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La crise ukrainienne entrave le projet de gazoduc South Stream

10/06/2014 10:21 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT

La suspension du projet de gazoduc South Stream, conséquence du froid provoqué par l'Ukraine entre la Russie et l'UE, est un coup d'arrêt majeur, mais sans doute pas définitif, pour cette initiative impliquant plusieurs Etats et des géants de l'énergie.

La Bulgarie, cédant à Bruxelles et à Washington, a suspendu dimanche les préparatifs de la construction du projet russo-européen, qui devait commencer cet été. Moscou a aussitôt accusé l'UE de "sanctions économiques voilées."

South Stream, évalué à 16 milliards d'euros, a été lancé en 2012 avec le géant gazier russe Gazprom, qui espérait le rendre opérationnel en 2015 avec une capacité de 63 milliards de m3 par an, l'équivalent des achats de gaz de l'UE transitant par l'Ukraine.

Le projet du consortium associant l'italien Eni et le français EDF doit relier la Russie à la Bulgarie via la mer Noire en contournant l'Ukraine, avant de poursuivre vers la Grèce, l'Italie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et l'Autriche.

La Commission européenne y a toujours été défavorable. Ces dernières semaines, la Bulgarie avait malgré tout annoncé, comme si de rien n'était, que les travaux commenceraient cet été, et les avait même attribués à la société russe Stroytransgaz, frappée par des sanctions américaines.

Mais Bruxelles a adressé la semaine dernière une mise en garde aux autorités bulgares, première étape d'une procédure d'infraction, arguant que les règles européennes pour les marchés publics n'avaient pas été respectées par la Bulgarie.

Et Sofia, tiraillée comme souvent entre la Russie et l'Occident, a fini par plier dimanche aux injonctions européennes.

Le Premier ministre Plamen Orecharski a annoncé lui-même la suspension de la partie bulgare du projet. Il s'exprimait flanqué de trois sénateurs américains qu'il venait de recevoir, dont l'influent John McCain.

- "Concessions sur la crise en Ukraine" -

"On utilise South Stream pour amener la Russie à faire des concessions sur la crise en Ukraine en général et notamment sur le gaz", a résumé pour l'AFP Gerhard Mangott, expert de la Russie à l'université autrichienne d'Innsbruck.

Le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, a été prompt à reprocher à l'UE "l'envie de punir, de se venger."

Officiellement ni ENI, ni EDF n'ont réagi. Mais des sources proches du groupe énergétique français ont laissé entendre que la participation d'EDF à long terme n'était pas remise en cause.

De fait, si South Stream vient de buter sur un obstacle de taille, les analystes interrogés mardi par l'AFP s'accordent à ne pas enterrer le projet.

"La crise ukrainienne a ajouté une dimension politique énorme", souligne Jonathan Stern professeur à l'Institut d'études énergétiques à Oxford. "L'UE veut faire une pause avant d'autoriser une nouvelle infrastructure permettant une augmentation sensible des exportations russes pour l'Europe", selon lui.

"Il est trop tôt pour évoquer un gel de South Stream", juge aussi l'analyste Martin Vladimirov, du Centre d'étude de la démocratie à Sofia ajoutant : "un grand accord entre Gazprom et l'UE peut être atteint dans les prochains jours".

L'Ukraine et la Russie ont, en effet, commencé lundi à Bruxelles des négociations tant sur la dette gazière de plusieurs milliards de dollars de Kiev que sur les prix élevés imposés par Moscou.

M. Vladimirov conteste, par ailleurs, l'importance économique qu'aurait la construction de South Stream pour l'Europe: "la demande du gaz russe y baisse depuis 2009, en raison des sources alternatives comme le gaz liquide, les sources d'énergie verte et même les centrales au charbon".

"La question pour l'Europe", conclut-il, "est de déterminer si ses intérêts géostratégiques prendront le dessus sur les intérêts purement économiques des partenaires européens dans South Stream, notamment ENI, EDF et les grands consommateurs de l'industrie chimique allemande".

vs/cs/gg

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