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Soudan du Sud: des évêques dénoncent le blocage des discussions de paix

19/06/2014 10:12 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

Des évêques du Soudan du Sud ont accusé jeudi les belligérants de bloquer les négociations de paix pour pouvoir continuer la guerre qui déchire le jeune pays depuis plus de six mois, malgré le récent engagement des deux camps à former un gouvernement de transition.

"Nous craignons que les parties belligérantes ne préfèrent recourir à la guerre, c'est une sorte de stratégie dilatoire", a déclaré l'évêque sud-soudanais Enoch Tombe Stephen à des journalistes à Addis Abeba.

Des pourparlers de paix se sont ouverts en janvier dans la capitale éthiopienne mais sont actuellement bloqués en raison du boycott pratiqué depuis plusieurs jours par le camp du président Salva Kiir et les représentants du chef de la rébellion, son ancien vice-président Riek Machar.

Les beligérants "peuvent être tentés de retourner sur le champ de bataille pour y régler leurs comptes. Nous ne sommes pas d'accord avec cette position, nous les encourageons plutôt à revenir à la table des négociations", a ajouté Enoch Tombe Stephen.

L'évêque Isaiah Majok Dau, un autre responsable religieux sud-soudanais, a affirmé qu'aucun des deux camps n'était "sérieux dans ces discussions" de paix.

"Ce boycott n'est pas utile parce que les gens continuent de mourir sur le terrain", a-t-il alerté.

Destinées à ramener la paix dans le plus jeune Etat du monde, fondé en 2011 et majoritairement chrétien, les pourparlers d'Addis Abeba se tiennent dans le cadre de la médiation de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), une organisation est-africaine.

Le camp gouvernemental continue de boycotter les discussions pour protester contre de récentes déclarations critiques de la médiation, et la rébellion dénonce la participation de représentants de la société civile et d'organisations religieuses aux pourparlers.

Censées mettre fin à la guerre civile qui a débuté mi-décembre et fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts, les discussions n'ont jusqu'à présent débouché sur aucun résultat tangible, deux accords de cessez-le-feu - en janvier et en mai - étant restés lettre morte.

Le 10 juin, les deux camps se sont pourtant engagés à former un gouvernement de transition dans les 60 jours, mais ce délai paraît de moins en moins tenable, alors que les médiateurs ont menacé les deux camps de sanctions en cas d'échec.

Sur la question du gouvernement de transition, Salva Kiir a d'ailleurs fermement rappelé, jeudi depuis Juba, qu'il y a avait à ses yeux une "ligne rouge" à ne pas franchir: son maintien comme chef de l'Etat.

"Notre peuple m'a massivement élu à la présidence et personne n'a le droit ou le pouvoir de m'en retirer à part le peuple lui-même", a-t-il déclaré devant les parlementaires réunis dans la capitale du Soudan du Sud.

Condamnant "ceux qui ont l'idée de démanteler" le gouvernement, il a exclu tout "changement de régime" et a de nouveau accusé la rébellion d'avoir provoqué une "guerre inutile" dans le but d'arriver au pouvoir "par des moyens non démocratiques".

Le conflit a été émaillé de massacres ethniques et d'atrocités et a forcé plus de 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers dans ce pays dont le pétrole est la principale richesse. Selon des agences humanitaires, le pays est désormais au bord de la famine.

La guerre a commencé après que Salva Kiir eut accusé Riek Machar de tentative de coup d'Etat. Ce dernier a rejeté cette accusation et qualifié son adversaire de "dictateur".

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