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Espagne: la justice classe une plainte du Maroc contre El Pais

20/06/2014 01:34 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

La justice espagnole a classé une plainte du Maroc contre la société éditrice du journal El Pais auprès du parquet général pour avoir diffusé une vidéo d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dénonçant "la corruption" du régime marocain et appelant au jihad, a indiqué vendredi une source du parquet.

"Le parquet a classé" la plainte mardi car il "considère qu'il n'y a pas d'indice d'un délit", a affirmé cette source.

Le Maroc avait déposé une plainte, enregistrée le 20 décembre 2013, pour la diffusion sur internet "d'une vidéo intitulée +Maroc, Royaume de corruption et de despotisme+", selon un accusé de réception du parquet général daté du 26 décembre.

Sollicitées par l'AFP, les autorités marocaines n'ont pas fait de commentaire.

La plainte du chef du gouvernement Abdelilah Benkirane avait été déposée au titre du deuxième paragraphe de l'article 579.1 du code pénal espagnol relatif au délit "d'apologie du terrorisme". Elle visait "la diffusion et l'accueil dans les domaines internet du média dénommé +El Pais TV+, appartenant aux +Editions El Pais, SL+" de la vidéo, selon ce document.

Le reporter Ignacio Cembrero, qui couvrait le Maghreb pour El Pais depuis plusieurs années et avait publié la vidéo sur son blog le 13 septembre, a démissionné du journal fin avril. Il a critiqué le manque de soutien de la direction sortante qui avait décidé de "son changement fulgurant de service" après la plainte.

Le journaliste, auteur d'articles embarrassants pour le Maroc, notamment sur la grâce d'un pédophile "par erreur" l'an dernier, avait expliqué avoir publié la vidéo en précisant clairement "qu'il s'agissait d'un documentaire de propagande terroriste".

Au Maroc, le journaliste Ali Anouzla, connu pour ses positions critiques à l'égard du pouvoir, est poursuivi pour "incitation au terrorisme" après avoir placé, sur la version arabophone du site d'informations Lakome, un lien vers cette vidéo d'Aqmi.

Les associations de défense des droits de l'Homme comme Amnesty International ont appelé à plusieurs reprises à l'abandon de ces poursuites.

"J'espère que la justice au Maroc tirera les conséquences du rejet de la plainte de (Abdelilah) Benkirane contre Cembrero en Espagne et en tiendra compte pour Anouzla", a écrit sur son compte twitter Ignacio Cembrero, qui a travaillé plus de 30 ans pour El Pais.

Une nouvelle audition de M. Anouzla par le juge d'instruction prévue le 20 mai à Salé, près de Rabat, avait été reporté sine die.

"Personne n'a appelé mon avocat pour fournir une nouvelle date, et je n'ai reçu aucune convocation écrite de la part du juge", a affirmé vendredi à l'AFP le journaliste marocain.

En avril le chef de la diplomatie, Salaheddine Mezouar, avait souligné que ce dossier était "entre les mains de la justice".

"Il y a une loi au Maroc qui est très claire: faire l'apologie du terrorisme est considéré comme un acte provocateur au niveau de la société et c'est ce qui a constitué la base" des poursuites avait-il ajouté lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue américain John Kerry.

Aux termes de la loi antiterroriste votée en 2003 après une vague d'attentats à Casablanca, Ali Anouzla risque jusqu'à 20 ans de prison.

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