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Les jihadistes d'Indonésie en Syrie font craindre un retour du terrorisme

19/06/2014 07:36 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

Des extrémistes indonésiens combattant au sein de groupes jihadistes en Syrie ou en Irak pourraient inspirer des réseaux terroristes dans leur pays et font craindre un retour des attentats en Indonésie, le plus grand pays musulman au monde.

Une soixantaine d'Indonésiens se sont rendus en Syrie et en Irak pour rejoindre les rangs des rebelles, selon les services indonésiens de la lutte contre le terrorisme, et leur retour en Indonésie pourrait avoir d'inquiétantes conséquences dans ce pays qui combat avec un certain succès le terrorisme depuis une décennie.

"Les conflits en Irak et en Syrie commencent à avoir un impact profond sur les communautés musulmanes en Indonésie", déclare à l'AFP Rohan Gunaratna, expert à l'école S.Rajaratam d'études internationales (RSIS), basée à Singapour.

Dans une récente vidéo diffusée sur YouTube, un extrémiste indonésien entouré de quatre autres masqués et armés appelle au jihad en Syrie, où il affirme se trouver: "Mes compatriotes indonésiens, c'est une obligation pour les musulmans de faire le jihad dans ce pays béni par Dieu".

De plus, le soutien grandit en Indonésie pour les jihadistes sunnites de l'Etat islamique en Irak et au Levant(EIIL), qui ont conquis la semaine dernière de vastes territoires du nord de l'Irak, mettant en déroute l'armée irakienne dans ce pays dirigé par des chiites.

En Indonésie, la plupart des musulmans sont sunnites, et la violence sectaire opposant ces derniers aux chiites a augmenté ces dernières années.

Pour faire face à la nouvelle menace d'islamistes indonésiens soutenant le jihad, "le gouvernement doit faire voter une loi réprimant les citoyens qui soutiennent les terroristes et se rendent à l'étranger pour cette cause. Leurs actifs devraient être confisqués et il devraient être condamnés à de la prison", juge M. Gunaratna.

Car la principale préoccupation pour l'Indonésie, relève Taufik Andrie, de l'Institut international pour la consolidation de la paix, c'est que des extrémistes reviennent au pays après avoir combattu en Irak ou en Syrie.

Leurs nouvelles connaissances et leurs réseaux pourraient représenter "une nouvelle et sérieuse menace" qui pourrait saper les efforts déployés depuis une décennie par l'Indonésie qui ont permis de mettre fin aux attaques majeures, souligne M. Andrie.

- 'Des jihadistes très en vue' -

L'Indonésie avait été précipitée dans sa propre "guerre contre le terrorisme" par les attentats de Bali en 2002 (202 morts). Mais l'archipel n'a pas connu d'attentat majeur depuis ceux qui ont fait neuf morts en juillet 2009 dans des hôtels de luxe à Jakarta. Les actes terroristes, qui auparavant visaient des étrangers, ont dorénavant des cibles indonésiennes, telles la police ou des minorités religieuses.

Actuellement, "il n'y a plus grand chose en Indonésie pour des militants favorables au jihad. Il y a simplement des groupes dissidents sans ressources ou soutien, raison pour laquelle de nombreux militants sont inspirés par ce qui se passe en Irak ou en Syrie", explique M. Andrie.

C'est pourquoi des militants qui seraient allés combattre dans ces pays pourraient devenir, à leur retour, "des jihadistes très en vue. Des jeunes gens vont venir à leur rencontre pour s'entraîner, former de nouveaux groupes, préparer des attaques, apprendre comment se battre et fabriquer des bombes", ajoute l'expert.

"Certains jihadistes en Indonésie considèrent l'EIIL comme un embryon de califat islamique, qui est leur but final", renchérit Solahudin, l'auteur indonésien du livre "Les racines du terrorisme en Indonésie".

En mars, une coalition de groupes islamistes partisans de la ligne dure ont défilé à Jakarta pour prêter ouvertement allégeance à l'EIIL. Le mois précédent, des prédicateurs ont organisé une rencontre à l'université islamique de la capitale indonésienne, au cours de laquelle ils ont récolté plus de 40 millions de roupiah (2.200 euros) pour l'EIIL.

ad/bfi/pt

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