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Mauritanie: l'esclavage n'a jamais été aboli, selon un candidat à la présidence

20/06/2014 08:24 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

"En Mauritanie, il n'y a jamais eu d'abolition de l'esclavage", malgré une législation qui n'est qu'un "vernis" à destination de la communauté internationale, affirme Biram Ould Dah Ould Abeid, candidat anti-esclavagiste à la présidentielle de samedi.

Ould Abeid est un Haratine (descendant d'esclave maure) de 49 ans, juriste et historien de formation, président de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA). Son combat anti-esclavagiste sans concession lui a valu la prison.

"En Mauritanie, il n'y a jamais eu d'abolition de l'esclavage, car l'Etat a toujours investi et organisé ses appareils policiers, l'appareil judiciaire, ses services cultuels, ses corps d'imams et d'érudits (...) pour maintenir l'esclavage et combattre l'abolition", déclare-t-il à l'AFP à Nouakchott.

Officiellement, l'esclavage a été aboli en 1981 en Mauritanie, pays de 3,8 millions d'habitants d'origine arabo-berbère - les Maures - et d'Afrique subsaharienne - les Négro-Africains. Depuis 2007, une loi criminalise la pratique de l'esclavage, répandue dans toutes les couches de la société.

Mais, affirme Ould Abeid, "s'il y a des lois, elles ont été faites pour la consommation extérieure". "C'est un vernis destiné aux bailleurs de fonds (...), aux partenaires, aux institutions internationales dont la Mauritanie fait partie et qui prohibent l'esclavage".

Selon lui, "tout cet arsenal juridique n'a jamais été destiné à être appliqué. C'est pourquoi, malgré les lois, il n'y a jamais eu de répression de l'esclavage".

Au contraire, dit-il, "ceux qui sont réprimés, ce sont toujours les militants anti-esclavagistes, ce sont toujours les esclaves qui aspirent à la liberté, à l'égalité".

Il dénonce la persistance d'un "islam officiel foncièrement esclavagiste, placé dans la Constitution mauritanienne comme principale source de lois et enseigné dans les écoles" formant "les magistrats", les cadres administratifs, "les officiers de police judiciaire".

"L'éducation du Mauritanien (...) est une éducation qui autorise l'esclavage et le sacralise, qui le considère comme un sixième pilier de la religion musulmane. Il fait partie de la religion d'Etat", note Ould Abeid, regrettant cet "islam esclavagiste vraiment en déphasage", "contraire à l'islam originel" et ses valeurs de charité et de solidarité.

- 'Rien de culturel' -

Le président de l'IRA réfute catégoriquement l'idée d'un ancrage "culturel" de l'esclavage dans la société, souvent mis en avant par les élites maures.

"Ils prétendent que l'héritage est culturel et que les lois ne peuvent rien, mais c'est faux", poursuit-il. "Tous les grands commis de l'Etat sont d'extraction esclavagiste en majorité, et ce sont eux qui maintiennent le mode de vie esclavagiste et combattent la libération des esclaves. C'est pourquoi tous les anti-esclavagistes sont diabolisés, incriminés emprisonnés".

Ould Abeid estime que si l'Etat appliquait une "première fois la loi avec détermination sur un seul criminel d'esclavage, tous les autres esclavagistes" se sépareraient "de leurs esclaves et de leur mode de vie esclavagiste".

"Il n'y a rien de culturel, c'est seulement criminel et cette criminalité est entretenue par l'Etat et ceux qui le dirigent, ce sont eux qui entretiennent cette impunité", martèle-t-il.

Aux accusations de "racisme" et de "communautarisme" proférées à son encontre par les cercles du pouvoir, il parle de "propagande", soutenant que "les esclaves et anciens esclaves forment plus de la moitié de la population mauritanienne", soit environ deux millions de personnes.

Ces chiffres, tirés selon lui d'un "sondage réalisé par l'IRA en 2009", sont contestés en Mauritanie où les estimations officielles évaluent à 80% la communauté maure, y compris les Haratines, le reste étant constitué de 20% de Négro-Africains.

Le gouvernement n'a toujours pas procédé à un "recensement qualitatif et quantitatif de l'esclavage" en dépit de financements internationaux déjà acquis, "car il a peur de ces chiffres qui vont sortir", assure Ould Abeid. "Si les groupes dominants arabo-berbères étaient sûrs que les chiffres que nous avançons sont faux, ils s'empresseraient de faire le recensement".

Adversaire samedi à la présidentielle du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz, grand favori, et de trois autres candidats, Ould Abeid affirme représenter "d'autres franges défavorisées", notamment "les humbles parmi les Arabo-Berbères". Ils ont leur place dans notre "projet de changement pour une Mauritanie égalitaire, sans esclavage, sans racisme", déclare-t-il.

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