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Contre les prospections sous-marines, les écologistes mobilisés en Espagne

08/06/2014 07:50 EDT | Actualisé 08/08/2014 05:12 EDT

Sous le slogan "une seule voix contre les prospections", des milliers des personnes ont manifesté samedi dans l'archipel des Canaries, contre les recherches pétrolières sous-marines autorisées par le gouvernement espagnol mais accusées par les écologistes et les autorités locales de menacer gravement l'environnement.

"Ces prospections affectent notre environnement. Une fuite suffirait à abîmer nos richesses naturelles", lançait Rita Lopez, une militante écologiste de 29 ans, qui défilait dans les rues de Santa Cruz de Tenerife, dans une nuée de pancartes où étaient dessinés des oiseaux mazoutés ou des mains noires.

"Les Canaries crient Non", proclamaient les banderoles. Ou encore "Ni Repsol, ni mensonges", dénonçant les projets de sondages sous-marins du géant pétrolier espagnol.

"Nous crions un 'non' sans appel aux prospections pétrolières et à l'installation de plateformes d'extraction face aux îles de Lanzarote et Fuerteventura, en raison de leur impact sur la faune marine et la très grave menace qu'elles entraînent pour l'environnement, la santé et l'économie de toute la région", expliquaient les organisateurs.

Samedi, des défilés ont eu lieu dans huit îles de cet archipel de l'Atlantique, paradis du tourisme et d'une nature encore sauvage.

Dimanche, c'est le navire amiral de Greenpeace, le Rainbow Warrior, qui arrivait à Valence, sur la côte méditerranéenne, pour participer à la mobilisation contre les recherches pétrolières en mer, concernant de nombreuses régions d'Espagne.

Le 25 mai, le gouvernement a donné le feu vert au projet présenté par Repsol pour lancer des recherches sous-marines au large des Canaries.

"Aucune substance ne va être versée dans la mer", avait alors promis le secrétaire d'Etat à l'Environnement, Federico Ramos, parlant "de probabilités de risques inférieures à des millièmes".

Ces prospections auront lieu depuis un navire à "une distance d'une soixantaine de kilomètres de la côte des Canaries. Il s'agira de prélever des échantillons de roche ou de fluides pour détecter la possible existence d'hydrocarbures dans la zone", avait expliqué le ministère.

"La décision favorable démontre que l'activité que nous proposons est compatible avec le respect de l'environnement", assurait de son côté un porte-parole de Repsol, qui mène le projet en consortium avec les groupes allemand RWE et australien Woodside.

- Pour les énergies renouvelables -

Unis, les grands groupes écologistes opérant en Espagne dénonçaient alors une "absurdité sans précédent".

"Les explorations sismiques ont un fort impact sur la faune marine protégée (cétacées, tortues) et sur les ressources halieutiques. Mais elles ouvrent aussi la porte à de graves risques de marées noires liées aux forages pétroliers en grande profondeur", écrivaient Greenpeace, WWF, Amigos de la Tierra, Ecologistas en Accion, SEO/Birdlife et WWF.

Le président des Canaries, Paulino Rivero, avait quant à lui dénoncé le "mépris envers les intérêts des Canaries, le mépris envers les institutions des Canaries" du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Le gouvernement insiste lui sur les impératifs économiques: l'Espagne est aujourd'hui le pays de l'OCDE le plus dépendant des importations d'hydrocarbures, puisque 99,9% de son pétrole est importé.

L'exploration et la production d'hydrocarbures en Espagne pourrait créer 260.000 emplois en vingt ans et représenter 4% du PIB, selon une étude du cabinet Deloitte publiée en mars.

"Nous demandons qu'au lieu de miser sur un modèle caduque d'énergies fossiles, soit fait le choix des énergies renouvelables. Nous pourrions ainsi devenir un modèle à suivre et créer de la richesse sur notre terre", rétorquait samedi Rita Lopez, membre du groupe écologiste Ben Magec.

Pour les écologistes, l'Espagne fait face à "un risque continu de pollution" alors qu'une dizaine d'installations pétrolières opèrent le long de ses côtes. Andalousie, région de Valence, Catalogne, Asturies et Pays Basque: toutes les régions côtières font l'objet de permis d'exploration pétrolière.

Autre destination très touristique, les Baléares aussi sont concernées par un projet d'exploration, du groupe écossais Cairn Energy, qui pourrait se concrétiser dans les prochains mois. En février, 10.000 habitants de l'archipel y avaient manifesté contre le projet, une mobilisation historique dans ces petites îles.

str-sg/ros

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