POLITIQUE

Commission Charbonneau: la culture du financement a changé sous Charest, dit un ex-président du PLQ

19/06/2014 11:02 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT
Capture d'écran

L'arrivée de Jean Charest à la tête du PLQ en 1998 a marqué un changement dans la philosophie de financement au parti, a expliqué devant la commission Charbonneau Robert Benoit, député d'Orford de 1989 à 2003.

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Robert Benoit, qui avait déployé de grands efforts pour renforcer l'éthique alors qu'il était président du PLQ (1985-1989), a dit avoir été particulièrement surpris de voir l'aspirant-chef tenir au club St-Denis un déjeuner de financement pour la course à la direction qui rapportera pas moins d'un demi-million de dollars.

Il a aussi expliqué que M. Charest, qui arrivait d'Ottawa, où il avait été ministre sous Brian Mulroney, amenait avec lui des gens de la firme de communication Everest, nommée à la commission Gomery sur le scandale des commandites.

Ce changement dans la philosophie de financement au PLQ a aussi été illustré par l'arrivée de Marc Bibeau à la présidence de la commission des finances en vue des élections de 2003.

Robert Benoit a expliqué qu'alors, tous les députés, réunis en caucus électoral, ont été convoqués en tête-à-tête avec M. Bibeau. Selon le témoin, il lui aurait fait savoir que s'il voulait se représenter, il devait amasser de l'argent dans sa circonscription.

« Si tu veux te présenter à la prochaine élection, il faut que tu amasses de l'argent. Là, je l'arrête. Je lui dis : 'vous êtes mal informé, je ne me présente pas justement, ça tombe ben mal votre affaire''. Et là, un peu désemparé, il va me dire :'' ouais, mais si tu veux qu'on te nomme quelque part…'' Je lui ai dit : ''écoutez, si vous voulez me nommer quelque part, vous me nommerez, si vous ne voulez pas, vous ne me nommerez pas. Pas plus grave que ça''. Je n'ai pas été nommé d'ailleurs. »

— Échange entre Marc Bibeau et Robert Benoit rapporté par ce dernier

Marc Bibeau a longtemps été impliqué comme bénévole dans le financement du PLQ sous Jean Charest. L'ex-président de CIMA+ a notamment confirmé son rôle dans le financement sectoriel auprès des firmes de génie.

Robert Benoit a expliqué avoir fortement resserré les règles et pratiques éthiques durant son mandat à la tête du PLQ, ayant en tête les scandales qui frappaient alors le parti conservateur de Brian Mulroney.

« Si on en pogne un, on laissera rien passer : on ne paiera pas vos avocats et vous serez suspendus du caucus », avait-il lancé d'entrée de jeu aux membres du caucus PLQ.

Il soutient que c'est d'ailleurs sous son impulsion que le PLQ mettra à la porte de la commission des finances Tommy D'Errico, alors grand argentier du parti.

Dans une entrevue accordée au Devoir en novembre 2010, M. Benoit réclamait la tenue d'une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction. Il y déplorait que le Parti libéral était devenu une « machine à ramasser de l'argent ».

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