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Le dépotoir de Gaspé contamine la rivière York

22/06/2014 06:01 EDT | Actualisé 22/08/2014 05:12 EDT
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Norway's farmed salmons are displayed at a supermarket, on December 21, 2012 at the Kremlin-Bicetre, outside Paris. AFP PHOTO / JOEL SAGET (Photo credit should read JOEL SAGET/AFP/Getty Images)

Radio-Canada a appris que l'une des plus belles rivières à saumons en Amérique du Nord, la rivière York, qui attire depuis des décennies des pêcheurs du monde entier, est contaminée par le dépotoir municipal de Gaspé, au Québec.

Un reportage de Julie Vaillancourt Twitter Courriel

Depuis 10 ans, le lieu d'enfouissement technique de Gaspé fait de l'ombre au légendaire cours d'eau en rejetant directement dans la rivière ses eaux usées une fois les déchets traités. En théorie, ce qui est rejeté à la rivière ne devrait pas être contaminé, puisque le lixiviat - le jus de déchets - est auparavant traité dans les bassins municipaux.

Mais depuis 2007, l'eau rejetée dans le cours d'eau contient régulièrement plus de contaminants que ce qui est autorisé par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, selon ce que nous avons appris en consultant des documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Les rapports obtenus indiquent que des coliformes fécaux, du zinc, du phosphore, des matières en suspension et de l'azote se retrouvent en quantités de deux à trois fois supérieures aux normes gouvernementales.

En regardant ces données, le directeur des programmes de la Fédération du saumon atlantique, Charles Cusson, s'est dit « estomaqué ».

C'est « inacceptable », dit un guide de pêche

Le pire est survenu en décembre 2010. Les bassins de traitement du lieu d'enfouissement technique de Gaspé menaçaient de déborder en raison des pluies abondantes et du redoux. La Ville a alors choisi de déverser son lixiviat non traité directement dans la rivière afin d'éviter que ses bassins débordent et causent encore plus de dommages.

« C'est inacceptable, c'est le premier mot qui me vient à l'esprit, indique un guide de pêche local, Michel Beaudin. On ne jette pas du jus de poubelles dans une rivière à saumons reconnue mondialement! C'est honteux, il faut que les gens mettent en place un système qui fait que s'il y a des rejets, ça soit des rejets qui soient acceptables et qui répondent aux normes. »

Un lien avec la maladie qui affecte le saumon?

La situation actuelle au lieu d'enfouissement technique inquiète d'autant plus que le saumon de l'Atlantique est maintenant répertorié comme une espèce en péril.

Celui de la rivière York souffre depuis trois ans d'une grave maladie fongique, la saprolégniose, qui s'attaque aux saumons préalablement blessés et qui se traduit par des lésions blanchâtres sur la peau des saumons. Des centaines de saumons qui remontaient la rivière York sont morts depuis 2011.

« C'est certain qu'il y a une possibilité qu'il y ait un lien entre les maladies qui affectent les saumons depuis plusieurs années et ce qui sort du fameux tuyau en provenance du dépotoir. L'effluent de la rivière peut avoir déclenché la maladie chez les saumons », estime Charles Cusson.

La société de gestion des rivières de Gaspé, où coule la rivière York, rejette toutefois cette idée. Selon Benjamin Wadham Gagnon, un biologiste de la ZEC Gaspé, le fait que les saumons d'une autre rivière de la région, la Saint-Jean, aient eux aussi été atteints de la maladie en 2009 - est signe que la saprolégniose n'a aucun lien avec la présence de contaminants municipaux, puisque qu'aucun rejet du dépotoir de Gaspé ne vient perturber la qualité de cette rivière.

« Nous n'avons pas encore d'explication pour la mortalité des saumons dans ces deux rivières », nous a-t-il déclaré, avant d'insister sur le fait qu'un comité de vigilance a été mis sur pied avec la municipalité afin de suivre la situation de près.

Gaspé cherche désespérément une solution

À la Ville de Gaspé, on a récemment augmenté la capacité des bassins de traitement afin d'éviter qu'un épisode comme celui de 2010 se reproduise. Elle tente maintenant de purifier davantage le lixiviat avant qu'il ne soit rejeté à la rivière.

« On a même mandaté cette année un nouveau consultant qui nous aide à faire ce que qu'on pourrait appeler en jargon des recettes, pour s'assurer justement qu'à très court terme la problématique soit réglée », explique le directeur général de la Ville, Sébastien Fournier.