NOUVELLES

Croissance: offensive franco-italienne à deux jours d'un sommet européen

24/06/2014 09:44 EDT | Actualisé 24/08/2014 05:12 EDT

La France et l'Italie ont lancé mardi, à deux jours d'un sommet européen, une offensive pour plus de flexibilité budgétaire en Europe afin de donner la priorité à la croissance et à l'emploi, mais l'Allemagne a mis en garde contre des "nouvelles dettes".

Le président français François Hollande "propose une application des règles budgétaires favorable à l'investissement et à l'emploi", avec un ambitieux programme d'investissement, dans un document adressé mardi au président sortant du Conseil européen Herman Van Rompuy.

Devant les députés italiens, le président du Conseil Matteo Renzi, dont le pays prendra le 1er juillet la présidence tournante de l'Union européenne, a tenu le même jour un discours presque identique.

"La politique économique et financière suivie jusqu'à présent a préservé l'euro mais n'a pas permis la croissance", a-t-il lancé. "Nous avons confié à la monnaie unique la tâche de construire l'Europe, mais cela ne suffit pas", a ajoué le chef du gouvernement italien, déplorant que l'Europe soit "submergée de chiffres et privée d'une âme" .

MM. Hollande et Renzi, qui s'étaient concertés samedi à Paris avant un mini-sommet des dirigeants sociaux-démocrates européens, se sont tous deux défendus de vouloir dépasser la limite des 3% de déficit budgétaire par rapport au PIB.

Il s'agit "d'utiliser la marge de flexibilité qui existe" dans les traités européens, a dit M. Renzi.

Il faut "tirer pleinement parti des flexibilités afin notamment de tenir compte des réformes engagées par les pays et de leur situation économique", a fait valoir M. Hollande.

Pour relancer l'investissement, Paris prône un "programme d'investissements à cinq ans en mobilisant les ressources publiques européennes et nationales ainsi que les ressources de l'épargne privée et les grands investisseurs".

Estimant "les principaux besoins" à 2% du produit intérieur brut, soit environ 240 milliards d'euros annuels, le chef de l'Etat français identifie "cinq domaines prioritaires": "grandes infrastructures" -énergie, transport et numérique-, "recherche et l'innovation", "efficacité énergétique", "formation et la qualification des jeunes" et "besoins en matière de santé".

Mais le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble y a vu une volonté de déjouer les règles budgétaires en vigueur dans l'UE.

"Tenez-vous en aux règles que nous avons décidées ensemble, ni plus ni moins", a-t-il dit dans un entretien à la radio Inforadio. "Faire de nouvelles dettes serait la pire erreur", a-t-il martelé.

- 'douche froide' -

Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, a adopté le même ton. "Nous n'avons pas besoin d'un affaiblissement mais d'un renforcement des règles budgétaires", a-t-il affirmé dans une tribune publiée mardi par le quotidien Süddeutsche Zeitung.

"C'est une douche froide de constater que, dès que la pression sur les marchés se relâche, surgissent du côté des politiques des demandes d'assouplissement des règles", a-t-il déploré.

Selon M. Schäuble, l'exemple de l'Allemagne, qui vise un budget fédéral à l'équilibre l'an prochain pour la première fois depuis 45 ans, montre que conjuguer discipline budgétaire et croissance économique "c'est possible".

Le débat sur les orientations budgétaires des pays européens est reparti de plus belle ces dernières semaines sur fond de marchandage sur la nomination d'une nouvelle Commission européenne.

Le confrère de M. Schäuble à l'Economie, le social-démocrate Sigmar Gabriel, qui a participé au mini-sommet des dirigeants de gauche samedi à Paris, avait déjà donné du grain à moudre aux partisans d'un assouplissement des règles en déclarant le 16 juin qu'il fallait donner "du temps aux pays décidés à mener des réformes".

La chancelière Angela Merkel s'est empressée de corriger le tir en affirmant qu'il n'y avait "pas de nécessité de modifier le pacte de stabilité".

Paris et Rome avaient plaidé dès jeudi en faveur d'une interprétation plus souple des règles européennes existantes afin de les mettre au service de la croissance.

"On demandera à la nouvelle commission européenne de lire complètement les traités et les règles", avait déclaré le secrétaire d'Etat italien aux Affaires européennes, Sandro Gozi, aux côtés de son homologue français Harlem Désir, rappelant que le pacte européen comportait les deux mots de "stabilité" et de "croissance".

ial/nou/bir

PLUS:hp