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A Mossoul, les insurgés sunnites font régner la peur

22/06/2014 09:40 EDT | Actualisé 22/08/2014 05:12 EDT

Près de deux semaines après avoir été prise par des insurgés sunnites, Mossoul, la deuxième ville d'Irak, a fait un bond en arrière de plusieurs siècles, selon des habitants ayant fui ou d'autres restés malgré la peur.

Les insurgés, menés par des jihadistes ultra-radicaux de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), ont commencé à faire application leur interprétation extrémiste de l'islam, rapportent ces habitants interrogés par téléphone.

"Ces insurgés vont nous ramener, nous et notre pays, des siècles en arrière, et leurs lois sont contraires aux droits de l'Homme et au droit international", dénonce Oum Mohammed, une enseignante de 35 ans.

"Nous vivons dans la peur constante d'être soumis à de nouvelles pressions", poursuit-elle. "Nous avons peur d'être empêchés de travailler".

Mossoul a longtemps été connue d'abord pour ses sites historiques et ses parcs, avant de devenir un terrain de violences quotidiennes à la suite de l'invasion américaine de 2003.

Le 10 juin, au deuxième jour de leur offensive fulgurante sur l'ouest et le nord du pays, les insurgés sunnites ont pu s'emparer de Mossoul et de ses deux millions d'habitants, à la faveur de la débandade des forces de l'ordre, qui ont parfois abandonné uniformes et véhicules dans leur fuite.

Aussitôt, les insurgés ont déclaré Mossoul et sa province Ninive comme faisant partie de leur Etat islamique et ont diffusé un document édictant en 16 points les nouvelles règles.

La vente et la consommation d'alcool ou de drogue sont interdits, mais aussi le tabac. Les femmes doivent se couvrir et rester chez elles. Le port d'arme et les rassemblements sont proscrits pour la majeure partie de la population.

- Poètes déboulonnés -

Qualifiant d'idolâtre toute représentation d'un individu, les insurgés ont déboulonnés plusieurs statues, y compris celles de poètes célèbres.

Un quart de la population a fui la ville, selon des estimations de l'ONU, mais Abou Ramzi, un chrétien, a décidé de rester.

Selon lui, une statue de la Vierge Marie a été détruite devant une église. Mais "personne ne nous a menacés jusqu'à présent", reconnaît-il. "Nous n'abandonnerons pas nos maisons et notre ville même s'ils nous massacrent".

Dans les mosquées, les insurgés ont distribué un document leur interdisant de publier le moindre texte sans l'accord de l'EIIL, qui a aussi désigné une mosquée chargée de recevoir "le repentir des apostats".

Le groupe ultra-radical a aussi dépêché des délégués dans différents quartiers de la ville pour entamer un recensement de la population.

Un habitant ayant quitté la ville raconte que son voisin a vu des hommes armés inspecter les maisons vides pour identifier ceux qui ont choisi de fuir.

"Ils ont demandé ma religion et mon numéro de téléphone", ajoute-t-il en assurant avoir ensuite reçu un message lui donnant deux jours pour revenir à Mossoul et renoncer à l'islam chiite, faute de quoi sa maison serait incendiée.

Dans Mossoul, les hommes armés patrouillent à pied, dans des voitures civiles ou des engins pris aux forces de sécurité dans leur débandade, racontent des habitants.

Vêtus de noir mais aussi en civil ou en uniforme militaire, ces hommes qui pour certains gardent le visage masqué arborent tous types d'armements: kalachnikov, fusils d'assaut et pistolets.

- Pénurie d'électricité -

Outre les règles sévères, la population fait face à d'importantes pénuries d'électricité et de carburant et l'attente dure plusieurs heures devant les stations-services.

Pour certains d'entre eux voient cependant d'un bon oeil l'arrivée des insurgés.

"Les hommes armés à Mossoul sont des gens convenables, ils traitent bien la population", assure Oum Abdoullah.

Elle fait pourtant partie des quelque 500.000 habitants ayant fui Mossoul, "parce que le gouvernement nous bombarde et a coupé l'eau et l'électricité".

"Pour être honnête, je suis heureuse qu'ils contrôlent Mossoul. Pour moi ce sont des rebelles, pas juste des hommes armés, et ils vont rendre la ville meilleure", ajoute-t-elle.

Et pour Abou Ali, 40 ans, Mossoul est seulement passée du joug des forces de sécurité irakiennes à celui des insurgés qui ont entrepris de lui imposer "un nouveau mode de vie".

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