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Mondial-2014 - Le "camping de luxe" des Belges, c'est "Koh-lanta"

21/06/2014 07:20 EDT | Actualisé 21/08/2014 05:12 EDT

Ils ont payé bien cher le rêve brésilien d'un "camping de luxe" près de Rio. Les supporters belges pataugent dans des allées boueuses d'un alignement de tentes spartiates façon stalag.

Quelques douches et sanitaires à l'hygiène douteuse pour un demi-millier de personnes. Des tentes sans électricité. Un wi-fi inopérant: bienvenue au "Village des Belges", le camp officiel des supporters des "Diables rouges" à Recreio dos Bandeirantes, une banlieue balnéaire de Rio de Janeiro.

Prix d'ami pour ce soit-disant cinq étoiles tropical: 150 euros la nuit par personne en demi-pension.

Serge Gilsoul, un chirurgien dentiste de 46 ans ne décolère pas: "nous sommes vraiment très déçus, vu les sommes qu'on a payées. Cela ne correspond pas du tout à ce qu'on nous avait décrit".

Bordé de panneaux publicitaires, ce camping un peu "roots" d'ordinaire fréquenté par des surfeurs brésiliens a été aménagé à la va-vite pour les visiteurs belges.

Et pour parfaire le cauchemar, des pluies torrentielles se sont abattues sur Rio. Alors la plage est jolie, mais on dirait Ostende en novembre.

Pour aller visiter le Pain de Sucre ou Copacabana, c'est une heure de route minimum en bus quand il n'y a pas d'embouteillages.

"Un séjour inoubliable"

"Regardez, voilà notre "tente de luxe", dit le dentiste en ouvrant avec son épouse vénézuélienne la bâche de son abri de la taille d'un petit bungalow. A l'intérieur, un lit composé de deux structures en bois côte à côte ressemblant à des palettes industrielle et couvertes d'un matelas maigrichon. Pas de rangement. Une lampe de poche pour tout éclairage.

"Les sanitaires sont en-dessous de tout, à la limite de l'insalubre. Le wi-fi ne fonctionne pas. En plus, on nous sert du fromage de Hollande rassis. Le personnel ne parle que Néerlandais et anglais. C'est mon premier Mondial et c'est le dernier", peste encore M. Gilsoul, qui habite à La Réunion.

Le séjour en couple lui a coûté en tout 9.000 euros. Le paquet, vendu par l'agence de voyage Sun Riezen, partenaire officiel de l'Union belge de football, comprend un vol charter aller-retour depuis Bruxelles, les transferts dans les trois villes où joue la Belgique pendant la phase de groupe. Et le fameux séjour demi-pension au "Devillage" (jeu de mot facétieux mariant "devil" pour diable et "village", ndlr).

L'opération a été sous-traitée à une société néerlandaise spécialisée, Oranjecamping.

Le site de promotion de Devillage promet sans rire "un séjour inoubliable" avec des animations, une "connexion wi-fi gratuite" pour "partager l'expérience brésilienne" avec les amis restés au plat pays.

"Et bien évidemment, les supporteurs belges savent pourquoi, de la BIERE BELGE y coulera à flots", y lit-on encore.

"On est tous très mécontents. Ca fait trois jours qu'on est dans le stress. On ne parle même plus de foot", se lamente Jean-François Claes, un infirmier en psychiatrie vivant à Tournai.

Rabais sur la bière

"On est très déçus de la fédération (...) qui laisse tomber les supporters à 10.000 km de leur pays, ajoute-t-il. Mais on va laisser de côté, on va parler Coupe du Monde et vivre dans ce camp qui ressemble plus à Koh-lanta qu'au camp de rêve qu'on nous a vendu".

Selon les campeurs, l'Union belge se défausse sur la société néerlandaise qui se défausse sur la "mentalité brésilienne"... Les responsables ont refusé de parler aux reporters de l'AFP.

Face à la fronde générale, l'opérateur néerlandais et l'Union belge ont fini par consentir un rabais de 50 euros par jour et par personne.

Une décision prise après une réunion houleuse, jeudi, où les gentils organisateurs avaient d'abord pensé calmer tout le monde en régalant deux heures de bières gratuites, un ticket de bus pour Copacabana et un rabais sur la bière pour le reste du séjour: de 2,50 à 2,25 euros.

Pascal van Cauwenberge, comptable de 54 ans, se console comme il peut: "on est content d'être là quand même, on a vu, on a goûté à la magie d'un stade brésilien, c'était exceptionnel".

Au bout du camping, huit copains argentins dans la quarantaine rigolent en buvant leur maté, à côté du camion Mercedes de 1966 qui les a conduits jusqu'au Brésil pour voir Messi.

"On a dû prendre des vacances, arracher de haute lutte l'autorisation de nos femmes qui nous le feront payer toute notre vie. Mais c'est génial", déclare José Vega.

Le camping? Ils ne s'en plaignent pas trop. Il faut dire qu'ils paient chacun 40 reais (17 euros) pour jour, camion compris. Dix fois moins que les Belges.

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