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L'élection afghane vire à la crise politique avec les accusations d'Abdullah

19/06/2014 11:37 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

L'élection présidentielle afghane s'est transformée jeudi en crise politique avec la menace par le candidat arrivé en tête au premier tour, Abdullah Abdullah, de rejeter le résultat du scrutin pour cause de fraude au détriment de son camp.

"A partir de maintenant, toutes les actions de la part de la commission électorale seront illégales et ses résultats seront inacceptables pour nous", a déclaré M. Abdullah jeudi au cours d'une conférence de presse à Kaboul.

Mercredi, M. Abdullah avait déjà annoncé qu'il boycottait la commission électorale indépendante (IEC) en retirant ses observateurs et qu'il demandait l'arrêt "immédiat" du décompte des voix pour examiner les problèmes de fraude.

Ces déclarations aux allures de coup de poker pourraient fragiliser la première transition démocratique de l'histoire du pays, dirigé par le président Hamid Karzaï depuis la chute des talibans en 2001.

Et la crise politique issue du deuxième tour, qui s'est déroulé le 14 juin sans violences majeures, pourrait ouvrir une nouvelle période d'instabilité en Afghanistan à un moment où une partie des quelque 50.000 soldats de l'Otan devraient quitter le pays d'ici la fin de l'année.

Environ 10.000 soldats américains pourraient rester sur place, si un accord bilatéral de sécurité (BSA) est signé par le nouveau président.

Les craintes de dérapage ont été relayées par l'ONU dès mercredi soir dans un communiqué qui qualifie de "regrettable" la décision de M. Abdullah de prendre ses distances par rapport à l'IEC.

M. Abdullah, qui rassemblé 45% des voix au premier tour le 5 avril, enchaîne les conférences de presse depuis dimanche pour dénoncer des fraudes contre son camp qui pourraient bénéficier à son rival Ashraf Ghani (31,6% au premier tour).

Ce dernier s'est montré beaucoup discret rejetant en bloc les accusations de M. Abdullah par la voix d'un de ses porte-paroles mercredi soir.

- Tensions ethniques à craindre -

Des tensions ethniques, notamment, sont à craindre entre les deux camp en cas de désaccord sur l'issue du scrutin. M. Ghani, un Pachtoune, jouit du soutien de cette population du sud de l'Afghanistan, tandis que M. Abdullah est soutenu principalement par les Tadjiks du Nord.

Furieux que ses demandes n'aient pas été entendues par l'IEC, M. Abdullah a monté le ton jeudi en affirmant qu'il ne reconnaissait ni cette commission, ni la Commission des plaintes électorales (ECC) en raison de leur "mépris des demandes légitimes de notre part, au nom de millions d'électeurs en Afghanistan".

"C'en est fini de leur légitimité", a-t-il martelé.

Par ailleurs, M. Abdullah réclame aussi la mise à pied de Zia-ul-Haq Amarkhail, un haut responsable de la commission électorale indépendante (IEC), au centre de la polémique électorale, accusé d'avoir commis une irrégularité en transportant des bulletins de vote inutilisés au deuxième tour de l'élection samedi.

Si M. Abdullah s'est voulu rassurant jeudi en affirmant qu'il comptait rester dans la légalité et qu'il attendait de ses partisans "qu'ils respectent les lois afghanes et les intérêts nationaux", le candidat a prévenu qu'un "gouvernement illégitime ne sera pas acceptable pour les Afghans".

Une petite centaine de partisans de M. Abdullah ont manifesté, dans le calme, jeudi dans le centre de Kaboul, près du palais présidentiel. Les manifestants ont toutefois assuré qu'ils resteraient sur place jusqu'aux résultats et jusqu'à ce que leur favori soit proclamé président.

Par ailleurs, M. Abdullah a rejeté la responsabilité de la situation politique sur le président sortant Hamid Karzaï. "La responsabilité et les conséquences de cette crise, et l'impasse politique, reposent sur les épaules du président (Karzaï) et de la commission électorale", a-t-il dit.

Selon M. Abdullah, qui s'était retiré au deuxième tour de la présidentielle de 2009 en évoquant des fraudes, laissant de facto la présidence à Hamid Karzaï, le système mis en place par le président sortant permet des pratiques de fraude.

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