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Pierre Richard au Théâtre St-Denis : en anecdotes et en sagesse (CRITIQUE/PHOTOS)

18/06/2014 06:17 EDT | Actualisé 18/06/2014 06:18 EDT
Agence QMI

Il faut être familier avec les Grand blond avec une chaussure noire, Alexandre le bienheureux, Le jouet, Le distrait, et autres classiques de la filmographie de Pierre Richard pour réellement apprécier Pierre Richard III, que le monument du cinéma français présente ces jours-ci à Montréal, au Théâtre St-Denis, dans le cadre du Festival Juste pour rire.

Dans ce troisième spectacle d’humour en carrière – il y avait eu Détournement de mémoires, en 2003, et Franchise postale, en 2009 -, l’homme de 78 ans raconte des anecdotes liées à son métier, en livrant ici et là ses réflexions sur le temps qui passe, une notion qui semble le fasciner autant que l’effrayer. Avec plus de 60 films et presque autant de courts-métrages, émissions de télévision, pièces de théâtre et même albums de chansons dans sa boîte à souvenirs, on peut dire que la matière ne lui manque pas.

Un fauteuil, un globe-terrestre, un coffre, comme on en trouverait dans le salon de n’importe quel bon grand-papa généreux du récit de ses expériences de vie, font office de décor, et la prestation est appuyée par des extraits des œuvres auxquelles l’artiste fait référence. La soirée s’ouvre d’ailleurs sur une longue vidéo où défile un montage de quelques morceaux marquants de son riche parcours.

Donc, si on connaît le personnage et qu’on est au parfum de la culture de nos cousins européens, on passe un fichu de beau moment pendant Pierre Richard III, suspendu aux lèvres de la légende, à se délecter de ses histoires et à anticiper ses savoureux mots d’esprit. Si ce n’est pas le cas, on se contentera de l’écouter avec amusement, sans toujours comprendre l’essence de certains gags. Mais l’homme s’exprime avec une telle éloquence qu’il fait bon l’entendre, peu importe notre bagage. Et, d’entrée de jeu, une voix hors-champ nous avise que tout ce qui est raconté dans le spectacle est vrai, ce qui ajoute à l’effet d’étonnement.

Depardieu la tête de Turc

Pierre Richard évoque ainsi ses rencontres avec des membres de l’équipe de l’épopée du Grand blond, dont le réalisateur Yves Robert, le scénariste Francis Veber et l’actrice Mireille Darc, dont il louange la beauté avec fougue.

On rit évidemment beaucoup lorsqu’il détaille les 400 coups commis avec son pote Gérard Depardieu, qui colle des post-it partout autour de lui, sur les plateaux de tournage, même sur ses partenaires, pour visualiser ses répliques, qu’il est incapable d’apprendre par cœur. D’ailleurs, Richard n’hésite pas à qualifier de «sport extrême» tout engagement partagé avec Depardieu. L’humoriste se moque allègrement du penchant de l’interprète d’Obélix pour la dive bouteille. Et il faut constater comment il décrit la véhémence qui habite Gérard Depardieu dans une mémorable scène de bagarre qu’on a finalement enregistrée en… 17 prises.

«Je vous dirais bien qu’il nous en a fait voir de toutes les couleurs mais, entre vous et moi, c’était souvent rouge», lance Pierre Richard sur le ton de la fausse confidence.

Autre segment fort mignon, celui où il parle d’une dénommée «Augustine Fripette», un surnom qu’il a accolé à une charmante dame qui a joué avec lui devant la caméra et qu’il considère comme une grande comédienne, pour des raisons bien personnelles qu’il explique tendrement. Craquant.

Après avoir mentionné tous ces compagnons d’armes, Pierre Richard n’a écoulé qu’une heure de présentation et le public est toujours captif. Dans ses tirades, de sa voix si douce, l’icône balance aussi des phrases de son cru, bien tournées, bien ficelées, qui font sourire autant que réfléchir, pour appuyer son propos. C’est que l’homme a beaucoup appris dans ses quasi huit décennies de vie! Quelques exemples : «Avec le temps, plus les valises sont pleines, plus on voyage léger»; «L’enfer, c’est ce qu’on attend des autres»; «Bien s’entendre, c’est choisir son malentendu»; «Dans la vie, tout le monde peut être comédien, sauf quelques acteurs»; «Je n’ai jamais trouvé Proust à mon goût, ni chaussure à mon pied»; «Je ne pense rien, donc je suis»; et la meilleure, applaudie avec chaleur : «Quand je ne sais pas de qui est une citation, je dis qu’elle est de Sacha Guitry. Ça passe toujours…» Ces perles démontrent bien l’habile mélange de comique et de philosophie qui font l’une des marques de commerce du grand Pierre Richard.

Pierre Richard occupera le Théâtre St-Denis II avec Pierre Richard III jusqu’au 21 juin. Pour informations : hahaha.com.

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