels du 14 avril 2008 entre l'attaché politique responsable du financement pour l'ex-ministre des Aînés Marguerite Blais et un homme d'affaires responsable de sa campagne de financement. Il y est question de donateurs qui se font tirer l'oreille:

Question de l'attaché : « Je viens de recevoir un appel de Violette Trépanier. Mme Blais lui aurait dit que tu aurais eu plusieurs refus, mentionnant qu'ils donnaient déjà au national. Peux-tu me transmettre des noms ? » Réponse de l'homme d'affaires : « De mémoire : CIMA+, Colliers, SNC, BPR, Verreault ont déjà donné à d'autres et/ou au national, certains sont en attente d'un OK de la tête de leur compagnie ».

Le tout est alors relayé à Mme Trépanier afin qu'elle tente de débloquer la situation : « Bonjour Violette, voici les noms des cie tel que prévu ».

« Ça donne une mauvaise perception, mais dans les faits, ce n'est pas ça. »

— Violette Trépanier

Puis, la commission a présenté un courriel de Marc Bruneau, organisateur pour le ministre Jean-Marc Fournier dans sa circonscription de Châteauguay, au sujet d'une activité de financement en mai 2008 :

« Salut Violette, suite à l'événement, voici les transferts pour le compte de Châteauguay : 2000 Deloitte, 1000 Raymond Chabot Grant Thornton, 2000 McCarthy, 2000 Fasken, 1000 Roche, 2000 SNC, 2000 Dessau »... Il s'agit là de bureaux d'avocats, de comptables et de firmes de génie.

« C'est encore toujours la mauvaise formulation... »

— Violette Trépanier

Tableau

La commission a enfin présenté une liste du 10 janvier 2003 intitulée Ingénieurs, constituée d'une suite de noms de firmes de génie accompagnés de montants d'argents sur deux colonnes, couvrant les années 2001 et 2002.

Violette Trépanier ne peut dire de qui viennent ces chiffres, mais admet que le document a bel et bien été produit par le parti et lui a été remis afin qu'elle détermine s'il y avait lieu de rembourser ou non certains individus qui auraient contribué au-delà de la limite permise.

Interrogé à savoir comment elle pouvait, à partir d'une liste d'entreprise, savoir de qui il s'agissait, elle a fait valoir sa grande connaissance des réseaux de solliciteurs dans le sectoriel : « Moi, c'est les gens que je vois ».

« Moi ce que je vous dis, c'est que cette fiche-là nous dit certainement à quelle hauteur les compagnies ont financé. Mme la présidente, je vous dis en tout respect que ces chiffres-là ne peuvent pas être fiables. »

— Échange entre la commissaire France Charbonneau et Violette Trépanier

« Nous ne sollicitions pas des compagnies, nous sollicitons des gens dans des compagnies - des solliciteurs - qui sollicitent dans leurs réseaux », a plaidé Violette Trépanier. « Et quand je vois ces noms-là, c'est associé à un solliciteur, certainement, mais ça ne veut pas dire que ça vient totalement des employés de l'entreprise, ça peut être dans d'autres réseaux ».

Des solliciteurs à la réputation peu reluisante

Le témoignage de celle qui fut responsable du financement du PLQ de 2001 à 2013 a aussi permis de révéler que de nombreux individus à la réputation maintenant entachée par des allégations ou faisant l'objet de diverses accusations ont été solliciteurs pour le parti, dont Riadh Ben Aïssa de SNC-Lavalin ou Giuseppe Borsellino de Garnier.

Ainsi, Gilles Cloutier, qui a admis devant la commission avoir fait des dizaines d'élections clé en main au municipal, a eu un certificat de solliciteur, à la demande de France Michaud, responsable avouée du financement sectoriel chez Roche. Il n'aurait cependant jamais fait de sollicitation, selon Mme Trépanier.

L'entrepreneur Giuseppe Borsellino de Garnier, qu'une écoute électronique a montré en grande conversation avec le défunt parrain Vito Rizzuto, avait aussi un certificat de sollicitation en 2007. Rosaire et Jean-Pierre Sauriol de Dessau en étaient aussi munis, de même que Paolo Catania et Giuseppe Borsellino de Petra.

La commission a aussi montré qu'en 2009, Lino Zambito d'Infrabec et l'ex-vice-président construction de SNC-Lavalin, Riadh Ben Aïssa, avait un tel certificat.

Devant la commission Charbonneau, le sergent-enquêteur Jean-Frédérick Gagnon avait expliqué le stratagème par lequel l'ex-PDG de SNC-Lavalin Pierre Duhaime et Riadh Ben Aïssa auraient versé 22,5 millions $ en pots-de-vin à deux hauts responsables du CUSM afin de rafler le contrat de 1,34 milliard $ pour la construction en PPP du nouvel hôpital universitaire anglophone. M. Ben Aïssa est présentement détenu en Suisse.

Des ministères très profitables pour le PLQ

Violette Trépanier a reconnu que les ministres libéraux titulaires des Transports ou des Affaires municipales, deux ministères qui donnent une multitude de contrats chaque année, étaient parmi ceux qui parvenaient le plus facilement à lever des fonds pour le parti.

