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Au Cameroun, le spectre d'attentats de Boko Haram surgit

20/06/2014 06:49 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

Le Cameroun multiplie désormais les actions de sécurisation de son territoire, dans la crainte d'attentats des insurgés islamistes nigérians de Boko Haram contre lesquels il vient d'engager son armée aux frontières.

"Il règne une certaine accalmie actuellement dans les zones frontalières (extrême-nord), mais c'est un calme qui prépare, peut-être, la tempête. Boko Haram menace de planifier des attentats au Cameroun", révèle sous couvert d'anonymat un officier de police qui suit les activités du groupe terroriste nigérian.

Les autorités administratives et militaires sont informées de cette menace qu'elles prennent très au sérieux.

"Nous avons envisagé toutes les hypothèses. Ce qu'ils (les islamistes) font au Nigeria, ils peuvent très bien le faire chez nous. Nous prenons en compte une menace qui mettrait en oeuvre des explosifs", relève le général Hippolyte Ebaka, commandant de la 3e région militaire interarmées qui couvre le nord du pays. "Quand cette menace atteindra les villes (camerounaises), elle deviendra quelque chose de terrible", craint-il.

Depuis 2009, les attentats perpétrés au Nigeria par le groupe islamiste armé ont fait des milliers de morts. Le 5 mai, plus de 300 personnes ont péri à Gamboru (Nigeria), au cours d'une attaque de Boko Haram qui veut instaurer un Etat islamique dans le nord du Nigeria. Une trentaine de corps de Camerounais, tués dans cette attaque, ont transité par Fotokol (extrême-nord du Cameroun), ville voisine de Gamboru.

Depuis 2013, le groupe étend son périmètre d'actions au Cameroun où il s'illustre par diverses actions: enlèvements d'occidentaux, agressions à domicile, trafics d'armes, de drogue et de véhicules notamment. Dans la nuit du 16 au 17 mai, 10 Chinois ont été enlevés et un militaire camerounais tué au cours d'une attaque d'un site de travailleurs chinois à Waza (extrême-nord) attribuée aux islamistes nigérians qui avaient déjà revendiqué l'enlèvement en janvier 2013 de la famille française Moulin-Fournier.

"Nous avons identifié qu'il y avait une montée en puissance de Boko Haram. Il fallait leur opposer une réponse adéquate", assure le général Ebaka.

Aussi, des renforts en hommes et en logistique ont été déployés dans le nord du pays pour combattre les islamistes. Plus haut, dans la région de l'extrême-nord où se concentrent jusqu'à présent les actions de Boko Haram, la circulation des motos a été interdite dès 18 heures dans les campagnes, et, en ville, à partir de 20 heures.

"Les motocyclistes sont les premiers agents de renseignement de Boko Haram. Selon un schéma qui leur est propre, ils (les islamistes) achètent des motos à de jeunes gens. Ils leur donnent un peu d'argent", rapporte le général Ebaka. "Pour éviter qu'ils donnent de l'information (aux islamistes) sur les mouvements, sur les positions de l'armée, il faut absolument restreindre leur mouvement", explique-t-il.

- "Beaucoup de complices parmi nous"-

De plus, Boko Haram "dispose de relais partout" car le groupe a infiltré l'administration et les milieux sécuritaires locaux et n'a aucune difficulté à se déplacer dans le pays. renchérit l'officier de police

L'armée multiplie depuis des semaines les arrestations d'islamistes présumés et de personnes suspectées de liens avec eux.

En outre, le gouvernorat de la région de l'extrême-nord a récemment demandé aux chefs de villages de créer des comités de vigilance dans les campagnes.

Ces comités ont "des attributions bien encadrées et (ils) doivent avoir l'aval du commandant de brigade ou de l'agent de sûreté nationale de la localité afin de filtrer les personnes" admises dans ces comités", explique le secrétaire général de la région, Raymond Robsko. Selon lui, ces comités "vont participer à la recherche du renseignement, et la surveillance de nos villes et campagnes".

A cet effet, le général Ebaka affirme que "tout le monde se mobilise" contre Boko Haram, et que la population commence à communiquer des informations utiles à l'armée. Il y a peu, elle redoutait encore les représailles du groupe nigérian

Face à la menace d'attentats, le président de l'Assemblée nationale, Cayaye Yeguié Djibril a récemment préconisé l'"union sacrée" pour "éloigner de notre pays les démons de la dérive sécuritaire et le spectre de l'instabilité". Non sans ajouter aux craintes d'attentats en affirmant: "beaucoup (de complices de Boko Haram) sont parmi nous".

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