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Sissi: derrière le président civil souriant, l'ex-militaire autoritaire

07/06/2014 10:00 EDT | Actualisé 07/08/2014 05:12 EDT

Abdel Fattah al-Sissi, nouveau président de l'Egypte qui a prêté serment dimanche, s'efforce de peaufiner sa nouvelle image de civil affable mais a du mal à réprimer le discours autoritaire de l'ex-chef de l'armée ayant renversé son prédécesseur l'islamiste Mohamed Morsi.

Jouissant d'un véritable culte de la personnalité depuis près d'un an qu'il dirige de facto le pays d'une main de fer, il a été élu sans coup férir fin mai avec 96,9% des suffrages, mais après avoir littéralement éliminé de l'échiquier politique toute opposition, islamiste puis libérale et laïque.

Ses millions de portraits qui ornent chaque rue et chaque échoppe depuis 11 mois sont passés de celui du maréchal en uniforme au regard sévère derrière des lunettes fumées à celui du civil fringant de 59 ans, sourire figé et costume bien taillé, depuis qu'il a été contraint en mars de prendre sa retraite de maréchal de l'armée pour se présenter à la présidentielle.

De même, dans des interviews télévisées fleuves mais théâtrales et aux questions complaisantes durant la campagne, il ne s'est jamais départi d'un sourire parfois un peu forcé, même quand il expliquait que l'Egypte ne sera pas prête pour "la vraie démocratie" avant 20 ou 25 ans.

Même si la répression sanglante menée depuis 11 mois contre les pro-Morsi fait tordre la bouche à nombre de dirigeants occidentaux, la grande majorité des Egyptiens lassés par trois ans de chaos et de manifestations depuis la chute de Hosni Moubarak applaudissent leur "héros", comparé à un lion sur bien des affiches.

Cette popularité, il l'a forgée depuis le 3 juillet 2013 quand, alors chef de la toute puissante armée, il est apparu à la télévision pour annoncer la destitution du premier président jamais élu démocratiquement du pays, l'islamiste Mohamed Morsi, issu de l'influente confrérie des Frères musulmans.

Sous le gouvernement qu'il a mis en place et dirige de facto depuis 11 mois, soldats et policiers ont tué plus de 1.400 manifestants pro-Morsi et emprisonné plus de 15.000 autres, mais pour nombre d'Egyptiens, il est l'homme à poigne dont a besoin le pays pour retrouver la stabilité et la prospérité.

- 'Lutte contre les terroristes' -

La "lutte contre les terroristes" Frères musulmans est donc devenue sa priorité, quitte à sacrifier les libertés. Trois ans après une révolte populaire réclamant "la justice sociale" et "la dignité" des citoyens qui a mis fin à trois décennies de pouvoir autoritaire de Hosni Moubarak, M. Sissi assène que "parler de libertés" ne doit pas primer sur la "sécurité nationale" et le redressement de l'économie en ruines.

Pour pouvoir se présenter à la présidentielle, il a pris sa retraite de l'armée en mars et quitté ses fonctions de vice-Premier ministre et ministre de la Défense, portefeuilles qu'il s'était octroyés dans le gouvernement intérimaire qu'il avait mis en place au lendemain de la destitution de M. Morsi.

Abdel Fattah al-Sissi est souvent comparé par ses partisans à Gamal Abdel Nasser --lui aussi un militaire--, le charismatique président égyptien devenu dans les années 1950 et 1960 le champion du panarabisme et des Non-Alignés.

M. Sissi n'hésite toutefois pas à faire appel au sentiment religieux des Egyptiens, en très grande majorité musulmans sunnites. Celui que son entourage décrit comme pieux, affirmant qu'il met un point d'honneur à accomplir ses cinq prières quotidiennes et dont l'épouse porte le voile, a d'ailleurs rédigé en 2006 un mémoire intitulé "La démocratie au Moyen-Orient" dans lequel il insistait sur le rôle de l'islam dans la législation.

Mi-2011, alors chef du renseignement militaire, Sissi avait justifié les tests de virginité pratiqués par l'armée sur des manifestantes pour prouver qu'elles n'avaient pas subi de viols.

Il avait été nommé chef de l'armée et ministre de la Défense par le président Morsi en août 2012. Sa nomination avait alimenté de nombreuses spéculations sur une mise au pas de l'armée et sur une possible allégeance des militaires aux nouveaux dirigeants islamistes.

Né au Caire en novembre 1954, diplômé en sciences militaires de l'académie militaire en 1977, Sissi a ensuite étudié en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il a quatre enfants.

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