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Mondial-2014 - Le Brésil joue, heure idéale pour promener le chien

18/06/2014 05:50 EDT | Actualisé 18/08/2014 05:12 EDT

Alors que des millions de Brésiliens suivent, hypnotisés devant leur télévision, les matches de la Seleçao au Mondial, certains y voient l'heure idéale pour promener le chien.

Croyez-le ou non, il est possible dans ce pays fou de foot de croiser des Brésiliens qui n'en ont cure.

C'est le cas de René Rivera, croisé mardi avec son golden retriever au bord du Lac des cygnes d'un parc de Sao Paulo, pendant que les Brésiliens de Neymar disputaient à Fortaleza, à 3.500 kilomètres de là, un match accroché contre le Mexique (0-0) qui tenait en haleine tout le pays.

Pour la minorité silencieuse, l'heure de la Seleçao est la meilleure pour une promenade à pied, un jogging, une balade à vélo, sur les avenues désertes de cette mégapole de 20 millions d'habitants d'ordinaire congestionnée.

"Nous n'aimons pas la Coupe du monde. Il y a de meilleures choses à faire", estime René, en promenant Sammy avec sa femme.

- 'D'une autre planète'-

"A notre club de gym par exemple, si tu dis que tu ne vas pas regarder les matches, c'est comme si tu n'étais pas normal, que tu venais d'une autre planète", dit-il. "Les gens te disent: +Quoi? Tu ne supportes pas le Brésil? Quoi? Tu n'es pas vraiment Brésilien...+"

René Rivera, 41 ans, dirige une compagnie de logiciels. Ce n'est pas qu'il n'aime pas le foot, il est fan des Corinthians, le grand club de Sao Paulo.

Mais, comme beaucoup de Brésiliens, il n'est pas content que le pays ait dépensé tant d'argent pour organiser le Mondial.

Le Brésil a été secoué par de gigantesques manifestations l'an dernier contre ces 11 milliards de dollars dépensés, alors que les transports publics, les hôpitaux et les écoles laissent tant à désirer.

"Cette Coupe du monde en particulier est politique. C'est un événement organisé pour conquérir des votes et pour être réélu", estime René, en se référant à la présidente Dilma Rousseff qui briguera un second mandat en octobre.

"Plus vite le Mondial sera fini et le Brésil éliminé, mieux le pays se portera. Les gens ont besoin d'autres choses que de football", ajoute-t-il.

C'est aussi l'heure du chien pour Simone Rossetti, une coiffeuse de 40 ans, qui promène ses deux pékinois, Momo et Appa, le long du Parc Ibirapuera, en compagnie de sa fille et de son mari, pendant que des feux d'artifice explosent au loin dans le ciel, signalant que le match a commencé.

"Je n'aime pas le foot, dit-elle. Je suis sortie de chez moi avec les chiens parce que les feux d'artifice les rendent nerveux".

- Skateboard et maillot jaune -

Toujours dans le parc, près du Musée afro-Brésilien, fermé pendant la rencontre, une dizaine d'adolescents s'amusent sur leurs skateboards. Deux d'entre eux ont pourtant enfilé le maillot jaune de la Seleçao.

Julio Cesar Tadeu Gamboa, 20 ans, étudiant en psychologie, explique que faire du skate pendant le match est sa manière de protester contre la façon, selon lui orientée, dont les chaînes de télévision brésiliennes ont couvert les manifestations contre la Coupe du monde.

"La télévision n'éduque pas. Elle ne fait pas réfléchir les Brésiliens", assure Julio, dont les lobes d'oreilles sont distendus par deux anneaux transparents de la taille d'une balle de golf.

En cet après-midi ensoleillé et silencieux, Fernanda Vollet, 29 ans, ingénieure civile de profession, scrute les cygnes avec son mari depuis une passerelle.

Elle estime pénalisant pour l'économie que tous les patrons laissent leurs employés sortir tôt pour aller voir les matches du Brésil chez eux ou dans des bars.

"Mais en même temps, reconnaît-elle, si on forçait les gens à rester au travail, ils seraient moins productifs et ils trouveraient toujours un moyen de voir le match".

Elle confesse toutefois qu'elle pourrait commettre une petite entorse à sa routine sans football: "Si le Brésil arrive en finale, je regarderai".

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