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Mondial-2014 - Suisse: les ingrédients d'une sauce qui a pris

19/06/2014 06:34 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

La Suisse, qui affronte la France vendredi à Salvador dans le Mondial-2014, est sortie du néant pour devenir une équipe compétitive grâce à un projet de formation, une méthode de management et une valorisation de sa diversité.

Après les vaches maigres des trente dernières années du XXe siècle, la "Nati" est revenue à la table des grands: depuis 2004, elle a participé à cinq phases finales sur six d'Euros et de Mondiaux. Actuelle 6e au classement Fifa, l'équipe d'Ottmar Hitzfeld n'a perdu que 4 fois lors de ses 30 derniers matches, battant notamment l'Allemagne et le Brésil.

. FORMATION

La renaissance commence en 1995 lorsque, pour son centenaire, la fédération (ASF) lance la professionnalisation de la formation. Köbi Kuhn, un de ses concepteurs, prend les rênes de la "Nati" en 2001 "pour permettre aux jeunes pousses formées de mettre leur nez dans l'équipe A", explique Michel Pont, sélectionneur adjoint depuis 13 ans et ainsi grand témoin de ce redressement.

La nouvelle génération suisse vient de là, formée footballistiquement mais aussi dans un "état d'esprit", explique Pont, c'est-à-dire "être à la disposition des fans, de la fédération et des sponsors, pour que l'équipe nationale ne représente pas un consortium de privilégiés mais les Suisses et ses régions".

Le foot français, considéré comme "un grand frère", a inspiré le foot helvétique, selon lui: "On a beaucoup travaillé dans la formation pour s'approcher du niveau français, l'écart s'est rétréci dans les individualités, même si on en a beaucoup moins que l'équipe de France. Mais nous restons avec nos petits moyens, nos 8 millions d'habitants, c'est Paris (le bassin parisien, ndlr), on n'a pas le même réservoir de joueurs".

. MANAGEMENT

"On a affaire à des ego au-dessus de la moyenne, il faut jouer avec ça pour leur faire comprendre que s'il veulent bien nourrir cet ego, il faut utiliser le groupe", détaille Pont. "On se renforce et on se contruit sur les conflits", souligne-t-il, pour faire progresser la "tolérance et l'ouverture d'esprit". Sans doute une allusion à la récente brouille entre les deux cadres gökhan Inler et Valon Behrami...

Le sélectionneur Ottmar Hitzfeld joue aussi un rôle décisif dans la psychologie du groupe. "Il me parle tranquillement, il m'écoute beaucoup aussi, et la tranquillité qu'il m'a donnée est magnifique, ça ne m'est pas souvent arrivé dans ma carrière", relève Behrami.

"C'est viscéralement un perfectionniste, il a envie de maîtriser tout ce qu'il peut, et donc il se maîtrise aussi, ce qui lui donne un côté austère de l'extérieur, alors qu'il est chaleureux et plein d'empathie", décrit encore Pont.

. DIVERSITE

Ottmar Hitzfeld est Allemand et tout se fait dans sa langue au sein d'un groupe aussi polyglotte que le pays, formé de plusieurs communautés géo-linguistiques. "Nous avons une sélection extrêmement riche en langues, origines, religions, couleurs, cela représente une grande force", estime Pont.

Les joueurs ont une tendance naturelle à se regrouper par communautés, mais cette tendance s'est estompée. "J'ai un souvenir très fort du premier rendez-vous de la sélection (de l'ère Kuhn, ndlr) en 2001 dans un hôtel à Zurich, raconte l'adjoint. Il y avait quatre groupes distincts qui ne se mélangaient pas, on pouvait dessiner la carte suisse avec ces groupes formés dans le hall! Le premier travail a été de les rassembler pour en faire une force et non une faiblesse".

"On a toujours été confrontés à une problématique de mentalités différentes, poursuit-il. En 2001, on avait davantage de Portugais, d'Espagnols et d'Italiens, des générations venues de l'immigration économique. Puis il y a eu la génération de la vague d'immigration balkanique après la guerre en Yougoslavie".

Ces Behrami, Xhaka et autres Shaqiri "ont ce côté 'peur de rien' des garçons écorchés vifs par ce qu'il s'est passé dans le pays de leurs parents, ce qu'ils en ont entendu, analyse-t-il encore. Ils vont mettre la tête là où on met le pied, ils sont moins clean et polis, ce fameux complexe suisse sur lequel on travail depuis le départ".

ybl/obr/gv

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