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Peines de mort ou acquittements en Egypte, les proches entre joie et colère

21/06/2014 10:30 EDT | Actualisé 21/08/2014 05:12 EDT

Réda Ramadan est partagé entre joie, tristesse et colère: en un quart d'heure, un juge égyptien a acquitté son neveu de 16 ans et confirmé la peine de mort de son frère et de dizaines d'autres islamistes présumés.

"Notre famille est brisée. Cet acquittement ne veut plus rien dire alors que la peine de mort est confirmée" pour tant d'autres, lâche-t-il avant de s'éclipser à travers la foule des proches des 683 accusés condamnés à mort fin avril à Minya (centre).

Samedi, le juge Saïd Youssef Sabry, connu pour sa sévérité, a rendu à toute vitesse son verdict final: 183 peines capitales sont confirmées, dont celle de Mohammed Badie, le Guide suprême des Frères musulmans, quatre sont commuées en prison à perpétuité et 496 accusés sont acquittés.

Tous les condamnés peuvent cependant désormais faire appel.

Devant le tribunal de Minya, les réactions varient lorsque chacun parvient à retrouver son avocat ou une connaissance pour connaître le sort de ses proches.

Ahmed, un quadragénaire, éclate en sanglots: son frère a été condamné à la pendaison. Mona en revanche laisse éclater sa joie: son fils de 16 ans est acquitté. "Vive la justice", crient d'autres familles heureuses d'apprendre l'acquittement d'un de leurs membres.

"Je vous jure que mon frère n'a rien à voir avec la politique et avec les Frères musulmans. Il ne fait même pas la prière", lance Ahmed, à propos de la confrérie du président déchu Mohamed Morsi, désormais qualifiée de "terroriste".

Son frère, un trentenaire père de quatre enfants, a été arrêté chez lui en octobre, deux mois après les faits reprochés aux 683 accusés: des violences en marge de manifestations durant lesquelles deux policiers ont été tués à Minya le 14 août, le jour où quelque 700 manifestants pro-Morsi tombaient sous les balles des forces de l'ordre au Caire.

"Nous, on déteste tous les Frères musulmans", poursuit-il devant les grilles installées par la police pour verrouiller les alentours du tribunal.

- 'Si l'enquête était juste...' -

Mona serre pour sa part une photo de son fils Sultan. Avec son acquittement, "Dieu m'a donné une nouvelle vie", explique-t-elle, émue.

Depuis la fin avril et la condamnation à mort de son aîné, qui souffre de tuberculose, elle avait "peur de le perdre". Mais "maintenant, il va revenir dans mes bras", lance-t-elle après un long youyou de joie.

Selon les avocats, le cas de Sultan est sans précédent car les mineurs ne peuvent être condamnés à mort en Egypte.

Mais depuis que l'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi, récemment élu président, a destitué et fait arrêter M. Morsi en juillet 2013, les forces de l'ordre se sont lancées dans une répression implacable et sanglante de ses partisans et les défenseurs des droits de l'Homme accusent le nouveau pouvoir de se servir de la justice pour écraser toute opposition, islamiste ou laïque et libérale.

Plus de 1.400 manifestants pro-Morsi ont péri et quelque 15.000 personnes --dont des mineurs-- ont été arrêtées, tandis que les dirigeants des Frères musulmans, y compris M. Morsi, encourent quasiment tous la peine de mort dans de multiples procès.

Un peu plus loin, c'est Wafiq, un jeune chrétien, qui s'enquiert avec inquiétude du sort de son frère Yasser, également accusé d'être un membre des Frères musulmans, ce que sa famille considère comme une aberration.

"Nous sommes chrétiens. Nous nous sommes investis pour que Morsi soit chassé et nous avons soutenu Sissi et malgré tout ça, mon frère a été condamné à mort pour être un Frère musulman", s'exclame-t-il.

"On vit un cauchemar et on ne trouve pas d'issue. Si l'enquête était juste, elle révèlerait que mon frère est innocent", poursuit-il, très tendu.

Peu après, son avocat annonce le verdict final: pour Yasser, la peine de mort est confirmée.

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