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Syrie: début de la plus importante libération de prisonniers de l'ère Bachar al-Assad

10/06/2014 10:09 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT

Le régime syrien a commencé à relâcher les prisonniers détenus, souvent sans jugement, dans les différentes geôles du pays, après la plus importante amnistie depuis l'arrivée au pouvoir des Assad, il y a près d'un demi-siècle.

Bachar al-Assad, qui doit prêter serment le 17 juillet, a décrété cette amnistie lundi dans une tentative de se présenter comme le champion de la "réconciliation" et de la main tendue après sa réélection controversée pour sept nouvelles années.

"Il s'agit de la plus importante amnistie depuis l'arrivée au pouvoir de Hafez al-Assad (père de Bachar) il y a près de 45 ans", a affirmé à l'AFP l'ancien prisonnier politique et avocat Anwar al-Bounni.

"Depuis la promulgation d'une loi sur le terrorisme en juillet 2012, des dizaines de milliers de personnes ont été mis sous les verrous" en vertu de cette loi, selon lui.

La loi a été promulguée un an après le début de la révolte le 15 mars 2011, une contestation pacifique jamais reconnue par le régime qui l'a assimilée à du "terrorisme" et l'a écrasée dans le sang. Par la suite, cette révolte a dégénéré en guerre civile.

- Plus de 100.000 personnes détenues -

Selon M. Bounni, "des dizaines de prisonniers de la prison d'Adra (près de Damas) ont été relâchés lundi et cela se poursuit aujourd'hui".

Le procureur dans le gouvernorat de Damas, Zyad Hleibi, a confirmé à l'agence officielle Sana que "l'amnistie générale a commencé à être appliquée dès sa publication et le travail est en cours dans les tribunaux pour libérer les personnes concernées".

La télévision syrienne a montré des images de la libération de détenus de la prison de Hama (centre).

C'est la première fois depuis 2011 qu'une amnistie s'étend à ceux poursuivis pour "terrorisme", terme qui désigne selon le pouvoir de Damas rebelles et militants anti-régime.

L'amnistie devrait ainsi concerner, si elle est appliquée intégralement, des dizaines de milliers de prisonniers.

D'après M. Bounni, le journaliste et défenseur des droits de l'Homme Mazen Darwich, ainsi que ses collègues Hussein Ghreir et Hani Zaitani, emprisonnés depuis deux ans dans la prison d'Adra, doivent retrouver la liberté.

C'est également la première fois que le régime offre une amnistie aux combattants étrangers qui se rendent dans un délai d'un mois.

"Le tribunal antiterroriste et les cours criminelles passent en revue les noms des prisonniers, qui peuvent bénéficier de l'amnistie et envoient leurs listes aux différentes prisons", comme Adra et Saydnaya près de Damas, ou celle de Tadmor (Palmyre, est), a précisé l'avocat.

A Homs (centre), le gouverneur Talal Barazi a affirmé à l'AFP qu'une centaine de détenus dans le centre d'Al-Andalous étaient également concernés.

Ces détenus, des ex-rebelles de Homs qui "n'ont pas fait leur service militaire seront chez eux dans 72 heures", a-t-il indiqué.

Selon M. Bounni, l'amnistie concernerait les personnes déjà jugées et celles, bien plus nombreuses, croupissant sans procès dans les centres de détention des services de renseignement du régime.

"Les services de sécurité ont leurs propres listes", a-t-il indiqué. Selon l'avocat Michel Chammas, 50.000 personnes se trouvent dans les geôles des services de sécurité.

Plus de 100.000 personnes en tout sont détenues, dont 18.000 considérées comme des disparus car leurs familles ne connaissent rien de leur sort, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Lors des quatre précédentes amnisties, les ONG avaient affirmé qu'en dépit des décrets, beaucoup de détenus n'avaient jamais retrouvé la liberté.

M. Assad, qui a vu son pouvoir vaciller en 2012 face aux rebelles dont l'emprise s'était étendue autour de Damas, à Alep, dans le nord et l'est, se sent aujourd'hui sûr de lui grâce à une série de victoires sur le terrain, avec notamment l'appui de la milice chiite du Hezbollah, et le soutien de Moscou et de Téhéran au niveau diplomatique.

Il a reçu mardi Hassan al-Nouri et Maher al-Hajjar, les deux autres candidats, qui lui ont servi de faire valoir lors de l'élection qu'il a remportée haut la main.

M. Assad, qui a toujours qualifié la contestation pacifique de "complot étranger", a affirmé que "l'affluence des citoyens vers les bureaux de vote a montré de manière très claire l'attachement du peuple syrien à décider seul son destin en dépit des circonstances difficiles et exceptionnelles que traverse la Syrie".

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