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Kosovo : les Serbes retirent une barricade en place depuis trois ans à Mitrovica

18/06/2014 02:55 EDT | Actualisé 18/08/2014 05:12 EDT

Les Serbes du Kosovo ont retiré mercredi matin une barricade installée il y a trois ans pour empêcher l'accès des Kosovars albanais à la partie serbe de la ville divisée de Mitrovica, un geste hautement symbolique illustrant une détente dans les relations entre les deux communautés.

Haute de deux mètres, cette barricade, un remblai renforcé par des blocs de béton, était en place depuis juillet 2011 à la sortie serbe du pont qui enjambe l'Ibar, rivière servant de frontière naturelle entre les parties serbe et albanaise de cette cité.

Elle a été enlevée tôt dans la matinée à l'aide d'un bulldozer, a raconté une journaliste de l'AFP.

La barricade avait été érigée pour marquer le refus des Serbes de reconnaître les autorités de Pristina, qui ont unilatéralement proclamé en 2008 l'indépendance du Kosovo de la Serbie.

La circulation routière sur le pont s'est faite sans encombre jusque dans l'après-midi, mais, par la suite, elle a été bloquée par des bacs contenant des sapins posés par des employés de la partie serbe de la municipalité à la sortie serbe du pont.

Les piétons, en revanche, peuvent passer sur le pont s'ils le souhaitent, selon une journaliste de l'AFP.

Selon le maire de la partie serbe de Mitrovica, Goran Rakic, il s'agit de la construction d'un "parc de la paix".

Le geste est néanmoins interprété comme une tentative d'apaiser le mécontentement de certains habitants de la partie serbe de Mitrovica, à la suite du retrait de la barricade.

"Je n'ai pas pris seul cette décision. Après des consultations avec Belgrade, j'ai parlé au maire (ndlr, kosovar albanais) du Sud de Mitrovica, et il a été décidé d'avoir un +parc de la paix+ sur le pont", a dit M. Rakic à l'AFP.

"Le maire de Mitrovica-Sud va faire la même chose de son côté du pont. Ainsi, on va avoir un parc, et le pont sera uniquement utilisé par des piétons, sans circulation routière", a assuré M. Rakic.

Le maire albanais de Mitrovica, Agim Bahtiri, n'était pas disponible mercredi dans la soirée pour réagir à ces propos.

"Nous tendons la main à nos voisins albanais, dans l'espoir qu'ils ne vont pas interpréter notre geste comme un signe de faiblesse et qu'ils ne vont pas abuser de notre confiance", avait auparavant déclaré M. Rakic dans un communiqué.

"Au lieu de monter la garde éternellement, nous pensons qu'il est mieux que nos enfants jouent ensemble dans ce parc", avait-il ajouté.

Sous la houlette de l'Union européenne, la Serbie et le Kosovo ont conclu en avril 2013 à Bruxelles un accord historique visant à la normalisation de leur relations, mises à mal par le conflit serbo-kosovar de 1998-99 et par la proclamation de l'indépendance du Kosovo que Belgrade refuse de reconnaître.

Depuis, encouragés par Belgrade, les 120.000 Serbes du Kosovo, mais surtout les 40.000 d'entre eux qui vivent dans le nord - région limitrophe de la Serbie, où ils sont majoritaires et où Pristina n'exerce pratiquement aucun contrôle -, ont envoyé plusieurs signaux positifs à Pristina Cela a été le cas début juin lorsqu'ils ont participé pour la première fois à des élections législatives kosovares.

Le Premier ministre kosovar, Hashim Thaçi, a salué le retrait de la barricade qualifié de conséquence logique de la mise en oeuvre de l'accord de Bruxelles.

Dans la partie serbe de Mitrovica, la décision des autorités locales ne faisait pas l'unanimité parmi les Serbes.

"Nous n'avons plus de protection maintenant", a dit ainsi Dragoslav Vicentijevic, un retraité.

"Je me sentais bien plus en sécurité lorsque la barricade était en place", renchérit Danijela, une économiste.

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