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Le coup d'Etat en Thaïlande, coup dur pour le tourisme

07/06/2014 02:28 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

Voyages organisés annulés, séminaires "repoussés" sine die, hôtels peinant à remplir leurs chambres à Bangkok... Les professionnels du tourisme sont sur le qui-vive depuis le coup d'Etat du 22 mai au "pays du sourire".

"Les hôtels sont touchés de façon dramatique", soupire la responsable d'une chaîne d'hôtels de luxe, sous couvert de l'anonymat.

Son établissement du centre de Bangkok affiche un taux d'occupation de moins de 30% depuis le putsch, contre 70% à la même période en 2013.

Le nombre de touristes étrangers en Thaïlande a baissé en mai de 10,6% par rapport à mai 2013, selon des chiffres très attendus du ministère du Tourisme publiés vendredi.

Cela confirme une frilosité déjà palpable lors des sept mois de crise politique et de manifestations meurtrières ayant précédé le coup d'Etat.

Cela a conduit les autorités à abaisser leurs prévisions, avec 25,9 millions de touristes attendus en 2014, en-deça des plus de 28 millions espérés, contre un record de 26,5 millions en 2013.

Les groupes, notamment les voyages organisés, sont les premiers à avoir "repoussé" leurs réservations, dans l'attente de voir quelle tournure prendraient les événements, confient les industriels du secteur.

A Hong Kong par exemple, qui conseille toujours à ses ressortissants d'"éviter les voyages non-indispensables", certains tours-opérateurs ont annulé tous leurs voyages en Thaïlande jusqu'à mi-juin.

"C'est essentiellement une question d'assurance", relativise Martin J. Craigs, responsable à Bangkok de Pata, association d'entreprises du tourisme de toute la région Asie-Pacifique.

- L'effet "alerte aux voyageurs" -

Les tours-opérateurs sont refroidis par les alertes aux voyageurs que maintiennent des dizaines de pays.

"Il peut y avoir un accident de bus à Phuket", île du sud de la Thaïlande, "et l'assurance peut dire +on ne paye pas, il y avait une alerte voyageurs+", déplore-t-il.

Depuis le coup d'Etat les photos d'avions quasi vides ont circulé sur internet, un phénomène à relativiser la saison basse ayant commencé.

Selon une récente étude du cabinet ForwardKeys, spécialisé dans les données concernant les voyages, le lendemain du coup d'Etat, les compagnies aériennes ont enrgistré 5.000 annulations.

A titre de comparaison, quelque 28.000 billets vers la Thaïlande avaient été pris pour le 19 mai.

Les réservations repartent doucement à la hausse, mais restent de l'ordre de 50% en-dessous du niveau de fin mai 2013, selon cette étude.

Les réservations de vols depuis la région Asie-Pacifique sont celles qui ont reculé le plus fortement.

Les touristes d'Europe ou des Etats-Unis, boudent eux aussi la Thaïlande, mais dans une moindre mesure, selon l'étude relayée par Pata.

L'Italie a été fortement touchée, ainsi que l'Espagne ou la Norvège. Mais pas la France.

"On ne voit qu'un ralentissement très peu sensible dans les réservations vers la Thaïlande, et il n'y a ni annulations ni reports", confirme le président du Syndicat national des agents de voyage (Snav), Jean-Pierre Mas.

Bangkok a le plus souffert des annulations, les touristes se rendant directement sur les plages.

La junte ne s'y est d'ailleurs pas trompée, annonçant cette semaine la levée du couvre-feu dans les îles et stations balnéaires les plus prisées.

Pour les acteurs du tourisme, secteur clef de l'économie thaïlandaise, les médias internationaux sont fautifs à trop parler de la restriction des libertés civiques et des arrestations d'opposants, alors que le coup d'Etat s'est fait sans violence.

La reconquête passe donc par une opération de communication internationale de la junte, plaident-ils.

Le général Prayut Chan-O-Cha, chef de la junte, a voulu faire passer le message que "tout est normal en Thaïlande à la fois pour les investisseurs et les touristes".

La Thaïlande s'est d'ailleurs distinguée par sa capacité à rebondir après les précédentes crises politiques et catastrophes naturelles.

Mais vendredi soir à la télévision, le général Prayut a lancé son opération de relations publiques d'une étrange façon, en critiquant l'image de paradis des drogues que se font les touristes de son pays.

"Ils viennent pour les drogues et pour des choses qui ne sont pas bonnes", a-t-il lancé.

L'île de Phangan a d'ailleurs été exemptée de couvre-feu du 9 au 13 juin pour ses célèbres "Full Moon Party" synonymes de milliers de fêtards, d'alcool et de drogue.

bur-dth/abd/ros

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