DIVERTISSEMENT

35 ans de jazz à Montréal

23/06/2014 11:21 EDT | Actualisé 23/06/2014 11:58 EDT
Paul Chiasson/La Presse Canadienne

«Ce festival n’a peut-être pas toute l’envergure qu’on souhaiterait lui donner un jour». Cette phrase, elle figurait dans le programme du premier Festival International de Jazz de Montréal (FIJM), en 1980. Aujourd’hui, alors que l’on célèbre du 26 juin au 6 juillet les 35 ans du Festival, on peut dire que c’est mission accomplie.

Après avoir présenté d’aussi grands noms que Ray Charles, Tony Bennett et Dave Brubeck, façonné le Quartier des spectacles et attiré année après année des milliers de touristes dans la métropole, le Festival International de Jazz s’impose désormais comme un rendez-vous culturel incontournable à Montréal.

«Avoir prétendu viser un événement comme celui que c’est devenu, je pense qu’on n’aurait pas passé pour des visionnaires, mais plutôt pour des mythomanes», a plaisanté André Ménard, directeur artistique et cofondateur du FIJM, en entrevue avec Le Huffington Post Québec.

La première édition se voulait modeste avec ses huit concerts, mais laissait déjà entrevoir l’ambition de ses fondateurs avec sa tête d’affiche: Ray Charles. La table était mise et les festivaliers ont vite répondu à l’appel.

Jazz et plus encore

Si le FIJM n’a cessé de croître, c’est qu’on avait une vision. Dès le départ, on visait plus d’artistes, plus de diversité. «Si on ne faisait que du jazz dans le Festival de Jazz, ça n’aurait pas l’envergure que ça a», précise M. Ménard. «On tient compte plutôt des musiques qui ont influencé le jazz et que le jazz a influencées.»

La mission du Festival de Jazz est avant tout d’offrir une musique de qualité. «Quand on présente Paul Simon ou Bob Dylan, on peut se demander si ça a vraiment sa place dans un festival de jazz. Quand on voit le soin qui est apporté aux arrangements par ces artistes, la diversité de leur œuvre, tout ce à quoi ils ont touché dans leur vie, je pense que c’est très pertinent», dit M. Ménard.

Woodkid, Diana Krall, Snoop Dogg: le FIJM recevra cette année encore des artistes d’horizons variés. Artistes connus et moins connus, vieux routiers et nouveaux venus, spectacles gratuits et en salle: le Festival veut plaire à toutes les oreilles.

Et pour y arriver, on doit prendre des risques. «Le lot d’un bon festival, c’est d’amener dans sa ville des choses qui ne seraient pas venues autrement», explique M. Ménard. Rester pertinent tout en surprenant le public, en l’amenant là où il ne s’y attendait pas, voilà le défi que s’est donné le FIJM afin de conserver sa fraîcheur.

«Il y a des choses qu’on va faire des fois en termes de programmation qui peuvent paraître osées, parfois on fait des erreurs.» Mais mieux vaut faire des erreurs de temps en temps que de se répéter. «Le passage des années nous a appris beaucoup de choses. On essaie de retenir les leçons des tous festivals passés, on essaie toujours d’être meilleurs.»

Spectra, evenko et le Groupe CH

Après la vente de l’Équipe Spectra au Groupe CH en décembre dernier, ce sera cet été le premier Festival de Jazz dans le giron de l’entreprise de Geoff Molson, également propriétaire d’evenko.

Si certains se sont montrés inquiets des suites de cette transaction, André Ménard se veut rassurant. «Ceux qui s’attendaient à des changements radicaux et catastrophiques, c’est mal comprendre comment Geoff Molson fonctionne», dit-il.

Spectra est une compagnie stable, et c’est ce qui a intéressé Geoff Molson, selon M. Ménard. «L’important pour [le Groupe CH], c’est que Spectra continue à fonctionner comme ça fonctionnait avant, parce que c’était déjà une compagnie qui avait un certain succès. Il n’y a pas beaucoup de compagnies à Montréal qui ont 37 ans dans le showbusiness», affirme-t-il.

L’Équipe Spectra avait déjà collaboré par le passé avec evenko, mais cette récente transaction permet de renforcer les liens. C’est ainsi qu’on a pu ajouter au programme du FIJM des noms comme Snoop Dogg ou encore Michael Bublé.

Et la programmation du Festival International de Jazz de Montréal devrait continuer à recevoir un bon coup de main d’evenko dans les prochaines années, prévoit M. Ménard.

Festivals et financement

Le FIJM est rentable, ça ne fait aucun doute, et dans un contexte d’austérité budgétaire, André Ménard rappelle l’importance d’investir dans ces événements: «Les festivals ont fait la démonstration que quand on investit dans des contenus, dans la promotion touristique à l’étranger, l’argent revient vite dans les coffres de l’État.»

Confiant en l’avenir du financement des festivals, il ajoute: «Je comprends qu’il y a des choix budgétaires à faire, mais les festivals, c’est de la création d’emplois, c’est de la création de richesse. C’est une industrie qui a fait ses preuves. (…) On espère que les gouvernements gardent en mémoire que les festivals, c’est du développement économique aussi».

Le Festival International de Jazz de Montréal, quant à lui, a depuis un moment déjà atteint le format désiré et on n’a pas à craindre pour son avenir. «Ça fait un bout de temps qu’on sait, Alain Simard et moi, que le Festival va sans doute survivre à ses fondateurs. Je ne vois pas quand le festival va arrêter et je ne vois pas pourquoi il faudrait arrêter», conclut André Ménard.

Les recommandations du directeur artistique

En salle:

- Diana Ross

- Buika

- Ginger Baker

- Trombone Shorty

- Monty Alexander

En extérieur:

- Diana Krall

- Woodkid

- Bet Hart

- Tony Bennett

- Katie Melua

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