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Des jihadistes prennent une province en Irak, le pouvoir veut armer les civils

10/06/2014 09:19 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT

Des centaines de jihadistes ont pris mardi l'ensemble de la province de Ninive dans le nord de l'Irak, un coup inédit porté à un pouvoir incapable de freiner les avancées rebelles dans le pays qui risque de plonger dans le chaos.

Face à la nouvelle percée des rebelles sunnites qui, selon des responsables, appartiennent à l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et à d'autres groupes jihadistes, le gouvernement du chiite Nouri al-Maliki a décidé d'armer les citoyens prêts à combattre les insurgés.

C'est le chef du Parlement Oussama al-Noujaïfi qui a annoncé la prise de la province pétrolière sunnite de Ninive dont le chef-lieu est Mossoul, deuxième ville du pays, en affirmant que les rebelles se dirigeaient vers la province voisine de Salaheddine, plus au sud, pour "l'envahir".

Les avancées de la rébellion témoignent de la situation sécuritaire chaotique en Irak, alimentée par les luttes d'influence politique, les tensions confessionnelles entre chiites et sunnites, ainsi que par le conflit en Syrie voisine.

"Toute la province de Ninive est tombée aux mains des insurgés", a indiqué M. Noujaifi lors d'une conférence de presse, en appelant "à l'unité nationale (face) à une invasion de l'Irak par des forces étrangères".

Avant l'aube, des centaines d'hommes armés ont lancé l'assaut contre Mossoul et ont réussi, après des combats avec l'armée et la police, à prendre le siège du gouverneur, les prisons et les télévisions, selon des responsables.

"Mossoul est à la merci des hommes armés qui ont annoncé via haut-parleurs être venus pour libérer Mossoul et qu'ils combattront seulement ceux qui les attaqueront", a indiqué un responsable irakien qui a requis l'anonymat.

Selon des sources irakiennes, les forces gouvernementales ont fait alors le choix de ne plus combattre ou de fuir la ville de quelque deux millions d'habitants.

"Des membres de l'armée et de la police ont ôté leurs uniformes et les postes de l'armée et de la police sont maintenant vides. Les hommes armés ont libéré les détenus des prisons" de Mossoul, a ajouté le responsable.

- Armer les civils -

Selon un correspondant de l'AFP sur place, les forces de sécurité ont abandonné leurs véhicules alors que des postes de police ont été incendiés.

"Toutes les unités militaires ont quitté Mossoul et les habitants ont commencé à fuir" par milliers vers le Kurdistan, a indiqué un officier de haut rang en affirmant que c'est l'EIIL, aidé d'autres groupes jihadistes, qui a pris Ninive.

L'EIIL contrôle déjà Fallouja et plusieurs secteurs de la province occidentale d'Al-Anbar, voisine de Ninive, mais c'est la première fois que les insurgés prennent toute une province dans le pays meurtri par une spirale de violences depuis plus d'un an qui a fait des milliers de morts.

Face à cette offensive des rebelles qui ont en outre tué 20 personnes mardi dans un attentat à Baqouba près de Bagdad, le gouvernement Maliki, honni par les insurgés, a annoncé la création "d'une cellule de crise pour superviser le volontariat et l'armement" des citoyens volontaires prêts à combattre les insurgés.

Il a dans un communiqué "salué la volonté des citoyens et membres de tribus de prendre les armes pour défendre la patrie et vaincre le terrorisme".

Il a aussi annoncé sa décision de "restructurer et réorganiser" les forces de sécurité, et appelé le Parlement à se réunir pour décréter "l'état d'urgence".

- 'Menace dangereuse' -

Pour l'analyste politique Aziz Jabr, "la chute de Ninive constitue une menace dangereuse pour la sécurité nationale irakienne". Il semble, selon lui, que "les directions militaires ont fui" les zones de combats "ce qui montre qu'elles ont été infiltrées" par les rebelles.

Les provinces de Ninive et d'Al-Anbar sont situées à la frontière poreuse avec la Syrie, le long de laquelle gravite l'EIIL qui ambitionne d'installer un Etat islamique.

L'EIIL, aidé par des tribus hostiles au gouvernement, jouit dans les régions d'un soutien des milieux de la minorité sunnite qui s'estime marginalisée par le pouvoir dominé par les chiites.

Ce groupe jihadiste, selon une source de sécurité, se ravitaille en armes en Syrie où il combat d'autres groupes rebelles et le régime syrien, avant de repasser en Irak.

Là, poursuit cette source, il se cache dans les vastes étendues désertiques de l'ouest irakien près des provinces de Ninive et Al-Anbar, où l'armée est incapable de le traquer par manque notamment de moyens aériens, la seule façon d'y débusquer les jihadistes.

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