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Bernard-Henri Lévy crée symboliquement sa pièce "Hotel Europe" à Sarajevo

20/06/2014 12:45 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

L'écrivain français Bernard-Henri Lévy crée symboliquement au Théâtre National de Sarajevo le 27 juin sa nouvelle pièce, "Hôtel Europe", une manière de "dire mon écoeurement, ma colère et ce qui me reste d'espérance" sur l'avenir de l'Europe, a-t-il confié à l'AFP.

La pièce, un monologue interprété par Jacques Weber, se déroule dans un hôtel à Sarajevo. "C'est le jour de la commémoration du centenaire de la guerre de 1914 et à cette occasion, un homme prépare un discours sur l'Europe aujourd'hui, sur sa crise et sur son avenir", raconte l'écrivain.

Enfermé dans sa chambre d'hôtel, l'homme a pour tout compagnon un ordinateur et navigue sur internet. Des images glanées sur la toile sont projetées sur le plateau, "aussi bien le texte d'un philosophe, qu'un bout de conférence de Semprun, une image de réfugiés syriens à Lampedusa, une archive de la guerre de Bosnie".

Si Bernard-Henri Lévy a choisi le Théâtre National, c'est qu'il s'agit "d'un haut lieu de la résistance de la Bosnie, quand on y prenait la parole, c'était un acte de défi aux terroristes, aux assassins", dit-il.

Ecrivain engagé, auteur d'un film tourné dans Sarajevo assiégée, "Bosna!", projeté au Festival de Cannes en 1994, "BHL" défend aujourd'hui l'entrée de la Bosnie dans l'Europe. Il lancera le 28 juin, au lendemain de la première de sa pièce, une pétition en 28 langues sur un site dédié, avec d'autres intellectuels.

Il a choisi pour "Hôtel Europe", sa deuxième pièce en 20 ans (après "Le Jugement dernier"), un metteur en scène bosniaque, Dino Mustafic, réalisateur et metteur en scène de théâtre rencontré il y a 20 ans en pleine guerre, alors que Mustafic était jeune cameraman aux armées.

- 'Qu'avons-nous fait du rêve européen ?' -

S'il a choisi le théâtre pour parler de l'Europe, c'est que "le théâtre est de tous les genres littéraires celui qui permet l'intervention la plus directe sur les choses, le genre le plus politique", dit-il.

"Qu'avons-nous fait du rêve européen de nos pères, d'où vient que ce rêve soit en train de se désenchanter et peut-être de se désintégrer et que faut-il faire pour qu'il reparte, pour qu'il ressuscite et redevienne d'actualité?", interroge le philosophe. "C'est une pièce qui est pessimiste parce qu'évidemment le personnage est accablé par cette montée de souverainisme, de populisme qui tourne le dos à l'idéal européen et qui selon moi précipite les peuples d'Europe dans la misère et dans le chaos si cela allait à son terme, et c'est en même temps un texte qui indique une voie et une espérance possible, c'est le coup de théâtre de la fin de la pièce."

Après Sarajevo, "Hôtel Europe" sera donné à la Fenice de Venise le 11 juillet, et dans le courant de l'été à Kiev, parce que "les deux lieux où se pose la question de l'Europe de la manière la plus brûlante c'est en Bosnie et à Kiev". Bernard-Henri Lévy n'épargne pas la Russie de Poutine, dont il dénonce "l'alliance avec toutes les extrêmes-droites européennes" et "le dessein de déstabilisation de l'Europe".

Le comédien Jacques Weber a très vite accepté de porter ce texte politique, parfois ardu avec ses références à Husserl et Heidegger. L'acteur et réalisateur de cinéma était heureux de saisir cette occasion rare dans le théâtre de "s'emparer de la politique", témoigne BHL.

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