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François au pays de Coco, 3 ans, assassiné par la mafia

19/06/2014 12:45 EDT | Actualisé 18/08/2014 05:12 EDT

Le pape François se rend samedi pour la première fois en terre de mafia, et a choisi symboliquement Cassano allo Jonio en Calabre, où Coco, trois ans, a été assassiné en janvier dernier, victime d'un règlement de comptes de la 'Ndrangheta.

Cette visite d'une journée, menée au pas de charge dans la région méridionale la plus pauvre d'Italie après la Campanie, le verra aller d'une prison à un hôpital et à une maison de personnes âgées. Il déjeunera avec des pauvres et des jeunes d'une communauté thérapeutique et célébrera à la Marina de Sibari une grande messe à laquelle sont attendues plus de 100.000 personnes.

L'an dernier, le pape s'était déjà rendu en Italie, à Cagliari (Sardaigne) où il avait dénoncé le chômage des jeunes, à Assise (Ombrie) où il avait célébré Saint François d'Assise, et sur l'île de Lampedusa (sud) où il avait plaidé contre "la mondialisation de l'indifférence" et pour les droits des immigrés débarquant en Europe.

En Calabre, le chômage des jeunes de moins de 25 ans - 56,1%, record d'Italie en 2013 selon Eurostat - devrait être à nouveau un leitmotiv. Mais également la mafia qui prospère sur ce chômage structurel, offrant ses emplois illégaux et ses réseaux.

Jorge Bergoglio a déclaré la guerre à la mafia et à la corruption, y compris au sein de l'Eglise.

A Rome, en mars, après avoir entendu la liste de 900 victimes innocentes des différentes organisations mafieuses italiennes, dont le petit Nicola "Coco" Campolongo, François avait dénoncé le "pouvoir et l'argent ensanglantés" des mafieux. Il les avait avertis: "Ce pouvoir ensanglanté vous ne pourrez pas l'emporter avec vous dans l'au-delà. Il est encore temps de ne pas finir en enfer".

Quand Jean Paul II avait lancé quasiment le même avertissement à Agrigente (Sicile) en 1993, la mafia sicilienne avait répondu par des attentats contre deux églises romaines.

Le soutien ouvert de François à la lutte anti-mafia le met-il en danger ? Le procureur adjoint de Reggio de Calabre, Nicola Gratteri, avait fait grand bruit en novembre, en déclarant que "les chefs mafieux n'hésiteraient pas à lui faire un croche-patte", en raison de sa lutte contre les intérêts mafieux, jusque dans les murs du Vatican. Le Saint-Siège avait démenti tout danger.

Le pape argentin d'origine italienne (ligure et piémontaise) est extrêmement populaire en Italie, notamment pour sa dénonciation concrète des maux sociaux et économiques, dont la corruption endémique.

La 'Ndrangheta, par laquelle transite une partie de la cocaïne d'Amérique du Sud, est aujourd'hui la plus riche et la plus diversifiée des mafias, avec des intérêts dans le nord de l'Italie et en Europe.

Des collusions entre quelques membres du clergé et des parrains existent encore sur le terrain même si les papes et l'Eglise ont pris des positions nettes contre la criminalité organisée. Depuis vingt ans, les prêtres et les fidèles sont encouragés à s'engager contre la pieuvre. A Palerme, en 2013, le prêtre anti-mafia Don Pino Puglisi a été béatifié, vingt ans après son assassinat par Cosa Nostra, en vertu d'un décret signé par Benoît XVI.

François devrait soutenir cet engagement et pousser les catholiques calabrais à sortir encore plus de la résignation et de la peur, en s'associant, notamment dans le cadre des paroisses. Un accent devrait être mis sur l'éducation des jeunes au respect des lois.

La Calabre connaît un réveil de sa société civile, avec un réseau d'associations. Ainsi, à Lamezia Terme, Don Giacomo Panizza, à la tête de l'association "Progetto Sud", a imposé, au péril de sa vie, une communauté d'handicapés dans un bâtiment confisqué à la 'Ndrangheta.

Un des moments forts de cette journée devrait être une visite à la prison de Castrovillari, où il pourrait rencontrer des membres emprisonnés de la famille de Coco et l'assassin de Don Lazzaro Longobardi, un prêtre assassiné en mars lors d'un cambriolage de son église.

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