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Afrique du Sud: nouvel échec du gouvernement pour dénouer la crise minière

09/06/2014 12:52 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT

Le nouveau ministre des Mines sud-africain, qui s'était fait fort de dénouer le conflit social qui paralyse l'extraction de platine depuis janvier, a jeté l'éponge lundi soir après quinze jours d'efforts.

"Il n'y a pas de solution pour le moment (...) le ministre se retire des discussions", a indiqué à l'AFP Mahlodi Muofhe, porte-parole du ministre Nkoago Ramathlodi, qui a pris les rênes du ministère en mai après le remaniement consécutif aux élections.

Il a assuré que les deux parties "allaient continuer leurs pourparlers" pour trouver un accord salarial. Le syndicat radical à l'origine de la grève, Amcu, évoquait pour sa part une nouvelle "impasse". "S'il n'y a pas d'accord, il est évident que la grève continue. La lutte continue", a déclaré Joseph Mathuwja, président d'Amcu, à la radio publique SAFM.

La grève dans les mines des trois principaux producteurs mondiaux de platine dure depuis le 23 janvier. Elle a déjà plongé le bassin minier de Rustenburg (ouest de Johannesburg) dans une crise économique et humanitaire, près de 80.000 mineurs en grève n'étant plus payés depuis des mois.

Amcu réclamait au départ un salaire mensuel de base de 12.500 rands (environ 880 euros), contre 5.000 rands actuellement. Les patrons de Lonmin, Anglo American Platinum et Impala Platinum estimaient que cette revendication était totalement mirobolante. Les partenaires ont tenté de s'accorder sur un plan d'augmentation étalé sur plusieurs années. En vain.

Patrons et syndicalistes ne sont aujourd'hui d'accord que sur un seul point: il est urgent de mettre un terme à une grève qui affaiblit les uns et les autres.

Le nouveau ministre des Mines avait donc décidé récemment de s'impliquer pour dénouer une crise qui pèse très lourdement sur l'économie nationale.

Le gouvernement accusé de double-jeu

Le gouvernement est cependant accusé depuis le début par Amcu de manquer d'impartialité et de faire le jeu des compagnies minières et de leur traditionnel allié syndical NUM, proche du pouvoir.

Pays le plus industrialisé du continent, l'Afrique du Sud a enregistré une contraction de 0,6% de son PIB au premier trimestre, principalement en raison de la perte de production dans le platine.

Selon le patronat des mines, la grève a déjà coûté 1,47 milliards d'euros en manque à gagner.

Dimanche, un haut responsable de l'ANC au pouvoir, Gwede Mantashe, a accusé "des forces étrangères et intérieures (de tenter) de déstabiliser l'économie et le pays".

Il n'a pas donné de détail sur les "forces étrangères" prétendument à l'oeuvre, mais a clairement cité comme "force intérieure" le parti radical du tribun populiste Julius Malema (6,35% des voix aux élections législatives du 7 mai).

L'EFF (Combattants pour la liberté économique), qui prône la nationalisation des mines, a toujours soutenu la revendication des mineurs. Le 10 mai, Julius Malema lui-même avait annoncé que son parti allait aider financièrement le syndicat Amcu afin de contribuer au fonds d'aide aux mineurs, ruinés par des mois de grève.

Des économistes britanniques et sud-africains ont estimé récemment que les revendications des mineurs n'étaient pas si irréalistes qu'il y paraît.

Après avoir passé en revue les comptes sur quatorze ans d'Anglo American Platinum (Amplats), Impala Platinum (Implats) et Lonmin, respectivement numéro un, deux et trois mondial, ils ont conclu dans un rapport publié vendredi que "si les actionnaires se servaient moins, les salaires pourraient aisément être augmentés".

La grève a fait sept morts depuis janvier, principalement en raison de rivalités syndicales.

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