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Autrefois monarchiste, Cervera, en Catalogne, renie les Bourbon

19/06/2014 12:38 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

Symbole au XVIIIè siècle de l'allégeance à la couronne d'Espagne et au roi Felipe V de Bourbon, la ville de Cervera, alors qualifiée de "traître", a aujourd'hui rejoint la vague indépendantiste catalane. Jeudi, ses habitants ignoraient ostensiblement l'avènement de Felipe VI.

Dans cette ville de 10.000 habitants du nord-est de l'Espagne, les seules traces de cette loyauté passée se retrouvent sur le majestueux édifice de l'ancienne université fondée par Felipe V, premier roi espagnol de la dynastie des Bourbon.

Insolite dans le paysage, un bar contigu porte son nom.

Mais jeudi, pendant qu'à 500 kilomètres de là Madrid fêtait son nouveau roi, Cervera reniait ouvertement ses liens avec la couronne d'Espagne.

"Ici en Catalogne, nous ne sommes ni monarchistes, ni espagnols", s'exclamait Josep Clos, 66 ans, propriétaire du bar Casal, dont les quelques clients, indifférents aux cérémonies retransmises à la télévision, restaient absorbés dans la lecture des journaux, de leur portable ou discutaient de la crise économique.

"Je ne me sens pas monarchiste. Je ne dis pas que ça ne m'intéresse pas. Simplement, je ne comprends pas pourquoi nous devons avoir un roi qui vit de nos impôts", explique Ramon Perez, professeur de 42 ans, délaissant quelques instants son ordinateur portable.

"Ils sont tous nuls. Je suis déjà vieux. J'ai déjà vécu de nombreuses déceptions et ce n'est pas un changement de roi qui va me redonner l'espoir de voir un quelconque changement pour la Catalogne", commente Josep Clos.

Un rejet largement partagé dans cette ville où le drapeau indépendantiste, rouge et jaune frappé d'une étoile blanche, flotte sur la façade de la mairie et à l'entrée de la commune.

Le maire, Ramon Royes, entend d'ailleurs retirer le titre de comte de Cervera à la nouvelle héritière de la Couronne, Leonor, la fille aînée âgée de huit ans, de Felipe VI et de la reine Letizia.

- Allégeance passée -

La décision du maire "me paraît bien. Je ne comprends pas pourquoi il y avait ce lien. Et puis, ce qu'on veut nous ici, c'est l'indépendance", dit Carolina Codina, 18 ans.

Comme elle, de nombreux habitants de Cervera veulent voter le 9 novembre pour décider de l'avenir de leur région, lors du référendum annoncé par les nationalistes, en dépit de la farouche opposition du pouvoir central.

Pourtant, il y a 300 ans, la situation était tout autre.

A la fin de la guerre de Succession d'Espagne, qui s'est achevée par la prise de Barcelone en 1714 par les troupes de Felipe V, après un siège sanglant, Cervera fut la première ville à afficher sa loyauté au monarque, qui a soumis la Catalogne en abolissant ses institutions autonomes.

Ce soutien à Felipe V, honni par le catalanisme, a valu à Cervera le surnom de ville traître, ou, "botifler", un équivalant de "collabo", et surnom péjoratif pour les Catalans pro-Bourbon.

"Il existe une réelle aversion envers les Bourbon, qu'on affuble souvent de tous les maux historiques de la région", explique Joan Botella, professeur de Sciences politiques.

A l'intérieur du bar Felipe V, seul le patron, Xavier Canete, est monarchiste. "Je pense que Felipe sera un bon roi. Ce qui se passe, c'est qu'ici, les gens ne pensent qu'à l'indépendance et aucun roi ne donnera l'indépendance à la Catalogne", estime-t-il.

Les autres ne sont pas d'accord. "Pour moi, tout ça, c'est une opération de maquillage pour continuer comme avant, avec la fameuse unité de l'Espagne", critique Joan Josep Trilla, employé de 38 ans.

Dans son premier discours de roi, jeudi, Felipe VI a affirmé sa "foi dans l'unité de l'Espagne", appelant à ce que "les ponts de la compréhension ne se rompent jamais" et soulignant la "diversité" du pays.

Le roi "peut favoriser le dialogue et c'est ce climat de compréhension qui nous manque", estime Jordi Matas, politologue de l'Université de Barcelone.

Mais, juge-t-il, "le problème s'est tellement enkysté qu'il semble difficile que le chef de l'Etat puisse agir pour obtenir l'annulation du référendum"

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