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UE: Cameron plus isolé et affaibli après sa croisade contre Juncker

24/06/2014 07:59 EDT | Actualisé 24/08/2014 05:12 EDT

David Cameron apparaît désormais isolé et affaibli dans sa croisade pour empêcher Jean-Claude Juncker d'accéder à la tête de la Commission européenne, et les avatars de sa diplomatie européenne soulèvent au Royaume-Uni de nouvelles interrogations sur sa capacité à maintenir le pays dans l'UE.

"Humilié", "marginalisé", coupable de "naïveté confondante", de "manque de clairvoyance" : les médias britanniques estiment la bataille perdue et n'ont pas d'expressions assez sévères pour commenter la manière dont le Premier ministre se serait une nouvelle fois pris les pieds dans le tapis européen.

Et l'échec annoncé revigore les eurosceptiques dans les rangs conservateurs, menacés d'être dépassés par la surenchère europhobe de l'UK Independence Party (Ukip), sorti grand vainqueur des élections européennes.

L'affaire cette fois se présentait pourtant sous de meilleurs auspices pour Cameron, fondé à se prévaloir d'une inhabituelle union sacrée.

Ses alliés libéraux-démocrates au sein du gouvernement de coalition mais aussi l'opposition travailliste partageaient son hostilité envers l'ex-Premier ministre luxembourgeois. Jugé trop "fédéraliste" et trop peu enclin à mettre en oeuvre les réformes de l'UE exigées par Londres.

Le chef du gouvernement britannique escomptait par ailleurs des appuis de poids qui se sont évanouis --à commencer par celui de la chancelière allemande Angela Merkel-- dans sa croisade contre le candidat "élu par personne".

Enfin, il bénéficiait de l'appui d'une presse nationale déchaînée, à l'instar du Times, contre "Junk Juncker" ("Juncker le rebut").

Lundi encore, le ministre des Finances George Osborne se prévalait du discret soutien de dirigeants européens "qui disent pas mal de choses en privé, sans les exprimer publiquement".

Cette remarque n'a rendu que plus cruelle la publication de propos attribués au chef de la diplomatie polonaise, réputé allié de Londres, par l'hebdomadaire Wprost au coeur d'un scandale d'écoutes illégales. Radoslaw Sikorski y juge que Cameron a une nouvelle fois "merdé" sur l'Europe, "par erreur de calcul" ou "incompétence".

A l'approche du sommet européen de Bruxelles, le chef du gouvernement britannique demeurait arc-bouté dans son opposition à Juncker. Il exige un vote des dirigeants européens sur sa nomination, quitte à être mis en minorité.

A en croire le Times, il envisagerait même de recourir à "l'arme nucléaire", la "L-bomb". A savoir "le compromis de Luxembourg". Une sorte de joker qu'un pays est en droit de brandir s'il estime ses intérêts essentiels menacés, afin de prolonger les discussions en vue d'un hypothétique compromis.

Au risque que M. Juncker et les partenaires européens de Londres soient à l'avenir modérément enclins aux concessions.

A en croire Peter Mandelson, ancien commissaire européen travailliste, Cameron pourrait bien avoir mis en marche "une machine infernale", avec sa promesse de tenir un référendum pour ou contre le maintien du Royaume Uni dans une Europe préalablement réformée, en 2017, si les Britanniques lui confient un second quinquennat en 2015.

Un Cameron "humilié publiquement" et sans réforme d'envergure de l'UE à son actif "n'aura guère d'autre choix que celui de recommander le non au référendum", a prédit mardi à l'AFP Mats Persson, directeur de Open Europe, un institut indépendant.

Simon Tilford, directeur adjoint du centre pour la réforme européenne, plaide pour un lot de consolation, tel que l'octroi "d'un poste clé de commissaire européen, tel que le marché unique" pour apaiser Londres.

Il ne veut pas croire au scénario catastrophe d'une sortie de l'UE. "Il va falloir que tout le monde garde la tête froide. Cameron doit se calmer et se garder de toute nouvelle menace, et les autres dirigeants doivent de leur côté mettre une sourdine à leur rhétorique", implore-t-il.

Cameron a beau dénigrer une UE "trop grosse, trop autoritaire, trop intrusive", les ultra-conservateurs de son camp n'entendent pas pour autant lui faciliter la tâche.

Robert Oulds, directeur du groupe de Bruges, tory et farouchement eurosceptique, indiquait mardi à l'AFP: "Le problème va se poser avec plus d'acuité pour lui quand il apparaîtra clairement que sa politique de renégociation est improductive".

"C'est comme une insurrection politique, dès que nous obtiendrons une concession, nous présenterons une autre exigence... Quitter l'Europe est la seule issue possible", assure-t-il.

kh-dh/alm/pt

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