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Nouvelle charge du Pr Séralini contre l'herbicide Roundup et un maïs OGM

24/06/2014 10:27 EDT | Actualisé 24/08/2014 05:12 EDT

Le Pr Français Séralini, auteur d'une étude controversée sur la toxicité de deux produits Monsanto, l'herbicide Roundup et un maïs OGM, ne désarme pas: il publie à nouveau son étude dans une revue scientifique et appelle à plus de transparence dans les tests d'homologation.

"Nous avons eu des propositions de cinq éditeurs pour republier l'étude et nous avons choisi Environmental Sciences Europe (groupe Springer) car cette revue fonctionne en +open source+, ce qui va permettre de mettre à la disposition de toute la communauté scientifique les données brutes", a expliqué mardi à la presse Gilles-Eric Séralini, six mois après le retrait de cette étude par une autre publication qui ne la jugeait pas assez probante.

L'étude en question, selon l'équipe Séralini, démontre la toxicité chronique sur des rats de l'herbicide le plus vendu au monde, le Roundup, et dans une moindre mesure du maïs NK603, deux produits fabriqués par l'Américain Monsanto."Nos travaux montrent de graves perturbations hépatiques et rénales, ainsi que des hormones sexuelles et l'apparition de tumeurs mammaires" sur des rats nourris avec du maïs OGM NK603 et de l'eau contenant des doses de Roundup, a-t-il réaffirmé.

"Nos travaux ne sont pas une étude de cancérogenèse mais de toxicité chronique", a insisté le chercheur pour répondre aux critiques sur sa méthode. Le type et le nombre de rats utilisés, l'une des principales attaques contre son étude, "est conforme aux études de toxicologie conduite dans le monde entier, et notamment par les industriels", a-t-il fait valoir.

Enrichi de nouvelles analyses statistiques, le nouvel article s'appuie sur les mêmes données que la publication de 2012.

L'étude en question a d'abord été publiée en 2012 dans la revue Food and Chemical Toxicology, qui l'a ensuite retirée en novembre 2013, remettant en cause la méthodologie.

Mardi, le professeur Séralini a de nouveau dénoncé la concomitance entre ce retrait et l'arrivée dans le comité éditorial de la revue de Richard Goodman, "un biologiste qui a travaillé plusieurs années chez Monsanto".

"La plupart de nos détracteurs ont des liens avec l'industrie des biotechnologies", a accusé le biologiste de l'Université de Caen, en mettant en avant la publication des données brutes de ses travaux. "Nous aimerions qu'il en soit de même pour les industriels", a-t-il dit. "Or, il n'en est rien, l'opacité sur les données des industriels est aujourd'hui complètement anormale, c'est une anomalie scientifique", a-t-il estimé.

- Des études européennes à venir -

Winfried Schröder, éditeur pour la revue Environmental Sciences Europe, a dit dans un communiqué souhaiter, en republiant cet article, "permettre une discussion rationnelle" sur ces travaux.

Monsanto a estimé mardi qu'il "n'y avait rien de nouveau". Pour l'industriel, c'est "la tentative de republication d'un travail déjà rétracté par des éditeurs", sachant que "des agences officielles, dont la France, avaient souligné que l'étude (...) ne permettait pas de conclure".

Les conclusions de l'étude avaient en effet été rejetées par l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) en France. Mais elles ont nourri un débat d'une ampleur inédite sur les protocoles pour tester les OGM et sur les lacunes des connaissances sur la toxicité à long terme des pesticides et des OGM résistants à ces pesticides.

Des appels d'offre ont depuis été lancés par l'Efsa et l'Anses pour conduire des études au delà de trois mois, quasiment inexistantes aujourd'hui. Le Pr Séralini a critiqué mardi les protocoles retenus par ces agences car "trop limités dans le temps" et concentrés "sur la cancérogénicité et non sur la toxicité générale à long terme".

Au nom de l'ONG Sciences citoyennes, le généticien Christian Velot s'est félicité mardi de la nouvelle publication: "c'est une victoire de la science, la réparation d'une injustice", a-t-il estimé, déplorant que "les études des industriels comme Monsanto ne (soient) pas accessibles".

François Veillerette pour Génération futures a lui aussi critiqué le fait de "mettre sur le marché des produits dont la toxicité à long terme n'a pas été évaluée". "C'est un vide sidéral dans la législation européenne", a -t-il estimé.

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