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L'ex-députée péquiste Lucie Papineau a fait du financement sectoriel pour Pauline Marois

19/06/2014 04:21 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT
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 EN DIRECT - L'ex-députée péquiste Lucie Papineau a expliqué à la commission Charbonneau avoir fait du financement sectoriel entre 2007 et 2009 pour le PQ. C'est Pauline Marois qui l'a approchée après sa défaite électorale pour qu'elle s'occupe du financement de « milieu de vie », ce qui signifie solliciter des gens d'affaires, a-t-elle convenu.

Un texte de Bernard Leduc Courriel

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Mme Boivin a expliqué avoir milité pendant des années au Parti québécois avant d'être appelée à la permanence pour coordonner la sollicitation dans les « milieux de vie professionnels », soit des ingénieurs, des entrepreneurs, des hommes d'affaires ou encore des architectes.

Elle avait alors le titre officiel d'adjointe au président. Mme Boivin a ajouté que tous à la permanence étaient au courant de ce qu'elle faisait, y compris le chef du PQ.

« Je n'étais pas la grande responsable: j'étais, comme ils disaient, la cheville ouvrière. »

— Ginette Boivin

Elle a expliqué que jusqu'alors le parti, qui se reposait sur le financement populaire, sollicitait peu ces professionnels : « Ce n'était pas naturel pour nous d'aller faire de la sollicitation auprès d'eux ».

Elle a notamment pu compter sur l'entrepreneur Marcel Melançon - longtemps associé à Tony Accurso dans Marton - pour être introduite dans les milieux du génie et de la construction.

Le PQ, a-t-elle dit, avait deux événements de financements principaux, soit un cocktail au printemps et un autre à l'automne, pour lesquels elle devait vendre des billets.

Ginette Boivin a donné le nom d'un certains nombre d'individus de firmes de génie qui sollicitaient dans leur milieu à sa demande pour ces cocktails :

Denis Guindon de Dessau, François Plourde de CIMA+, Yves Cadotte de SNC-Lavalin, Gérard Laganière du groupe SM, Jacques Grenier d'Axor, Michel Lalonde de Genius (ex-Groupe Séguin), Pierre Shoiry et Yves Lortie de Genivar et France Michaud de Roche.

« Ce n'était pas le groupe Séguin, c'est Michel Lalonde qui vendait et achetait des billets. »

— Ginette Boivin

Elle a précisé qu'elle les rencontrait au restaurant quelques semaines avant chaque cocktail pour leur remettre les billets pour lesquels ils devaient trouver preneur au sein de leurs firmes. Les sommes pour les billets lui étaient remise par chèques, souvent en plusieurs versements. Elle remettait le tout à la permanence.

Elle soutient leur avoir toujours dit qu'ils ne pouvaient lui remettre que des chèques personnels. Aucun d'entre eux ne lui a jamais dit qu'ils remboursaient les dons de certains de signataires, ce qui en aurait fait des prête-noms, ce qui est illégal en vertu de la loi électorale.

L'ex-responsable du financement estime que, sur les quelque 4 ou 4,5 millions de dollars que le PQ récoltait chaque année entre 1997 et 2003, alors que le PQ était au pouvoir, entre 10 % et 15 % provenaient du sectoriel.

Elle soutient qu'il n'a jamais été question, lors des rencontres avec ses solliciteurs, de promesses de contrats. Il lui arrivait cependant de les diriger parfois vers des attachés politiques lorsqu'ils avaient des questions.

Mme Boivin a été poussée vers la sortie par le PQ à l'été 2006, après avoir été mentionnée dans le rapport de la commission Gomery et dans le rapport Moisan.

« On m'a comprendre que pour des raisons politiques, c'était mieux pour le parti. »

— Ginette Boivin

L'ex-députée Papineau a fait du financement sectoriel pour Marois

L'ex-députée péquiste Lucie Papineau a expliqué à la commission Charbonneau avoir fait du financement sectoriel entre 2007 et 2009 pour le PQ. C'est Pauline Marois qui l'a approchée après sa défaite électorale pour qu'elle s'occupe du financement de « milieu de vie », ce qui signifie solliciter des gens d'affaires, a-t-elle convenu.

