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Les favelas pacifiées à Rio? Vraiment?

10/06/2014 03:38 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT
ASSOCIATED PRESS
Girls entertain themselves with their cellphones as they wait to play in a soccer match at the Borel slum in Rio de Janeiro, Brazil, Saturday, May 10, 2014. The girls' match was cancelled. As opening day for the World Cup approaches, people continue to stage protests, some about the billions of dollars spent on the World Cup at a time of social hardship, but soccer is still a unifying force. The international soccer tournament will be the first in the South American nation since 1950. (AP Photo/Felipe Dana)

À l'approche de la Coupe du monde de soccer, les habitants des favélas de Rio de Janeiro sont inquiets. Ils se méfient de la police et ne croient pas aux promesses des autorités.

En 2008, en prévision de la Coupe du monde et des Jeux olympiques de 2016, Rio de Janeiro a entrepris d'améliorer la sécurité et aussi son image.

La Ville a lancé son programme de pacification des favélas. Jusqu'ici plus de 250 bidonvilles ont été pacifiés sur les 1000 que compte la municipalité.

L'objectif est de débarrasser les favelas des bandes de narcotrafiquants qui les contrôlent.

Des brutalités policières graves

La pacification semblait se diriger vers un succès, mais depuis un an, les incidents se sont multipliés dans plusieurs bidonvilles, faisant état de brutalités policières graves.
Tout semblait paisible à Rocinha, la plus grande favéla de Rio, pacifiée en 2011, jusqu'à la disparition, il y a un an, d'un maçon soupçonné de narcotrafic.

On sait maintenant qu'il a été torturé à mort dans des conteneurs qui servent de quartier général à l'UPP (Unité de police de pacification).

Dix policiers ont été arrêtés. En mars dernier, cinq policiers de Rocinha ont été accusés de fournir des renseignements aux narcotrafiquants.

Le chef de la police de pacification, le colonel Frederico Caldas, reconnaît que ses hommes ont perdu beaucoup de crédibilité lors de ce qu'il qualifie « d'épisode négatif ».

Les narcotrafiquants de retour

Le discrédit jeté sur la police encourage l'audace des narcotrafiquants, qui essaient de reconquérir leur territoire dans deux favélas en particulier : Rocinha et le Complexo do Alemao, dans le nord de la ville.

Le scénario ne s'est pas déroulé comme prévu dans ces deux bidonvilles. Depuis un an, on entend des coups de feu pratiquement toutes les nuits. On en parle quand il y a des morts. De plus en plus, les postes de police sont attaqués par des bandits.

C'est ainsi que le colonel Caldas explique l'offensive des narcotrafiquants, qui veulent profiter du discrédit envers les policiers et du manque de confiance envers les institutions. « Mais ça ne veut pas dire que la pacification est un échec, précise le colonel. Ailleurs ça marche bien. »

Occupation ou pacification?

Comment s'y prennent les autorités pour pacifier une favéla? Par exemple, en 2010, au Complejo do Alemao, l'armée est entrée en force après avoir annoncé l'intervention. Les narcotrafiquants ont le temps de fuir, et leurs repères sont occupés.

Les militaires ont été plus tard remplacés par des policiers de l'UPP.

Selon José Martins, leader communautaire de Rocinha, « c'est plus de l'occupation que de la pacification. » Cet homme qui vit à Rocinha depuis 47 ans réclame des services pour les habitants : des égouts, de l'eau courante, l'enlèvement des ordures.

Un fond de racisme

Les habitants des favélas ont raison de se plaindre, selon Sarah Telles, une sociologue de l'Université catholique.

C'est ce que dit Diogo Barbosa, un résident de Rocinha, mais il approuve la pacification. Il croit qu'il faut que tout le monde s'habitue et que les policiers soient mieux formés.
La sociologue croit que le mal est bien plus profond. Elle estime qu'il y a un fond de racisme.

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