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Centrafrique: les anti-balaka "un frein au retour à la paix" (général français)

10/06/2014 09:35 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT

Le général Francisco Soriano, commandant de l'opération française en Centrafrique Sangaris a déclaré mardi à l'AFP que les miliciens chrétiens anti-balaka, qui "vivent sur la population", sont "aujourd'hui un frein à la paix".

"Les anti-balaka aujourd'hui sont un frein au retour à la paix parce qu'ils se sont érigés en milices d'auto-défense qui petit à petit vivent sur la population et ce n'est pas acceptable", a déclaré le général Soriano, dans un entretien avec l'AFP, six mois après le déclenchement de l'opération Sangaris par la France dans son ancienne colonie ravagée par des violences intercommunautaires opposant minorité musulmane et majorité chrétienne.

"Les groupes armés en général sont un frein au retour à la paix", a-t-il ajouté, assurant que le pouvoir de nuisance des anti-balaka n'avait pas été sous-estimé: "la menace anti-balaka, elle a été bien vue".

Environ 2.000 militaires français sont déployés depuis décembre 2013 en Centrafrique dans le cadre de l'opération Sangaris, aux côtés des quelque 5.000 soldats de la force africaine Misca, pour stopper les massacres commis par les milices anti-balaka et les ex-rebelles Séléka, à majorité musulmane.

Depuis la prise de pouvoir de la rébellion Séléka en mars 2013, renversée en janvier 2014, la Centrafrique vit une crise sans précédent. Les exactions des groupes armés contre les civils ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés, et contraint les civils musulmans à l'exode de régions entières du pays.

Après s'être déployées à Bangui, puis à l'ouest et à l'est du pays, les troupes françaises prennent position en ce moment dans un "couloir central" qui va vers le nord. "Aujourd'hui même nous sommes à Dékoa (centre) où les groupes armés Séléka et anti-balaka s'affrontent, pour ramener la sécurité", a expliqué le général Soriano.

"On va rester sur place un certain temps. Après on se déploiera" plus au nord, a-t-il précisé.

Aujourd'hui, "tout le territoire n'est pas encore totalement couvert" par les forces internationales, a reconnu le commandant de l'opération française, "car le territoire est très grand" et que c'est "un travail qu'on doit faire avec la Misca", dans l'attente du déploiement prévu mi-septembre d'une opération de l'ONU forte de 12.000 soldats et policiers.

- La population "veut le retour de l'Etat" -

"Le mandat qui nous a été donné (ndlr: par le Conseil de sécurité de l'ONU), c'est d'être présent dans toute la Centrafrique. On fait en sorte de restaurer l'autorité de l'Etat. C'est ce que demandent les populations dans les régions. Elle demandent le retour de l'Etat", a insisté le général, alors que toute administration a disparu de régions entières de Centrafrique depuis des années, laissant les habitants à la merci de bandes armées.

"Les groupes armés sont venus en appui d'organisations politiques. La Séléka c'est une alliance de partis politiques qui s'adossent à des groupes armés", a-t-il relevé.

Le retour à la paix passe aussi par le désarmement dans un pays à l'histoire particulièrement troublée où les armes de guerre pullulent.

A Bangui, "les opérations de désarmement sont conduites tous les jours (...) Les premières opérations de désarmement avaient un caractère spectaculaire. Ceux qu'on désarme se sont adaptés à nos modes d'action. Il y a des caches, ils n'ont pas forcément leur armement sur eux. Il y a tout un travail de renseignement pour trouver ces caches et récupérer ces armements. Ca se fait tous les jours", selon le commandant de Sangaris.

"Un désarmement de grande ampleur à Bangui doit se faire avec les autorités" de transition, a noté le général Soriano: "plutôt que le faire sous la contrainte, il faut plutôt le faire avec la population".

Une opération de désarmement volontaire organisée dimanche par les autorités dans la capitale s'est toutefois soldée par un échec.

Dans ce contexte, "le défi pour la Centrafrique c'est d'aller aux élections (ndlr: prévues en principe avant la mi-2015), c'est de travailler la réconciliation, c'est le rétablissement d'une chaîne judiciaire solide pour faire cesser l'impunité, c'est de restaurer l'autorité de l'Etat", selon le général.

sj-mc/sba

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