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Comment "Willy" et "Nicky" n'ont pas empêché la Première guerre mondiale

18/06/2014 02:59 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

"Je te prie, au nom de notre vieille amitié, de faire ce que tu peux (pour) éviter la calamité d'une guerre européenne": dans la nuit du 29 juillet 1914, alors que l'Autriche-Hongrie vient d'attaquer la Serbie, le Tsar Nicolas II en appelle directement au Kaiser Guillaume II dans une tentative de dernière minute désespérée pour éviter un embrasement généralisé.

Pendant quatre jours, les deux souverains, qui sont cousins et se connaissent bien à défaut d'être proches, vont échanger en anglais une dizaine de télégrammes personnels, signés de leurs petits noms "Willy" (pour Guillaume II) et "Nicky" (pour Nicolas II), protestant de leur affection réciproque et de leur désir de sauver la paix. Jusqu'à ce que "Willy" déclare la guerre à "Nicky" le 1er août à 19h00.

Un siècle plus tard, cet échange direct exceptionnel montre que les deux dirigeants sont conscients de la catastrophe qui se prépare mais ne contrôlent plus vraiment la situation qu'ils ont contribué à créer.

"Je prévois que bientôt je serai entraîné par la pression qui s'exerce sur moi et que je serai forcé de prendre des mesures qui conduiront à la guerre", explique Nicolas II dans son premier télégramme, envoyé quelques heures avant la signature d'un ordre de mobilisation générale russe qui va irrémédiablement faire basculer l'Allemagne dans la guerre.

Presque à la même heure, Guillaume II, alerté sur l'imminence de cette mobilisation générale que l'Etat-major allemand a toujours considérée comme un casus belli, demande à son cousin de tenir la Russie à l'écart du conflit austro-serbe. Au nom de "la cordiale et de la tendre amitié qui nous unit tous les deux", il promet --sans suites-- à Nicolas II de pousser les Autrichiens à discuter directement avec lui pour trouver une solution à la crise. Avant de signer: "Ton sincèrement dévoué ami et cousin. Willy".

Les deux télégrammes, comme la plupart des suivants, se croisent plus qu'ils ne se répondent, ce qui accentue l'impression de dialogue de sourds donnée par cette correspondance.

Dans les heures qui suivent, "Willy" adjure encore "Nicky" de maintenir la Russie "spectatrice du conflit austro-serbe sans engager l'Europe dans la plus horrible des guerres dont elle ait jamais été témoin".

Nicolas II, sans vraiment répondre, propose en vain un arbitrage international et continue à en appeler à "la sagesse et l'amitié" du Kaiser allemand pour stopper son allié autrichien.

Avant de reconnaître le 31 juillet, en réponse à une interpellation très ferme de "Willy" sur la mobilisation générale russe décrétée la veille, qu'il est impuissant à renverser le cours des choses: "il est techniquement impossible de stopper nos préparatifs militaires", écrit-il à son cousin qu'il assure néanmoins encore de son "affection".

De son côté, Guillaume II, dont le ton est devenu nettement moins affectueux, rejette sur "Nicky" la responsabilité d'un conflit qu'il sait désormais inévitable.

"Tu portes seul sur tes épaules tout le poids de la décision de la paix ou de la guerre", lui écrit-il le 30 juillet --alors même que Berlin s'apprête à décider de déclencher les hostilités.

Et "Willy" enfonce le clou le lendemain: "La responsabilité du désastre qui menace désormais le monde entier ne pourra pas m'être imputée", affirme-t-il à son cousin.

Sans se décourager, Nicolas II, qui semble avoir réellement espéré jusqu'au bout éviter la guerre, lance le 1er août au matin un ultime SOS: il demande à Guillaume II de confirmer que la mobilisation générale allemande sur le point d'être décrétée ne signifie pas la fin des discussions pour essayer de sauver la paix. "Notre amitié éprouvée de longue date devrait permettre, avec l'aide de Dieu, d'éviter un bain de sang", plaide-t-il avant de laisser transparaître son désarroi en concluant son télégramme: "Attends ta réponse anxieusement mais plein de confiance".

Mais les dés sont jetés. "Willy" répond sèchement en fin de matinée qu'il "ne peut pas discuter" la demande de son cousin. Et affirme brutalement que seule l'annulation "claire, immédiate et sans ambiguité" de la mobilisation russe, qu'il sait parfaitement impossible, "pourra éviter un malheur sans fin".

En début de soirée, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie. Et les deux cousins royaux ont vu juste: l"horreur", le "malheur", le "désastre" et le "bain de sang" seront bien au rendez-vous du premier conflit mondial qu'ils viennent de déclencher.

lma/phv

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