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Insurrection et gaz: l'Ukraine négocie tous azimuts avec Moscou

09/06/2014 04:49 EDT | Actualisé 08/08/2014 05:12 EDT

L'Ukraine s'est engagée dans des négociations tous azimuts avec la Russie pour tenter de mettre fin aux sanglants combats dans l'Est en proie à une rébellion séparatiste et éviter une coupure du gaz russe redoutée des Européens.

Des pourparlers sur l'épineuse question du gaz ont commencé lundi soir à 17H00 GMT à Bruxelles. Les deux parties se sont séparées mardi matin sans être parvenues à un accord après sept heures de difficiles négociations, mais sont convenues de les reprendre mardi soir ou mercredi matin, a annoncé le commissaire européen à l'Energie Gunther Oettinger, qui joue les médiateurs.

Moscou a prévenu: si Kiev ne règle pas une dette gazière de plusieurs milliards de dollars et la facture due pour ses approvisionnements de juin, Gazprom coupera ses livraisons, ce qui perturberait l'approvisionnement de l'Europe.

Mais les Ukrainiens rejettent le prix fixé par la Russie après l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement pro-occidental fin février, le plus élevé appliqué à un pays européen.

Trois jours après son bref entretien avec Vladimir Poutine en France qui a créé un espoir de désescalade et deux jours après son investiture, le nouveau président Petro Porochenko semble vouloir rapidement apaiser les relations avec Moscou et s'est donné une semaine pour obtenir un retour au calme dans l'Est.

Il a ouvert dès dimanche des négociations à Kiev, pour la première fois depuis la chute fin février de son prédécesseur prorusse Viktor Ianoukovitch et le rattachement en mars de la Crimée à la Russie, à l'issue d'un référendum jugé illégal par les Occidentaux.

Ces discussions à huis clos entre l'ambassadeur de Russie Mikhaïl Zourabov et l'ambassadeur d'Ukraine en Allemagne Pavlo Klimkine, en présence d'une représentante de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), doivent se dérouler quotidiennement le temps qu'une solution soit trouvée.

Trois premières séances ont débouché sur "une compréhension commune des étapes clés" à franchir pour "un désescalade de la situation dans les régions de Donetsk et Lougansk", a indiqué lundi soir le ministère ukrainien des Affaires étrangères.

- Heurts entre armée et séparatistes -

Le temps presse: l'insurrection dans l'Est industriel et russophone gagne du terrain en dépit de l'offensive déclenchée il y a près de deux mois par les forces ukrainiennes pour y mettre fin.

Les séparatistes ont pris le contrôle d'une partie de la frontière avec la Russie, un revers pour Kiev qui ne cesse de dénoncer l'afflux d'armes et de combattants en provenance du territoire russe.

Au total, les combats ont déjà fait plus de 200 morts, rebelles, soldats ukrainiens ou civils.

Le nouveau président ukrainien "prend toutes les mesures pratiques permettant d'espérer que de sages décisions seront prises dans un court délai et que les habitants de l'est de l'Ukraine vivront en paix", a assuré le ministre de l'Intérieur Mikhaïlo Koval, cité par l'agence de presse Interfax Ukraine.

Mais à Donetsk, le "Premier ministre" de la "République de Donetsk" autoproclamée Alexandre Borodaï s'est dit "prêt au dialogue", à condition toutefois que Kiev "retire toutes ses forces armées".

Au moment de son investiture, Petro Porochenko, milliardaire de 48 ans, s'est adressé en russe aux habitants de l'Est et leur a promis de ne pas les abandonner. Il s'est montré en revanche inflexible sur l'orientation européenne de son pays et l'appartenance à l'Ukraine de la Crimée.

- Réunion décisive à Bruxelles -

Ancien ministre de l'Economie et des Affaires étrangères, ayant servi dans des gouvernements aussi bien prorusses que pro-occidentaux, M. Porochenko doit aussi dès les premiers jours de son mandat éviter une nouvelle "guerre du gaz" avec son voisin russe.

A Bruxelles, les négociations organisées par le commissaire européen chargé de l'Energie Günther Öttinger, réunissent les ministres russe et ukrainien de l'Energie et les patrons des compagnies russe Gazprom et ukrainienne Naftogaz.

"Il est hautement probable qu'il s'agisse de la rencontre finale", a indiqué une source russe au journal russe Vedomosti. Selon le quotidien, Naftogaz, qui a déjà réglé il y a une semaine 786 millions de dollars, pourrait verser un milliard de dollars dès lundi et s'engager sur un calendrier de règlement du reste dans les jours à venir.

Les analystes s'attendent à voir Gazprom reculer sur le prix et accorder une remise à l'Ukraine. Le prix demandé à l'Ukraine est passé de 268 à 480 dollars pour 1.000 m3, lorsque le prix moyen pour les contrats avec les pays de l'UE se situe entre 350 et 400 dollars, a-t-on souligné de source européenne.

Le dossier de l'énergie empoisonne les relations entre Moscou et l'UE, qui a obtenu dimanche de la Bulgarie qu'elle interrompe les travaux de construction de South Stream, un projet de gazoduc porté par la Russie et des compagnies d'électricité européennes, et censé transporter à partir de fin 2015 le gaz russe vers l'Europe en évitant l'Ukraine.

"Bruxelles est guidé par l'envie de punir, de se venger", a dénoncé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov après un entretien avec son homologue finlandais, Erkki Tuomioja.

"Récemment, nous avons entendu à Bruxelles que les négociations sur South Stream seront gelées tant que la Russie ne reconnaîtra pas les autorités de Kiev. Vous trouvez ça constructif ?", a lancé le chef de la diplomatie russe, qui a aussi qualifié de "contre-productive" l'expansion vers l'Est de l'Otan.

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