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Calabre: Le pape dénonce les souffrances des enfants victimes de la mafia

21/06/2014 05:48 EDT | Actualisé 21/08/2014 05:12 EDT

Le pape François a dénoncé samedi pour sa première visite en Calabre (sud de l'Italie) les souffrances que doivent endurer les enfants victimes de la mafia, en apportant un message de solidarité à des mères et grands-mères détenues dans une prison locale.

"Plus jamais un enfant ne doit endurer de telles souffrances", a-t-il lancé à l'intérieur du centre de détention de Castrovillari, près de Cassano allo Jonio, aux deux grands-mères du petit Nicola ("Coco") Campolongo, trois ans, victime en janvier d'un règlement de comptes qui avait ému toute l'Italie. Son corps avait été retrouvé avec celui de son grand-père dans une voiture carbonisée.

Outre ces petits enfants, des jeunes Calabrais sont recrutés pour le trafic de drogue et meurent aussi dans les violences de la 'Ndrangheta, ou bien se retrouvent en prison.

Lors d'une cérémonie chargée d'émotion, devant quelque 200 hommes et des femmes détenues, certaines en larmes, qu'il a saluées une à une, François a ajouté: "Moi aussi, je commets des fautes et je dois faire pénitence".

"Je voudrais exprimer la proximité du pape et de l'Eglise à tout homme et femme qui se trouve en prison, dans toutes les parties du monde", a ajouté le pontife qui, à Buenos Aires, se rendait souvent dans les prisons et avait lavé les pieds de jeunes détenus à Rome, à l'occasion du Jeudi Saint, peu après son élection en 2013.

François a axé son message sur la réinsertion dans la société, afin que la détention ne soit pas seulement "un instrument de punition et de rétorsion sociale".

Il a invité les détenus à "rencontrer Dieu" en prison: Dieu est "un maître de réinsertion, qui nous prend par la main et nous raccompagne dans la communauté sociale", a-t-il encouragé.

Le pape argentin effectuait samedi à Cassano, localité pauvre à proximité de la Mer Ionienne, une visite à la tonalité très sociale alors que la mafia prospère sur l'échec des investissements de l'économie légale dans une région où le chômage des jeunes de moins de 25 ans a atteint 56,1%, record d'Italie en 2013 selon Eurostat.

Jorge Bergoglio, 77 ans, qui avait paru fatigué ces derniers jours et semblait revigoré samedi, a été accueilli par une foule en liesse quand il s'est rendu d'abord dans un hospice où sont hospitalisés des malades en fin de vie, avant de rencontrer les prêtres de la région à la cathédrale.

Aux prêtres, il devait demander de n'être pas seulement des "employés" de l'Eglise, mais des "canaux ouverts et généreux" vers leurs ouailles.

Cette visite de neuf heures, menée au pas de charge dans la région la plus pauvre d'Italie après la Campanie, doit s'achever par une grande messe à laquelle sont attendues plus de 100.000 personnes.

C'est sa quatrième en Italie, hors du diocèse de Rome. L'an dernier, ce pape populaire s'était déjà rendu à Cagliari (Sardaigne) où il avait dénoncé le chômage des jeunes, à Assise (Ombrie) où il avait célébré Saint François d'Assise, et sur l'île de Lampedusa (sud) où il avait plaidé contre "la mondialisation de l'indifférence" et pour les droits des immigrés débarquant en Europe.

La 'Ndrangheta calabraise, par laquelle transite une partie de la cocaïne d'Amérique du Sud, est aujourd'hui la plus riche et la plus diversifiée des mafias, avec des intérêts dans le nord de l'Italie et en Europe.

Héritées d'une vieille culture de l'omerta, des collusions entre des membres du clergé et les mafias subsistent encore dans le Mezzogiorno même si les papes et l'Eglise les ont nettement condamnées et que les associations catholiques multiplient les initiatives contre la criminalité organisée.

pho-jlv/pt

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