Mme Papineau a expliqué qu'il s'agissait notamment de trouver quelque 200 invités pour le cocktail printanier du parti.

L'ex-députée, qui n'avait jamais fait de financement et ne connaissait pas ce milieu, s'est alors tournée vers le directeur général du PQ Simon Bissonnette, qui lui a remis une liste de huit individus associés, surtout, à des firmes de génie.

Elle a aussi rencontré Ginette Boivin, l'ancienne responsable du financement - alors persona non grata au parti - qui lui a remis à son tour une vingtaine de noms, dont Yves Cadotte de SNC-Lavalin, Denis Guindon de Dessau, Normand Trudel de Transport Excavation Mascouche... soit surtout des personnes des domaines de la construction et du génie.

« Elle m'a donné une vingtaine de noms qui pourraient acheter des billets pour le gros cocktail. »

— Lucie Papineau

Mme Boivin a même pris la peine de la présenter à ces personnes qui devaient l'aider à vendre des billets pour le cocktail. Elle a ajouté ne leur avoir jamais demandé de vendre un nombre précis de billets, mais ne peut dire ce qu'il en était pour sa prédecesseure Ginette Boivin.

Elle ramassait donc les chèques, leur remettait des reçus et acheminait les sommes collectées au parti, qui se chargeait de la comptabilité.

Elle a expliqué que les choses ne se sont pas particulièrement bien passées, puisque le PQ était alors la deuxième opposition, ce qui était moins séduisant pour les hommes d'affaires, mais aussi parce que plusieurs avaient été froissés par le sort réservé à Ginette Boivin par le parti. Elle a déploré aussi avoir été laissée seule par le parti pour cette tâche : « J'étais toute seule qui faisait ça! ».

« Je n'étais pas une bonne vendeuse de billets ! »

— Lucie Papineau

Lucie Boivin a soutenu que jamais, durant les 18 mois où elle s'est occupée bénévolement de ces tâches, personne ne lui a parlé de la possibilité que des gens aient eue recours à des prête-noms.

Elle a précisé, en contre-interrogatoire, n'avoir jamais reçu d'argent comptant ou encore qu'il ait été question de contrats en échange de subventions.

Les firmes de génie, principaux piliers du financement sectoriel

L'enquêteur Éric Desaulniers a montré plus tôt à la commission Charbonneau, à partir des données du Directeur général des élections du Québec, la part occupée par le sectoriel dans le financement des partis, ainsi que l'importance des firmes pour toutes les formations politiques.

Ainsi, entre 1996 et 2011, le PLQ a récolté des dons totaux de 95 M$, contre 68 M$ pour le PQ et 14 M$ pour l'ADQ. En tenant compte uniquement des dons de plus de 200 $ que l'enquêteur a pu attribuer à un secteur économique précis, le PLQ a récolté 55 M$, contre 27 M$ pour le PQ et 7 M$ pour l'ADQ.

L'analyste de la commission, qui s'est particulièrement intéressé au secteur du génie-conseil, a établi que les employés des firmes ont donné 10 % de tous les dons associés au financement sectoriel, tous partis confondus.

Il s'agit donc de 5,6 millions pour le PLQ (10 %), 3,3 millions pour le PQ (12 %) et 680 000 $ pour l'ADQ (9 %).

« Les ingénieurs sont en tête de liste partout, peu importe le parti. »

— Éric Desaulniers

Quant au secteur de la construction, l'enquêteur a établi qu'il représente 6,4 millions $ du sectoriel pour le PLQ (12 %), 2,3 millions pour le PQ ( 8 %) et 836 000 $ pour l'ADQ (11 %).

La commission a aussi établi que c'est le PLQ qui a amassé la majorité des dons de 2000 $ et plus, un montant particulièrement prisé par les donateurs issus du monde du génie.

Elle a aussi montré que 10 % des dons sectoriels sont le fait de gens qui ont donné, la même année, à plus d'un parti.

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