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L'Etat français prêt à entrer au Conseil d'administration d'Alstom

22/06/2014 03:56 EDT | Actualisé 22/08/2014 05:12 EDT

L'Etat français va entrer au conseil d'administration du groupe industriel Alstom --dont il juge certaines activités stratégiques -- dès que l'alliance avec l'américain General Electric sera finalisée, mais s'est donné du temps pour racheter au meilleur les 20% de capital qu'il convoite.

En première ligne depuis le début de cette saga, le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a annoncé lui-même à la chaîne de télévision publique France 2 cet accord décroché de haute lutte avec le groupe français Bouygues, qui avec 30% est actuellement le principal actionnaire d'Alstom.

"Nous avons un accord qui a été conclu cet après-midi qui permet à l'Etat de devenir le principal actionnaire d'Alstom à hauteur de 20% comme prévu de manière à assurer la pérennité de l'alliance entre General Electric et Alstom", a-t-il déclaré.

"Finalement nous avons gagné la bataille industrielle de l'alliance plutôt que le rachat, l'absorption, que craignaient à la fois nous-mêmes, le gouvernement, beaucoup de Français, mais aussi les syndicats de salariés", a-t-il ajouté.

L'entrée au capital et au conseil d'administration se fera une fois finalisée l'alliance entre Alstom et GE, c'est-à-dire après consultation des instances représentatives du personnel, du feu vert des régulateurs et de l'approbation des actionnaires.

Cela pourrait ne pas intervenir avant "la fin du premier trimestre 2015", indique-t-on de source proche du dossier.

- L'Etat assuré d'acheter toujours à bon prix -

A partir de la finalisation, l'Etat se donne 20 mois pour racheter les 20% du capital qu'il convoite à Bouygues ou sur le marché. Entre-temps, Bouygues lui cède ses droits de vote au conseil d'administration, précisent Bouygues et le ministère français de l'Economie dans des communiqués séparés.

Cette option d'achat "nous permet d'acheter lorsque le prix sera le plus bas possible car nous ne souhaitons pas dépenser inconsidérément le patrimoine des Français", a expliqué le ministre.

L'Etat veut acheter au prix du marché, actuellement 28 euros, mais Bouygues, qui estime que le cours du titre ne reflète pas la valeur de sa participation (3,07 milliards pour près de 30%), souhaite vendre 35 euros.

Pendant les 20 mois que durent ces options, Bouygues parie sur une hausse des cours, qui conduirait l'Etat à lui acheter ses titres à un prix de marché qui ne serait pas inférieur à 35 euros.

L'Etat se garde la possibilité d'acquérir ses parts auprès d'autres actionnaires, si les cours sont inférieurs.

Cette opération ne coûtera rien aux contribuables et sera financée par la vente de certaines participations de l'Etat dans des grands groupes français, avait encore indiqué le ministre.

Ces négociations étaient décisives pour l'avenir du projet d'alliance d'Alstom avec General Electric (GE) sur ses activités énergie.

Vendredi le gouvernement s'était prononcé en faveur du projet de l'américain face à celui du tandem germano-nippon Siemens/Mitsubishi Heavy Industries. Il avait annoncé, dans le même temps et à la surprise générale, qu'il comptait devenir l'actionnaire principal d'Alstom afin d'exercer sa "vigilance patriotique", selon les mots de M. Montebourg.

De son côté, réuni samedi, le Conseil d'administration d'Alstom "a unanimement décidé d'émettre un avis favorable à l'offre de GE", pour la vente sous conditions de ses activités énergie, valorisée 12,35 milliards d'euros, mettant presque fin à un dossier qui défraie la chronique économique depuis avril.

GE offre de créer trois coentreprises à parité (turbines à vapeur, réseaux et énergies renouvelables) avec Alstom et de lui céder son activité de signalisation ferroviaire.

Surtout, dans l'alliance à 50-50 dans les turbines à vapeur (qui équipent les réacteurs des centrales nucléaires), l'Etat français aurait un droit de veto assorti de droits de gouvernance.

"C'est un projet trois fois gagnant. Pour Alstom, dont il devrait renforcer les positions et les emplois", pour GE et pour l'Etat, car "le projet d'accord me paraît pleinement répondre aux préoccupations du gouvernement dans l'énergie et le transport", s'est réjoui le PDG d'Alstom Patrick Kron, dans un entretien au Journal du Dimanche.

"C'est un formidable projet industriel" qui va "créer un champion mondial de l'énergie", a surenchéri le PDG de l'américain, Jeffrey Immelt.

De son côté, le patron de Siemens, Joe Kaeser, s'est dit toujours ouvert à des négociations avec Alstom dans une entretien au journal Bild.

Il estime que les discussions entre Alstom et GE vont "nécessiter des mois (de travail). "C'est seulement ensuite que GE et Alstom pourront bâtir leurs entreprises communes et il va se passer encore beaucoup de temps avant qu'elles ne soient sur les rails", conclut le patron du groupe de Munich

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