Violette Trépanier a expliqué devant la commission Charbonneau que de 2003 à 2007, les objectifs financiers annuels des ministres, fixés par le PLQ, oscillaient entre 60 000 $ et 80 000 $, suivant leur capacité à atteindre leurs objectifs de financement, avant de passer à 100 000 $ pour tous.

Elle a d'abord souligné que les ministres les plus habiles dans le financement étaient Raymond Bachand aux Finances, Nathalie Normandeau aux Affaires municipales ou encore Philippe Couillard à la Santé, avant de reconnaître que les titulaires des portefeuilles des Affaires municipales et des Transports étaient généralement populaires auprès des donateurs, qui qu'ils soient : « Effectivement, je ne peux pas nier ça ».

La commission a présenté à cet effet un courriel du député Guy Ouellette à Violette Trépanier, du 14 août 2007, dans lequel il lui demande, à la suggestion de son responsable du financement Paul Vaillancourt si, en plus des ministres Michèle Courchesne et Jacques Dupuis, il pourrait avoir à son activité de financement la ministre des Transports Julie Boulet :

« Mon responsable de financement m'informe que la présence de Mme Boulet, en plus des deux ministres déjà annoncés, pourrait faire doubler mon objectif de financement, principalement au sein des firmes d'ingénieurs qui seraient des plus réceptives à discuter avec Mme Boulet ».

Mme Trépanier a expliqué que l'activité n'a jamais eu lieu et que M. Ouellette n'était pas d'accord avec son responsable du financement.

« Il n'y avait aucun lien entre le financement et quelque avantage que ce soit. »

— Violette Trépanier

En fin d'avant-midi, Violette Trépanier a par ailleurs confirmé qu'elle avait déjà organisé et participé à une rencontre avec Julie Boulet à la demande de Marc Bibeau. Elle a cependant démenti que M. Bibeau voulait lui parler d'un appel d'offres qu'il n'aurait pas remporté, comme l'avait souligné l'ex-ministre lors de son témoignage.

La rencontre avait pour but de « la remercier du travail qu'elle faisait [...] comme conférencière » pour le PLQ « Et M. Bibeau voulait l'entretenir, lui dire en gros :''écoute, à Montréal, il y a des grands travaux... il y a beaucoup de travaux à faire, des infrastructures et tout ça''. Elle était nouvellement élue. »

François Messier

Marc Bibeau, « leader » dans le financement

Mme Trépanier a expliqué que les objectifs de financement étaient proposés par la direction générale, puis appuyés par l'exécutif du parti, avant d'être adoptés au conseil général.

Aussi, lorsque les élus étaient rencontrés en caucus par Mme Trépanier pour discuter de leurs objectifs, ces derniers en avaient déjà une certaine idée.

Elle a ajouté en avoir rencontré certains de façon individuelle avec Marc Bibeau pour leur offrir de l'aide pour atteindre leur objectif de financement, notamment grâce au réseau d'affaire de ce bénévole et ami de Jean Charest, au coeur du financement du PLQ.

« M. Bibeau était le meilleur leader car il avait une équipe de solliciteurs qui travaillait avec lui. »

— Violette Trépanier

« M. Bibeau ne fixe pas d'objectif de financement et, à ma connaissance, il n'a jamais rencontré de député seul : il les rencontrait à ma demande, toujours avec moi », a-t-elle tenu à préciser.

Elle dit avoir donc été étonnée que M. Bibeau ait rencontré seul l'ex-député Robert Benoit, comme ce dernier l'a dit devant la commission Charbonneau.

Elle a ajouté qu'à sa connaissance, d'aucune façon M. Bibeau n'a offert de trouver des emplois à des élus ou à des candidats libéraux, notamment au gouvernement.

Violette Trépanier contredit Zambito

Mme Trépanier a soutenu, comme l'avait dit l'ex-chef de cabinet de la ministre Nathalie Normandeau Bruno Lortie, que le cocktail organisé en janvier 2008 par Lino Zambito était au profit du PLQ, et non de la ministre des Affaires municipales qui le présidait.

Elle a ajouté que, pour cet événement de janvier 2008, il lui a été remis 77 500 $ et non 110 000 $, comme l'a allégué Lino Zambito.

D'autres témoins seront entendus à la fin de l'été

La présidente de la commission France Charbonneau a confirmé, au terme du témoignage de Violette Trépanier, que de nouveaux témoins seront entendus à la fin de l'été dans le cadre de « l'examen factuel des stratagèmes possibles ».

Cette nouvelle phase d'audiences, d'une durée de « deux à trois semaines », s'ouvrira le 25 août ou le 2 septembre. La commission entendra ensuite des mémoires de différents organismes qui « viendront expliquer leur fonctionnement, les règles qui les gouvernent ainsi que leurs limites ».

Des témoins experts seront aussi appelés à la barre afin de présenter des pistes de solutions qui doivent aider la commission à faire des recommandations.

Le rapport final de la commission doit être déposé au gouvernement au plus tard le 15 avril 2015.

Par François Messier

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