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Investi président, Porochenko s'engage à maintenir l'unité de l'Ukraine

07/06/2014 04:39 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

Les Occidentaux voulaient croire à une désescalade du conflit dans l'Est ukrainien, après l'investiture du nouveau président Petro Porochenko qui s'est engagé à maintenir l'unité du pays.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry s'est dit samedi "confiant" quant aux perspectives de détente après un bref entretien la veille de M. Porochenko avec le président russe Vladimir Poutine en marge des cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement en France.

"Nous espérons que nous n'aurons pas à imposer des sanctions plus sévères" contre Moscou, tenu à l'écart par Washington depuis le rattachement de la Crimée à la Russie, a-t-il déclaré.

M. Kerry a dit espérer "dans les prochains jours des gestes pour réduire la tension, avec la possibilité d'un cessez-le-feu", dans une référence aux discussions qui devraient s'entamer dans les jours à venir entre Moscou et Kiev.

"Il reste certes beaucoup à faire mais la voie tracée par le président Porochenko conduirait à une désescalade des tensions. Le temps est maintenant venu pour le président Poutine d'engager directement le dialogue avec le président Porochenko, de mettre un terme à l'afflux des armes et de prendre des mesures pour faire cesser les violences menées par des séparatistes russes dans l'est de l'Ukraine", a poursuivi M. Kerry.

Elu le 25 mai avec 54,7% des voix, M. Porochenko, milliardaire pro-occidental de 48 ans, succède à Viktor Ianoukovitch, destitué fin février après un bain de sang sur le Maïdan de Kiev, à l'issue de trois mois de contestation pro-européenne, et réfugié depuis en Russie.

M. Porochenko aura la lourde tâche de concrétiser les aspirations européennes, de sortir le pays d'une profonde récession aggravée par la crise actuelle. Mais son défi le plus urgent sera de rassembler un pays quasiment en état de guerre civile.

Adressant en russe "un message de paix" aux habitants de la région industrielle russophone du Donbass, contrôlée en grande partie par les rebelles et où il compte se rendre rapidement, M. Porochenko s'est engagé à mener une décentralisation du pouvoir et à garantir l'usage libre de la langue russe.

Il a en revanche rejeté tout "compromis" avec la Russie sur l'orientation européenne de son pays et sur l'appartenance de la Crimée à l'Ukraine. "La Crimée a été et restera ukrainienne", a-t-il affirmé, provoquant des applaudissements du public, dont le vice-président américain Joe Biden et plusieurs chefs d'Etat d'Europe centrale et orientale. "Je l'ai dit clairement au dirigeant russe en Normandie", a-t-il ajouté.

-"partenaire sérieux" pour Moscou-

En France, MM. Poutine et Porochenko sont convenus d'ouvrir des négociations rapidement à Kiev, du jamais vu dans l'escalade de ces derniers mois.

Samedi, l'ambassadeur de Russie en Ukraine Mikhaïl Zourabov a qualifié M. Porochenko de "partenaire sérieux", et indiqué que des contacts pourraient avoir lieu dans les jours à venir.

"Pour nous, il est indispensable de mettre fin à l'opération militaire", a insisté M. Zourabov, cité par l'agence de presse Interfax Ukraine.

L'insurrection prorusse et l'offensive lancée par Kiev le 13 avril pour la mater ont fait au total plus de 200 morts.

Signe de la situation tendue qui règne à Donetsk, ville d'un million d'habitants sous contrôle rebelle, Maxim Petroukhine, conseiller d'un des chefs séparatistes, Denis Pouchiline, a été tué, ont indiqué les insurgés. Il a été atteint par une rafale d'arme automatique dans le centre de Donetsk alors qu'il se déplaçait en voiture.

M. Poutine a pour sa part donné l'ordre de renforcer les contrôles à la frontière entre les deux pays, dont les insurgés ont pris partiellement le contrôle et où affluent des civils fuyant les combats.

-accueil froid à Donetsk-

Face aux responsables européens venus à Kiev, M. Porochenko a plaidé en faveur d'une signature "au plus tard le 27 juin" du traité de libre-échange avec l'Union européenne, auquel avait brusquement renoncé son prédécesseur en novembre. Et il n'a pas caché qu'il avait pour objectif à terme une intégration pure et simple de l'Ukraine dans l'UE.

Mais le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a répété peu après que l'UE n'était pas prête à intégrer l'Ukraine.

M. Porochenko a tenu "un discours très pro-Union européenne, peut-être davantage que ce que les pays de l'UE sont prêts à accepter", a déclaré M. Fabius.

"Lorsque M. Porochenko dit que (l'accord d'association avec l'UE) est la première étape d'une Ukraine membre de l'UE, quand j'en discute avec mes partenaires européens, il n'y a pas de majorité pour ça, c'est clair", a insisté le chef de la diplomatie française.

Les Etats-Unis ont de leur côté apporté un soutien financier avec une aide de 48 millions de dollars. Et l'investiture de M. Porochenko a été saluée par l'Otan et par l'UE.

A Donetsk, les premiers pas de M. Porochenko ont été accueillis froidement.

"Porochenko n'est pas notre président. Nous avons notre Etat à nous, la République de Donetsk, même si nous ne sommes pas reconnus pour le moment", tranche Tatiana, 56 ans.

Le "Premier ministre" de la "République de Donetsk" autoproclamée, Alexandre Borodaï, a demandé à M. Porochenko de ne plus "croire que la Crimée, la République de Donetsk et la République de Lougansk lui appartiennent". "Il comprend très bien qu'il ne récupérera pas ces territoires", a ajouté M. Borodaï.

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